Québec investit dans l’industrie des véhicules électriques et intelligents

L’homme d’affaires Alexandre Taillefer était entouré notamment des ministres Laurent Lessard et David Heurtel lors de l’annonce.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’homme d’affaires Alexandre Taillefer était entouré notamment des ministres Laurent Lessard et David Heurtel lors de l’annonce.

Pas moins de quatre ministres se sont déplacés et réunis à Montréal lundi matin pour annoncer le soutien gouvernemental de 4,4 millions sur cinq ans à une nouvelle grappe industrielle consacrée aux véhicules électriques et intelligents.

L’annonce a été faite en clôture du Forum de mobilisation des forces vives du secteur comptant une centaine d’entreprises spécialisées.

Quatre ministres donc — Dominique Anglade, Laurent Lessard, Pierre Arcand et David Heurtel — pour dévoiler l’injection de moins d’un million par année, dont 500 000 $ en 2017 afin de mettre en place la nouvelle structure.

Est-ce beaucoup trop peu et beaucoup trop tard dans un nouveau monde des transports plus verts et intelligents où sont déjà largement engagés des géants d’affaires du XXIe siècle comme Google, Uber ou Tesla ?

« Effectivement, il y a de gros joueurs, répond Alexandre Taillefer, président du comité consultatif de la nouvelle grappe, en poste depuis décembre dernier. Il y a par contre énormément de potentiel dans les marchés de niche. »

Il donne l’exemple du transport scolaire où Autobus Lion de Saint-Jérôme fabrique des véhicules entièrement électriques depuis 2011, les exporte depuis 2015, notamment en Californie. La compagnie québécoise demeure la seule dans ce créneau en Amérique du Nord.

« À cause de l’automatisation du transport, à cause des nouveaux mécanismes de production, il y a des capacités de rentabiliser les entreprises qui vont construire entre 200 et 2000 véhicules [par année] », poursuit M. Taillefer, lui-même propriétaire de la flotte de taxis Téo, entièrement électrique.

« On ne pense pas positionner le Québec dans des véhicules de masse, distribués à 500 000 exemplaires. Ça nous apparaît illusoire. Mais dans tous les autres secteurs […] le Québec est un donneur d’ordres, un acquéreur de matériel roulant. Il n’y a pas de raison qu’on ne développe pas des filières intérieures en mesure de générer de grandes entreprises. »

Pôle de compétitivité

Une grappe industrielle est une concentration d’entreprises dans un domaine particulier. La grappe sera constituée ce printemps, et son plan d’affaires, déposé à l’automne.

Le pôle de compétitivité des véhicules électriques et intelligents se concentrera sur le transport terrestre (individuel, collectif ou spécialisé). Selon les documents officiels, il misera sur les atouts de toutes les régions du Québec tout en mettant à profit les efforts des partenaires menant déjà des activités dans un domaine ciblé.

Les ministres présents ont aussi rappelé d’autres engagements du gouvernement en faveur de l’électrification. Le petit paquet de 4,4 millions de la grappe s’arrime à d’autres sommes beaucoup plus substantielles, dont le Plan d’action en électrification des transports 2015-2020 financé à hauteur de 255 millions. Une loi zéro émission adoptée l’an dernier forcera l’offre de véhicules moins polluants, souvent branchables.

Québec a aussi comme espoir de faire rouler ici 100 000 véhicules électriques d’ici 2020. L’objectif est loin d’être atteint avec 13 454 plaques VE (pour véhicule électrique) recensées en date du 31 décembre 2016.

Le programme Roulez électrique créé en 2012 offre une aide pouvant atteindre 8000 $ à l’achat d’une de ces autos moins polluantes.

La Norvège comme modèle

Par contraste, la Norvège, plus grand producteur de pétrole en Europe, a déjà passé la barre des 100 000 véhicules électriques. D’ici trois ans, ils seront 400 000 sur les routes. Le pays d’environ 5,3 millions d’habitants pense pouvoir interdire les moteurs exclusivement thermiques d’ici 2025.

Le Québec manque-t-il d’ambition par rapport à la Norvège ?

« Vous nous comparez à la Norvège, comparez-nous à d’autres États : comparez-nous au Texas et nous sommes très ambitieux, répond David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. La Norvège a un plan plus ambitieux que le nôtre, mais elle a aussi un fonds souverain de 800 milliards de dollars pour financer ses choix. »

Il rappelle que le pays européen incite le transfert d’une source d’énergie à l’autre en taxant à 50 % les véhicules à essence et doute que les Québécois acceptent ce genre de sacrifice. Le ministre explique aussi que le pays scandinave ne présente pas les mêmes contraintes de distances qu’au Québec.

« Dans le Nord québécois, il faut un pick-up et il n’en existe pas, de pick-up électrique, dit M. Heurtel. Nos objectifs sont parmi les plus ambitieux au monde. »

3 commentaires
  • Simon Thibault - Abonné 11 avril 2017 08 h 15

    Pick-up électrique québécois !

    Petite précision en lien avec le commentaire de M. Heurtel en conclusion de l'article : on notera qu'il existe un "pick-up" électrique en développement au Québec et c'est un projet d'Ecotuned, avec qui le ministère des Transports, Hydro-Québec, la Ville de Montréal et Nemaska Lithium sont en partenariat.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 avril 2017 09 h 58

      De plus, pourquoi faudrait-il des camionnettes au Québec mais pas en Norvège? C'est aussi un pays nordique et peu peuplé.

  • Sylvain Auclair - Abonné 11 avril 2017 10 h 05

    Pendant ce temps...

    ... les motoneiges, quatre-roues et autres côte-à-côte sont de plus en plus nombreux et puissants...