Les obligations vertes auraient un potentiel de 50 milliards au Canada

Deux seuls pays ont jusqu’ici émis des obligations associées à la lutte contre les changements climatiques, soit la France et la Pologne.
Photo: Pedro Castellano Getty Images Deux seuls pays ont jusqu’ici émis des obligations associées à la lutte contre les changements climatiques, soit la France et la Pologne.

La valeur totale des obligations « vertes » qui pourraient être émises un peu partout au Canada en 2017-2018 tourne autour de 56 milliards, selon un groupe de recherche qui appelle Ottawa à s’impliquer davantage dans ce secteur précis de la finance climatique.

Le groupe ontarien Corporate Knights a analysé les émissions obligataires prévues cette année et a relevé, avec des données de la Banque Royale, tous les titres qui seraient susceptibles d’entrer dans cette catégorie grâce à leurs caractéristiques environnementales. Les résultats de l’étude ont été présentés lors du colloque annuel organisé par RBC sur ce sujet.

« Une partie de la transition énergétique est tributaire de la vitesse des flux financiers,a dit le chef de la direction du groupe, Toby Heaps. Alors, ce que nous faisons aujourd’hui, c’est un peu un appel à l’action au secteur financier et au gouvernement canadien. »

Une rareté

À l’heure actuelle, les émissions d’obligations vertes au Canada sont rares. L’an dernier, la valeur des nouvelles obligations s’est limitée à 1 milliard, comparativement à 80 milliards dans le reste du monde.

Le Québec, par exemple, a procédé à sa première émission (500 millions) au mois de février 2017. L’obligation de cinq ans, assortie d’un taux de rendement de 1,672 %, servira à financer les nouvelles voitures de métro Azur, des autobus hybrides et des programmes de rénovation des équipements et des infrastructures.

Le pionnier en la matière est l’Ontario, dont le gouvernement s’est avancé dans les obligations vertes en 2014. Il a effectué trois émissions, pour un total de 2 milliards.

« Le gouvernement fédéral a dit qu’il veut attirer du capital privé pour financer des projets d’infrastructure et d’énergie propre. Les obligations sont de loin le plus gros morceau du capital privé »,a dit M. Heaps. De plus, les coûts d’emprunt pour les obligations liées à des projets ont tendance à descendre lorsqu’on leur greffe une certification d’obligation verte. Le label vert procure également un accès privilégié aux grands acheteurs d’obligations, a-t-il dit.

Grands émetteurs

L’analyse se penche sur 21 des 30 plus grands émetteurs d’obligations, dont les provinces, les banques et les producteurs hydroélectriques, et distingue l’usage « explicitement vert » d’un usage « potentiellement vert ». Dans le cas du gouvernement du Québec, par exemple, les besoins d’emprunt en 2017-2018 avoisineraient 10 milliards, dont 7 milliards pourraient représenter un usage vert explicite (transport en commun) ou potentiel (rénovation de bâtiments, réparations, technologies de l’information, etc.).

Lors de l’annonce de l’émission verte en février, le ministre des Finances Carlos Leitão a dit que « l’année prochaine ou dans six mois, selon les conditions du marché, on pourra faire d’autres émissions ».

Chez les grands emprunteurs du secteur des télécommunications, comme Bell ou Telus, on inclut des usages liés notamment à la modernisation des infrastructures, ce qui améliore les vitesses de transmission. Invité à dire en quoi cela pouvait être un usage vert, M. Heaps a dit qu’en région, par exemple, une amélioration des connexions à la maison peut permettre à certains travailleurs d’annuler des déplacements.

Aucun centre névralgique

Deux seuls pays ont jusqu’ici émis des obligations associées à la lutte contre les changements climatiques, soit la France et la Pologne. La Banque Royale a récemment estimé dans un rapport que le Canada se joindra à eux.

Le chef de la direction et cofondateur du groupe Climate Bonds Initiative, Sean Kidney, a mentionné qu’aucun grand centre financier ne s’est encore imposé comme un incontournable dans le secteur des obligations vertes.