La Caisse de dépôt présente un rendement de 7,6%

Michael Sabia, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et, en arrière-plan, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Michael Sabia, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et, en arrière-plan, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão

Sur toile de fond influencée par le risque géopolitique, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche et l’incertitude générale, la Caisse de dépôt et placement du Québec a réalisé l’an dernier un rendement de 7,6 %, un gain inférieur à sa moyenne de cinq ans qui porte néanmoins son actif net à 271 milliards.

La Caisse, qui gère les avoirs d’une trentaine de déposants dont la Régie des rentes et les employés du secteur public, a notamment bénéficié du marché boursier canadien : la poussée spectaculaire à Toronto l’an dernier a compté pour le quart des 18,4 milliards en placements nets qui se sont ajoutés à ses coffres.

L’établissement dirigé par Michael Sabia, président depuis 2009 et jusqu’en 2021 en fonction de la récente reconduction de son mandat, se réjouit d’avoir fait mieux que son indice de référence, dont le rendement s’est établi à 5,8 %. Sur cinq ans, le rendement de la Caisse est de 10,2 %.

« Tout-terrain »

« Sur le plan économique, l’enjeu fondamental demeure inchangé : une croissance mondiale au ralenti, plombée par le faible niveau d’investissement des entreprises. En toile de fond, il y a aussi des risques géopolitiques importants », a affirmé M. Sabia en évoquant une « prudence » nécessaire en raison de la « complaisance relative des marchés ».

Tout au long de sa présentation à la presse financière, réunie pour l’occasion dans une salle de conférence vitrée au siège de la Caisse dans le Vieux-Montréal, M. Sabia a répété le besoin de poursuivre la construction d’un « portefeuille tout-terrain », diversifié et capable de résister aux chocs tout en procurant pour les déposants des revenus stables. Un des objectifs, a dit la direction, consiste à préparer la Caisse pour une autre crise, à la différence cette fois qu’elle arriverait à « tirer profit » des occasions qui se présenteraient alors, contrairement à 2009-2011.

Particulièrement vigoureux depuis l’élection de Donald Trump à la présidence, les marchés ont pour le moment retenu ce qu’ils veulent bien — la déréglementation promise, les baisses d’impôt, etc. — et ne se soucient pas des facteurs tels que le risque géopolitique et la montée du protectionnisme, a déploré M. Sabia.

Dans l’immobilier, qui a fait l’objet d’un important redressement de portefeuille depuis quelques années, le rendement de 2016 a été de 10,4 %, soit une entrée nette de 3 milliards. Le portefeuille de la Caisse est d’environ 56 milliards. Le spectre du Brexit n’a pas d’effet pour l’instant, si ce n’est qu’il pourrait créer des occasions d’achat en cas de baisses de prix, a dit le président de la filiale Ivanhoé Cambridge, Daniel Fournier.

Québec se réjouit

« Je suis très satisfait du rendement de la Caisse. Pour 2016, 7,6 % est un taux de rendement qui est plus qu’acceptable, qui est très bon dans le contexte dans lequel nous opérons », a dit le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, en marge d’un point de presse sur un autre sujet. « La Caisse a réussi à créer un portefeuille qui est très résilient, qui nous amène des rendements intéressants avec une très bonne gestion du risque. »

Les rendements des déposants de la Caisse, dont les politiques de placement diffèrent de l’un à l’autre, se situent entre 6,3 % et 8,2 %. « Nous visons la stabilité », a dit M. Sabia, qui a rencontré la presse financière ce matin pour présenter les résultats. « L’objectif est de maintenir un niveau de risque raisonnablement bas. »

La Régie des rentes a indiqué, pour sa part, que son rendement a atteint 8,2 % pour un rendement de 11,4 % sur cinq ans. Sa direction a indiqué dans un communiqué distinct que les rendements de 2012 à 2015 ont fait en sorte qu’aucune hausse de cotisation ne sera nécessaire en 2018 pour regarnir son fonds de 62 milliards.

Ailleurs et ici

Le contexte particulier des dernières années, dont la faiblesse relative des taux d’intérêt, a forcé l’institution à diversifier ses placements et à se tourner entre autres vers le secteur des infrastructures afin de générer des revenus stables. La Caisse a aussi « continué de se mondialiser », a dit M. Sabia, en faisant référence à l’intensification de ses investissements en Inde. En 2016, d’ailleurs, la Caisse y a misé 1,3 milliard, soit la moitié des 2,4 milliards placés dans les marchés émergents.

En ce qui concerne sa présence au Québec, ses actifs investis ici totalisent 58,8 milliards, dont 36,9 milliards dans les entreprises du secteur privé. Le reste des sommes investies au Québec est réputé l’être dans le secteur public, ce qui désigne notamment le marché des obligations gouvernementales, a indiqué la direction de la Caisse.

Les gestes posés en 2016 ont visé des entreprises comme Moment Factory, Fix Auto et le groupe Lasik MD. La Caisse a également présenté au printemps 2016 le projet du Réseau électrique métropolitain (REM), évalué à 5,9 milliards, montant dont elle assumerait environ la moitié.

La direction de la Caisse a également signé la fin d’un long chapitre. Les titres à long terme qui découlaient de la restructuration du papier commercial, il y a une dizaine d’années, sont arrivés à échéance le mois dernier. Il en restait pour 241 millions dans les livres.

10 commentaires
  • François Beaulne - Abonné 24 février 2017 11 h 29

    REM et taux de rendement excessif

    Bravo si la Caisse a réussi en 2016 une performance de 7.6%, mieux que l'indice de référence de 5.8%. A voir ces résultats positifs la Caisse apparaît un peu gourmande en exigeant un taux de rendement de 10% sur son investissement dans dans le REM, exigence qui, comme le démontrent de plus en plus d'informations qui nous proviennent au compte goutte sur ce projet, se solderait par un déficit de fonctionnement qu'épongerraient les municipalités de la zone métropolitaine de Montréal, le gouvernement du Québec, les usagers et les contribuables de l'ensemble du Québec. Il deveient de plus en plus évident que la structure financière, encore opaque de ce projet, vise avant tout, non pas à favoriser le développement harmonieux et abordable d'un réseau de transport collectif électrique efficace à Montréal, mais plutôt à assurer à la Caisse son rendement moyen des 5 dernières années de 10.2%, sur le dos des contribuables et des gouvernements, dans un contexte international plus risqué.
    C'est à suivre!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 février 2017 12 h 38

      On essaie peut-être de nous ...amadouer surtout que plusieurs critiquent le manque d'information sur le REM et les promesses de résultats comme vous le dites vous-même en d'autres mots.

      Faut aussi se rappeler que les 40 milliards de $$$ perdus, en 2008-2009, dans les "papiers adossés à..."ne seront plus jamais récupérables en % et les $....partis en fumée."

    • Robert Beauchamp - Abonné 24 février 2017 14 h 16

      Le gouvernement veut nous faire payer par la porte d'en arrière en utilisant la caisse en totale hypocrisie. Ce sont ses pions de luxe qui dirigent la caisse

    • Clermont Domingue - Abonné 24 février 2017 14 h 27

      Monsieur Beaulne, ces dernières années, la bonne croissance du PIB de l'Inde a favorisé la bonne performance de notre bas de laine.Grâce aux femmes indiennes qui s'épuisent dans les usines pour des salaires de famine, nos retraités peuvent faire des croisières, voyager et même aller visiter l'Inde.

      Monsieur Sabia, considérant la conjoncture, cherche à réorienter ses placements.Le REM est un risque,mais c'est une bonne idée si on veut que nos retraités continuent de voyager.

      Pour assurer la rentabilité de l'investissement dans le REM,il suffira d'augmenter le coût des billets pour les usagés.Ainsi, tout le monde continuera de voyager;les uns en avion, les autres en métro;les premiers pour aller en vacances, les autres pour se rendre au travail...

  • Clermont Domingue - Abonné 24 février 2017 11 h 56

    $270,7 milliards..é

    Un bas de laine bien géré qui permet à plusieurs retraités du Québec de maintenir un bon niveau de vie.Merci à l'équipe Sabia.

    Je note toutefois que les écarts de revenu trop importants que l'on retrouve entre les travailleurs actifs se perpétuent à la retraite.

    Je pense aussi qu'il est temps pour notre peuple de penser aux plus jeunes.

  • Christian Montmarquette - Abonné 24 février 2017 11 h 57

    « Actifs et passifs au Québec »


    Quand les néolibéraux du PQ, du PLQ et de la CAQ nous assomment avec l'épouvantail de la dette publique pour mieux justifier leurs politiques d'austérité sélective de gavage éhonté pour les riches et les entreprises et de régime de disette pour les pauvres et les services publics en essayant de nous faire croire que le Québec est au bord de la banqueroute...

    On devrait leur rappeler qu'à côté de la colonne des passifs de 280 milliards de la "dette brute" (ne l'oublions pas), nous pourrions très bien lui juxtaposer la colonne des actifs de 270 milliards!! de la Caisse de dépôt..

    Ce qui nous donnerait une colonne des passifs nets de 10 milliards.

    10 milliards..

    Environ le salaire annuels des médecins au Québec quoi..

    Christian Montmarquette

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 février 2017 09 h 55

      Que dire...

      Ainsi on nous aurait caché dans les rapports annuels et dans l'évaluation des engagements de l'État qu'il y avait un actif de 280 milliards a la Caisse de Dépôt. Que les spécialistes de la chose, tous très bien patentés par leurs études dans nos grandes écoles et celles du monde, tricheraient le plus bêtement possible dans la présentation de notre situation financière. Et personne ne s'en apercevrait, ni les agences de cotations, ni même nos journalistes...

      C'est beau et touchant des fois la naïveté démontrée chez QS, mais a un moment donné cela cache autre chose qui ressemble a de l'ignorance assumé pour éviter de dealer avec ce qui nous plait moins. Comme une fuite du réel pour maintenir l'idée d'un idéal facile, si n'était de toutes ces mauvaises personnes. Alors que soi, évidement, on ne carbure qu'a la pensé pure et les meilleurs intentions du monde.

      A un moment donné faudrait voir que la pensé magique, qui exclu par magie ce qui la contraint, ne peut pas apporter d'amiliorations sociales pérennes.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 février 2017 15 h 10

      Jean-Yves Arès,

      "C'est beau et touchant des fois la naïveté démontrée chez QS.." -Jean-Yves Arès

      C'est plutôt cette droite néolibérale démagogique et manipulatrice qui nous prennent pour des cons en nous laissant croire que le Québec est constamment au bord de la banqueroute quand il est temps de fincancer les services publics. Mais qui trouve toujours les moyens de gaver les riches, les banques et les multinationales à raison de 10 milliards par année en période de supposée austérité.

      Et vous, M. Arès? Quand vient le temps de faire vos comptes, ne considérez-vous que les chiffres de vos dettes, vos cartes de crédit et votre prêt auto pour évaluer votre situation?

      Ou vous mettez en perspective votre maison, votre chalet, votre bateau vos REER, vos comptes à recevoir et vos obligations d'épargne pour avoir un portrait global de la situation?

      Parce que n'afficher que l'un sans l'autre..

      Ça serait de truquer le résultat pour essayer de faire pitié..


      Christian Montmarquette

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 février 2017 22 h 24

      Encore beaucoup de frustrations, sinon de haine, a diriger vers ceux qui ne répondent pas au attente du modèle imaginaire ou quand il n’y en plus, il y en a encore, du fric. Et encore du grand mépris pour les institutions financières, mais toujours comme solution d’emprunter, d’emprunter et d’emprunter à ces institutions, et ainsi s’attacher un pieds et l’autre à leurs opinions et jugements… Et emprunter parce que le modèle c’est de dépenser aujourd’hui, de promettre une situation de stabilité économique a vie, et même post mortem, a certaines personnes… Pour remettre le tout sur un futur le plus lointain possible.

      Non mais quel beau projet de société !

      Et non l’évaluation financière d’une personne ce n’est pas la même chose que celle d’un État. Les biens des personnes trouvent preneurs sur un marché, ils peuvent donc avoir une valeur active comme garantie pour un prêteur. Les individus naissent, vivent et meurt, il y a donc toute une chaine de transmission des valeurs établis. Rien de tel pour un État, à moins que vous vouliez donner en garanti les routes-écoles-hôpitaux… Sinon que la débandade sociale et la crise quand l’État n’est pas en équilibre entre ce qu’il produit et ce qu’il consomme.

      Ce qui se trouve à la CPDQ c’est essentiellement des réserves pour fin de rentes. La RRQ, la SAAQ pour les accidentés de la route, la CSST pour les poqués du travail. A peu près tout le reste c’est dédié aux régimes de retraite des employés de l’État. Si vous voulez donnez cela en garantie aux prêteurs il faudrait peut-être en parlez a ceux couverts par ces régimes de retraites…

  • Simon Pelchat - Abonné 24 février 2017 12 h 48

    Bonne note

    Je ne suis pas un spécialiste, mais si ces informations ne sont pas contestées, nous pouvons donner une bonne note à l'équipe de la Caisse.