Le protectionnisme est nocif pour tous

La Banque Nationale estime qu’une taxe à la frontière de 10% provoquerait un recul de 9% de l’ensemble des exportations canadiennes.
Photo: Jason Kryk La Presse canadienne La Banque Nationale estime qu’une taxe à la frontière de 10% provoquerait un recul de 9% de l’ensemble des exportations canadiennes.

Les mises en garde concernant les effets nocifs du protectionnisme continuent de s’accumuler. Une récente analyse de Desjardins soutient que la fermeture des marchés constitue un important frein à la croissance économique mondiale, mais aussi à celle des pays qui décident d’imposer des barrières tarifaires.

En s’appuyant sur les données de grandes institutions internationales, l’économiste Francis Généreux taille en pièces la stratégie mise en avant par le nouveau président américain, Donald Trump. « Une montée des tarifs et des barrières commerciales ne nuit pas seulement aux pays visés, mais elle affecte aussi l’économie nationale, écrit-il. Généralement, de telles politiques engendrent des hausses de prix, des baisses de revenus réels, une diminution de la productivité, ainsi qu’une appréciation de la devise qui annule en grande partie l’effet souhaité sur le solde commercial. »

Pertes importantes

L’étude de Desjardins rappelle les conclusions du Fonds monétaire international (FMI), qui a déterminé que le commerce international peut agir positivement sur la productivité en permettant notamment d’accroître la concurrence à laquelle font face les entreprises de chaque pays.

À l’inverse, le protectionnisme freine les échanges commerciaux et mine la croissance économique mondiale à court et long terme, indique-t-on. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a par exemple estimé qu’un dollar américain de revenu tarifaire supplémentaire se traduit par une perte de 2,16 $US au chapitre des exportations mondiales et une baisse du revenu mondial de 0,73 $US.

Une montée des tarifs et des barrières commerciales ne nuit pas seulement aux pays visés, mais elle affecte aussi l'économie nationale

 

Le FMI a quant à lui conclu qu’une hausse permanente de dix points de pourcentage des tarifs américains sur les importations provenant de toutes les régions du monde entraînerait une baisse permanente de 1 % du niveau du PIB réel américain.

Effets de la crise

La note économique de Desjardins rappelle que la montée du protectionnisme a débuté bien avant l’entrée en scène de Donald Trump. Le libre-échange et la mondialisation ont perdu des plumes avec la plus récente crise financière, qui a notamment poussé le gouvernement Obama à inclure la clause « Buy American » dans son plan de stimulation économique.

Parmi les pays du G20, pas moins de 1263 nouvelles mesures commerciales discriminatoires ont été implantées entre 2009 et la mi-octobre 2016, a recensé l’OCDE. Au même moment, le nombre de nouveaux accords commerciaux a diminué par rapport aux sommets atteints au cours des années 1990.

Or, l’OCDE a évalué que si la libéralisation des échanges conservait aujourd’hui le rythme observé il y a 25 ans, la croissance annuelle du commerce mondial augmenterait de 1 à 2 %.

« Rarement une bonne idée »

« Généralement, lorsque les autorités gouvernementales choisissent d’implanter une nouvelle mesure protectionniste, c’est pour favoriser l’économie domestique. Les politiciens sont alors persuadés que les avantages économiques, financiers, sociaux ou politiques éclipseront les désavantages, souligne M. Généreux. Toutefois, la théorie économique dicte que le protectionnisme est rarement une bonne idée. »

L’économiste de Desjardins précise que la mondialisation n’a pas que des avantages, mais qu’il vaudrait mieux s’attaquer aux problèmes qu’elle engendre plutôt que de la rejeter en bloc. Le problème, ajoute-t-il, c’est que les impacts négatifs de l’ouverture des marchés sont souvent plus visibles que les coûts des mesures protectionnistes.

L’analyse de Desjardins n’est pas la première à mettre en échec les défenseurs du protectionnisme. Depuis l’entrée en poste de Donald Trump, l’Institut C.D. Howe a publié coup sur coup deux études concluant qu’une taxe frontalière imposée par les États-Unis aurait un effet à la fois sur les économies américaine et canadienne.

La Banque Nationale a quant à elle estimé en janvier qu’une taxe d’ajustement à la frontière de 10 % provoquerait un recul de 9 % de l’ensemble des exportations canadiennes.

2 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 21 février 2017 08 h 12

    Refaites vos devoirs, ça presse!

    M. Rettino-Parazelli, votre façon de juger de la croissance est, dois-je le dire, assez puérile : vous ne regardez que le point de vue imposé par ceux... à qui le libre-échange profite.

    En comparaison, vous partez en croisade contre le protectionnisme à la Trump, ce qui est encore pire. Pourquoi ne présenter que celui-là, sinon parce que vous savez comment ce simple nom crée la révulsion dès que prononcé ?
    Parler d'un monstre ne fait pas forcément passer n'importe quelle pilule.

    Le but qu'on devrait viser n'est sûrement pas de grossir le PIB, qui est une mesure bien faible de la santé économique. Il faut penser avant tout à l'écart entre riches et pauvres, que ce soit à l'échelle nationale ou internationale. Or, dans les pays pauvres, il sera extrêmement difficile de démontrer que le libre-échange avec des pays plus riches sera bénéfique, et tout d'abord parce la mesure alors devient le pain de tous les jours.

    Cette question nous ramène à l'essentiel. Alors que toutes études ici démontrent qu'un emploi ne suffit plus pour subvenir aux besoins de base, il faut voir que le libre-échange a beaucoup permis de déplacer des emplois acceptables ici pour raisons de salaire plus bas... si bas qu'ils ne permettent que la misère ailleurs. Ceux qui en "jouissent" sont corvéables à merci.

    Vous parlez de PIB, je parle de misère. Quand les libres marchés apporteront de l'aide à ceux qui en forment la base réelle en ne recevant presque rien pour leur travail ?

    Trump voit la vie dans un rétroviseur, d'accord. Les tenants du libre-échange semblent, eux, souhaiter un retour au 19ème siècle et au capitalisme sauvage. Qui est le plus rétrograde ?

    Nous sommes-nous débarrassés de ceux qui nous promettaient le paradis à notre mort pour nous faire miroiter des lendemains qui chantent comme on tend carotte à un âne ?

    En clair, vous défoncez une porte ouverte pour ne rien dire de ce qui compte. Puéril, oui.

    • Dominique Roy - Abonnée 21 février 2017 11 h 28

      Bravo monsieur Trottier, il est temps que des voix se lèvent pour remettre en question ce raz de marée économique qu'est le libre-échange qui, au nom d'un enrichissement virtuel, saccage les identités culturelles constituées par des siècles de patiente adaptation. Les milliards embusqués sournoisement dans les paradis fiscaux sont bien sûr partisans de ce torpillage systématique, infiniment rentable pour eux. Il faut de toute urgence reconsidérer et même prévilégier le facteur de proximité dans l'économie à venir.