Nuage d’incertitude au-dessus des sables bitumineux

Le développement des sables bitumineux depuis les années 1990 a fait de ceux-ci la principale composante (80 %) de la production albertaine, exportée ailleurs au Canada de même qu’aux États-Unis.
Photo: Dan Barnes / Getty Images Le développement des sables bitumineux depuis les années 1990 a fait de ceux-ci la principale composante (80 %) de la production albertaine, exportée ailleurs au Canada de même qu’aux États-Unis.

Les enjeux climatiques et la baisse des cours pétroliers ont déjà passablement embrouillé l’avenir des sables bitumineux, et ce n’est pas terminé, selon le Wall Street Journal, qui évoque l’annonce très prochaine d’un changement de cap chez ExxonMobil.

Deux mois après le retrait complet du géant norvégien Statoil, un article du quotidien new-yorkais fortement repris vendredi laisse entendre qu’ExxonMobil pourrait confirmer « dans la prochaine semaine » que 3,6 milliards de barils devant être extraits au cours des prochaines décennies resteront enfouis. Question de coûts et de rentabilité.

Si tel était le cas, le producteur américain viendrait allonger la liste des grands joueurs ayant décidé de modifier leurs plans.

Outre Statoil, qui a voulu « optimiser » des gisements situés ailleurs dans le monde — autre façon de décrire la recherche d’une meilleure rentabilité —, la Pétrolière impériale, détenue à 70 % par Exxon, a affirmé il y a deux semaines que la faiblesse des prix pose en effet problème. En raison de nouvelles règles américaines, la société compte retrancher 2,6 milliards de barils de ses « réserves prouvées », car l’admissibilité des réserves à cette catégorie doit désormais s’appuyer sur les prix passés plutôt que sur les prévisions. En 2015, Royal Dutch Shell a pris une radiation de valeur de 2 milliards $US liée à ses investissements dans la région.

100 $US
Le cours du baril de pétrole au milieu de 2014

Sous-entendus

Les premiers signes d’ExxonMobil sont apparus à l’automne, lors de la publication de ses états financiers du troisième trimestre 2016. La société, qui a investi des milliards dans le projet Kearl, au nord de Fort McMurray, a alors affirmé que 4,6 milliards de barils de pétrole étaient sous les projecteurs en Amérique du Nord, dont la majeure partie au Canada. Cet aveu est survenu après un autre article, encore une fois du Wall Street Journal, révélant la tenue d’une enquête des autorités en valeurs mobilières sur l’évaluation de ses réserves.

L’entrée en production de puits alternatifs en sol américain depuis quelques années a eu pour effet de déprimer le marché. Les cours du pétrole ont chuté depuis le milieu de 2014, passant de plus de 100 $US à 30 $US au début de 2016. Tout au long de l’année, une progression graduelle les a ramenés à un peu plus de 50 $US.

Cette situation se reflète dans les états financiers des producteurs. Chez ExxonMobil, par exemple, le bénéfice net annuel est passé de 32,5 milliards $US en 2013 à 7,8 milliards $US en 2016.

53,40 $US
Le cours actuel du baril de pétrole

Condition

Pour rentabiliser un projet dans les sables bitumineux, le cours du pétrole doit se situer à un certain niveau afin que les revenus couvrent l’ensemble des coûts associés. Selon une récente analyse du Canadian Energy Research Institute (CERI) publiée la semaine dernière, le cours doit être de 43,31 $ pour les projets de drainage par gravité au moyen de vapeur, et de 70 $ pour les projets miniers.

« Une éventuelle amélioration des cours pétroliers dans la deuxième moitié de la présente décennie indiquerait que les sables bitumineux sont encore un investissement rentable à long terme »,a écrit le CERI. « Ceci ne veut pas dire que chaque projet passera du statut de concept à la réalité. Ça ne veut pas dire, non plus, que chaque projet devrait aller de l’avant. »

Au moment où la faiblesse relative des prix du pétrole force les producteurs à réévaluer le coût d’extraction des ressources dans l’Ouest canadien, les groupes environnementaux militent pour que les investisseurs institutionnels et individuels s’éloignent du secteur. En plus des préoccupations climatiques et des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, un nombre croissant d’analystes font valoir que la transition vers des technologies moins polluantes rend ces actifs pétroliers de plus en plus risqués.

Le développement des sables bitumineux depuis les années 1990 a fait de ceux-ci la principale composante (80 %) de la production albertaine, exportée ailleurs au Canada de même qu’aux États-Unis.

5 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 18 février 2017 10 h 07

    Pendant ce temps...

    Nos dirigeants continuent d'annoncer la construction de pipelines. De vrais visionnaires de l'économie! Et vive les lobbyistes...

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 18 février 2017 23 h 00

      Les dirigeants approuvent ou rejettent la construction des oléoducs, ils ne les construisent pas. Ce sont les corporations associées aux exploitants qui construisent des oléoducs et ce sont ceux-ci qui paient les lobbyistes. Il faut savoir frapper sur le bon clou.

    • Guy Lafond - Abonné 19 février 2017 07 h 09


      Si ce qu'écrit M. Jean-Paul Carrier est vrai, alors les corporations et les entreprises de construction qui aiment bâtir et qui construisent des oléoducs, devraient commencer à construire autre chose pour se tenir occupés.

      Ils pourraient ériger des nouvelles villes pour accueillir les quelques 300,000 nouveaux immigrants qui arrivent à chaque année au Canada. Ils pourraient construire des villes du futur: i.e. des villes propres où les piétons et les cyclistes sont maîtres et où les véhicules électriques et à essence sont utilisés essentiellement pour le déplacement de marchandises, d'outils, et peut-être pour le transport en commun.

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 20 février 2017 13 h 05

    pipelines ou ville?

    《Devrait construire une ville pour accueillir 300 000 immigrants》
    Excusez- moi mais ni un ni l'autre est visionnaire de l'avenir.
    il faut vraiement sortir de ce pétrole là, qui coûte une fortune à extraire et revoir grandement à la baisse la venue de nouveaux immigrants. Un pays comme le Canada devrait au maximum accueillir 80 000 à 100 000 personnes par année, pas plus.
    Nous n'avons tout simplement pas cette capacité d'accueille !


    ...

  • Jean-Yves Arès - Abonné 20 février 2017 13 h 46

    Les ressources naturelles sont toujours cycliques.

    Tantôt a la baisse, tantôt a la hausse, et tantôt plus ou moins stable.

    On retombe d’un marché spéculatif qui a stimulé de nouvelles techniques de production, ce qui change la donne mondiale dans l’équilibre des marchés. Il se discute beaucoup d’environnement mais rien n'indique pour l’heure que cette préoccupation dans les discours se voie dans les actes concrets. Peu d’État veulent s’engager dans des contraintes qui peuvent nuire a leur économie. Même l’accord de libre-échange Union Européenne - Canada (la CETA) ne fait aucune restriction sur le pétrole canadien en fonction de sa provenance.

    La survie de l’industrie se retrouve comme toujours à se débattre avec le principe de l’offre et la demande des marchés. Et la chose qui a vraiment changé c’est ce que vous n’oser pas nommer; «L’entrée en production de puits alternatifs en sol américain».
    Le ''alternatif'' ici, véritable sujet honni dans les médias du Québec, c’est la technique d’extraction par fracturation de puits horizontaux. L’effet de son arrivé a été total et gigantesque. Visible ici,

    http://tinyurl.com/jdwopcq

    L’évolution des sources d’énergie se fait, mais a pas de tortue en regard des GES émis. Les nouvelles sources dont tout le monde parle font 0.6% pour le solaire direct, et 1.9% pour l’éolien. 90% des sources américaines sont fossiles, incluant 9% de nucléaire. Répartition visible ici,

    http://tinyurl.com/h38jver

    Certain secteur peuvent accueillir facilement le renouvelable, mais pour d’autre c’est de l’ordre de l’impossibilité. Intéressant tableau ici qui indique quoi sert a quoi, et dans quel proportion d’un coté et de l’autre.

    http://tinyurl.com/z5lv8kg

    Tout démontre que l’embriquement des énergies fossiles dans les fondations de notre mode de vie est total.