L'enseignement ne doit pas être asservi aux entreprises, affirme le président de la CSN

« Modeler le réseau d’enseignement en fonction des besoins d’entreprise sans tenir compte de la valeur ajoutée de notre réseau actuel, ça nous pose un problème », souligne le président de la CSN, Jacques Létourneau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Modeler le réseau d’enseignement en fonction des besoins d’entreprise sans tenir compte de la valeur ajoutée de notre réseau actuel, ça nous pose un problème », souligne le président de la CSN, Jacques Létourneau.

À l’approche du Rendez-vous national de la main-d’oeuvre, qui aura lieu jeudi et vendredi à Québec, la CSN s’inquiète à l’idée que la réponse aux besoins des entreprises en matière de formation entraîne un impact nuisible sur le réseau d’enseignement.

Alors que les résultats d’un sondage commandé par le Conseil du patronat du Québec (CPQ) accordent beaucoup d’importance aux interactions avec les établissements d’enseignement, le président de la centrale syndicale veut éviter que le réseau public soit indûment attaché.

« Ce n’est pas vrai qu’on va, dans des régions spécifiques, modeler ou ajuster l’enseignement collégial et postsecondaire en fonction uniquement des besoins des entreprises », a affirmé lundi Jacques Létourneau lors d’une table éditoriale au Devoir. La qualité du travail et ses conditions doivent figurer dans l’équation, a-t-il dit.

« Que les acteurs du marché du travail manifestent leurs besoins et qu’on regarde comment on est capable de répondre à des demandes particulières, c’est une chose »,a dit le président de la CSN, dont l’une des composantes, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), représente 34 000 membres aux niveaux collégial et universitaire. « Mais modeler le réseau d’enseignement en fonction des besoins d’entreprise sans tenir compte de la valeur ajoutée de notre réseau actuel, ça nous pose un problème. »

Problèmes de recrutement

Dans les résultats du sondage du CPQ publié jeudi dernier, effectué auprès de 300 répondants, 70 % des entreprises interrogées affirment éprouver des problèmes de recrutement. À l’intérieur de ce groupe, les défis se répartissent entre les emplois ne nécessitant aucune diplomation particulière (28 %), le niveau « métier » (secondaire, 37 %) et le niveau « technique » (collégial, 29 %). Pour le reste, 28 % des employeurs disent ne vivre aucun problème.

Invitées à citer les appuis gouvernementaux les plus bénéfiques au recrutement, les entreprises ont évoqué les services d’aide à l’emploi (43 %) et les programmes de formation et de stage assurés par les établissements d’enseignement (43 %). Selon le CPQ, le Québec doit se doter d’une « vision globale concernant la gestion du capital humain, qui doit se répercuter dans toutes les politiques gouvernementales, surtout les politiques économiques ».

Résultat d’une promesse faite en mai, la tenue du sommet sur la main-d’oeuvre était d’abord prévue en novembre 2016, mais le gouvernement Couillard a préféré le reporter de quelques mois afin de maximiser les chances d’une entente entre les divers groupes, dont le patronat et le monde syndical. Des deux côtés de la clôture, les représentants estimaient qu’il s’agissait là d’une sage décision, car un sommet hâtif aurait pu n’aboutir à rien.

Renouveau

Le président de la CSN s’interroge aussi sur les règles qui balisent la syndicalisation et évoque le besoin d’une approche différente, notamment pour le commerce de détail, où la tâche est « presque impossible »,car il faut procéder « magasin par magasin ». La fermeture des succursales et le taux de roulement dans un milieu de travail formé notamment de travailleurs jeunes et à temps partiel « font en sorte qu’à un moment, on perd la majorité, et il y a une révocation de l’accréditation »,a-t-il poursuivi.

Sur les six dépanneurs de Couche-Tard ayant fait l’objet d’une convention collective en 2013, un seul est encore syndiqué. Dans les cinq autres, une demande de révocation a été soumise et approuvée par le Tribunal administratif du travail (TAT) à l’automne 2016.

« Je n’ai pas de regrets, c’est juste que ça va nous forcer à réfléchir et à penser autrement la syndicalisation de ces milieux-là,a dit M. Létourneau. Si on ne renouvelle pas la façon d’organiser, il y a des secteurs où on ne réussira jamais à percer. Les Walmart, ils vont les fermer, les McDonald’s, ils vont les fermer. Est-il possible de créer un effet de mouvement pour que le gouvernement mette en place des décrets de convention pour un secteur d’activité ? Peut-être. […] Je suis convaincu que le renouvellement va passer par de nouvelles approches. »

1 commentaire
  • Daniel Bérubé - Abonné 15 février 2017 13 h 47

    La valeur de l'éducation...

    Cette dernière se doit de répondre avant tout à un ou des besoins humains : aider l'humain dans son évolution personelle et collective. Par contre, le contexte "évolutif" risque d'être bien différent d'une personne à l'autre, c'est à dire que pour l'un, l'évolution se doit d'être technique, de connaissances et de transformations chimique, informatique, robotique...

    Pour d'autres, l'évolution serait au niveau humain, c.à.d. évolution de la personne, de l'être, dans sa manière d'être et d'agir dans une société en perpétuel changement.

    Nous voyons ce que donne l'évolution scientifique sous l'égide de l'économique, donc où l'économie prime sur tout; et si en plus, ce contexte économique est régie par le capitalisme avec la bénédiction des banques, ne nous interrogeons plus sur les raisons qui nous ont mené au changement climatique que l'on cannaît actuellement. Et reconnaissons que le savoir du peuple, en ce sens, devient dangereux pour l'économie à court terme ! et que ces prises de conscience... ne doivent surtout pas être apprise à l'école.

    Il n'y a plus de bien... il n'y a plus de mal... il n'y a que des économies auxquel nous devons nous fidèlement nous sacrifier...