La privatisation des aéroports rapporterait des milliards

L’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal vaudrait entre 1,3 et 2,9 milliards.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal vaudrait entre 1,3 et 2,9 milliards.

La privatisation des aéroports du pays pourrait rapporter de 7,2 à 16,6 milliards au gouvernement fédéral, estime une analyse publiée par le groupe C.D. Howe, qui base ses calculs sur des opérations semblables en Europe, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

L’étude, qui chiffre entre 1,3 et 2,9 milliards la valeur des installations d’Aéroports de Montréal, prévient toutefois que le passager devra absolument figurer au sommet des priorités si jamais le capital des aéroports était ouvert aux investisseurs privés.

Cette estimation survient alors que le gouvernement Trudeau, qui prévoit un déficit d’environ 25 milliards en 2016-2017, réfléchit à l’avenir des aéroports avec l’aide de la firme Crédit Suisse, dont le mandat confié à l’automne 2016 consiste à chiffrer les sommes potentiellement réalisables. Des déficits importants sont prévus jusqu’en 2020, selon la mise à jour économique de novembre 2016.

À l’heure actuelle, certains aéroports s’opposant à l’idée d’une privatisation font valoir que l’ensemble des loyers et frais versés annuellement au gouvernement fédéral par les autorités aéroportuaires atteignent environ un milliard, et qu’une telle opération entraînerait une hausse des coûts en raison des rendements qui seraient exigés par les investisseurs.

Sans but lucratif

Dans les années 1980, les aéroports ont été transformés en organismes sans but lucratif qui doivent payer pour l’occupation des terrains fédéraux. Les baux sont assortis d’échéances très longues (2072 pour Montréal) et la loi indique qu’au final, les aéroports doivent être remis entre les mains du gouvernement fédéral sans aucune dette. Les aéroports n’ont pas le droit de lever du capital-actions.

« La vente de participations dans les aéroports peut améliorer l’expérience des passagers grâce à des services additionnels et à l’élimination du loyer qui mène à des hausses de coûts pour les voyageurs, peut-on lire dans l’analyse écrite par Steven Robins. Cependant, le gouvernement doit mettre en place des politiques réglementaires et transactionnelles assurant que les voyageurs sont la priorité de tout propriétaire aéroportuaire. »

La fourchette des retombées financières s’explique entre autres par des éléments incertains, comme la prise en charge de la dette par les nouveaux propriétaires en amont des éventuelles transactions, a écrit M. Robins.

Toronto, Montréal, Vancouver

Pour aboutir à cette fourchette, il s’est basé sur la valeur d’entreprise d’une trentaine d’aéroports vendus dans le monde depuis 2011 et a établi un ratio entre cette valeur et les profits avant impôts, intérêts et amortissement. Il a appliqué une fourchette étroite des multiples ainsi obtenus aux profits des aéroports canadiens.

L’aéroport Pearson de Toronto est ainsi estimé entre 2 et 6,6 milliards. Suivent ceux de Vancouver (entre 3,2 et 4,5 milliards), de Montréal (entre 1,3 et 2,9 milliards) et de Calgary (entre 150 millions et 1,2 milliard). L’aéroport d’Ottawa, qui s’oppose à la privatisation en compagnie de Vancouver et de Calgary, vaudrait moins de 400 millions.

Lors d’un entretien avec Le Devoir vendredi dernier, le ministre des Transports, Marc Garneau, a dit qu’aucune décision n’a été prise et que l’analyse pourrait ne pas être terminée avant le budget de son collègue Bill Morneau, titulaire du ministère des Finances.

Aéroports de Montréal se dit ouverte à plusieurs options, mais son grand patron, James Cherry, a déjà fait valoir que le financement par endettement pourrait poser problème si jamais les taux augmentaient et qu’un aéroport devrait forcément s’empresser de rembourser rapidement avant la fin du bail.

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