Un don pour la postérité

Alice Mariette Collaboration spéciale
Au Canada anglophone, les dons planifiés sont plus répandus qu’au Québec.
Photo: iStock Au Canada anglophone, les dons planifiés sont plus répandus qu’au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial REER

Le programme Un héritage à partager, dont la mission est la sensibilisation aux dons planifiés, a décidé cette année d’axer sa communication sur le don testamentaire. Le regroupement d’organismes de bienfaisance souhaite mener un changement social dans la mentalité philanthropique et défaire les idées reçues.

« Le don par legs n’est pas quelque chose qui est généralement accepté dans notre société, regrette Lucille Grimard, présidente d’Un héritage à partager. Cela ne fait pas encore partie des moeurs. » Le regroupement a été créé sur le modèle du groupe analogue anglophone Leave a Legacy en 1999. Malgré une évolution des mentalités ces dernières années, Mme Grimard remarque qu’au Canada anglophone, mais aussi du côté des États-Unis, les dons planifiés sont plus répandus qu’au Québec. Ce contraste, elle l’explique notamment par une différence historique. « Les anglophones ont été plus responsabilisés au fait de soutenir leurs propres organismes, note-t-elle. Ils se sont assumés beaucoup plus tôt. »

Pour inverser la tendance, les 160 organismes membres d’Un héritage à partager se sont réunis, en vue de sensibiliser les Québécois. « Au Québec, on vit dans un milieu où tant de services nous sont offerts, que ça soit par le gouvernement ou d’autres organismes, qu’il n’est pas insensé de penser que l’on pourrait laisser dans son testament une somme à une cause ou à une structure qui nous est chère », pense-t-elle. Si le programme a décidé d’axer sa sensibilisation sur le don testamentaire, c’est parce qu’il reste le plus connu, selon Mme Grimard. Il s’agit d’une clause rajoutée dans un testament pour léguer, directement, en pourcentage, ou de façon résiduelle, une partie de sa succession à un ou plusieurs organismes de charité. « Quelque part, les institutions ne vont pas survivre si on ne s’implique pas », ajoute Mme Grimard.

Un dernier acte de générosité

Le choix du ou des organismes destinataires du legs est très important et doit être fait avec rigueur. Si celui-ci s’opère souvent en fonction d’une histoire personnelle ou familiale, il est aussi possible que le donateur détermine simplement une cause qui lui est importante, comme l’environnement ou l’éducation. Certaines personnes peuvent aussi choisir de laisser un montant pour des bourses de recherche dans une université. Mme Grimard prend l’exemple d’une personne qui déciderait de laisser 5000 $ par année pendant cinq ans à un département universitaire, dans une matière chère au donateur, pour qu’un étudiant puisse en profiter.

Quel que soit le choix final, Mme Grimard pense que la décision ne doit pas être tenue secrète. « Une personne qui décide de faire un don testamentaire doit en parler à sa famille et expliquer pourquoi il a fait ce choix, conseille-t-elle. C’est une bonne pratique et cela peut éviter des conflits ultérieurs. » Par ailleurs, elle recommande de contacter l’organisme choisi afin de savoir comment le don va être utilisé ou encore s’il existe un programme de reconnaissance du vivant des donateurs. Elle note toutefois une certaine pudeur toujours présente lorsque l’on parle de testament.

Des idées reçues à déconstruire

Lucille Grimard estime que, si la pratique n’est pas encore dans les moeurs au Québec, c’est aussi à cause d’un certain nombre d’a priori. Le plus courant étant de penser que faire un don testamentaire va nécessairement déshériter sa famille, ou la désavantager. « Les gens imaginent parfois que, comme ils ont des enfants, ils ne peuvent le faire, mais c’est une idée préconçue de croire qu’il faudrait tout donner à un organisme, souligne la présidente. Il est tout à fait possible de déterminer un pourcentage faible ou de choisir de léguer les résidus par exemple. » Même si, Mme Grimard le concède, un don va diminuer quelque peu les héritages de la famille, la valeur de celui-ci peut représenter une part négligeable du montant total. « On veut faire comprendre qu’au Québec on peut faire un don dans son testament sans déshériter sa famille et que, en même temps, on fait un acte de remise à la société », décrit-elle.

De même, il est commun de penser que le don testamentaire ne s’adresse qu’aux plus fortunés. Ce n’est pas le cas, puisque le montant va être établi en fonction de l’avoir total du donateur. Pour déterminer cela, Un héritage à partager recommande de faire une planification financière. Si cette démarche peut faire peur, Mme Grimard explique qu’elle permet simplement de faire un point sur ce que la personne possède : une maison principale, un chalet, des oeuvres d’art, des actions, un REER ou encore une pension de son employeur. « Avec un planificateur financier, on peut faire la liste de tous ses actifs et se dire “maintenant je vaux tant et donc qu’est-ce que je veux et peux faire avec”, ajoute-t-elle. C’est pour être sûr que, si on fait un don, on le fait avec le bon outil. »

Ainsi, grâce à l’avis d’un professionnel, le don pourra être fait selon les modalités représentant le plus d’intérêts. Dans certains cas par exemple, le don testamentaire peut avantager les héritiers, puisque celui-ci donne droit à des crédits d’impôt non remboursables de près de 50 % de la valeur du don.

Plusieurs types de dons

Le don testamentaire n’est pas la seule façon d’aider les organismes de bienfaisance. En fonction des croyances et de volontés de chacun, il est possible de faire un don de police d’assurance vie, de valeurs immobilières ou de titres admissibles, autrement dit de titres cotés en Bourse et autres titres admissibles. Le choix peut aussi être une rente ou une fiducie de bienfaisance. Dans tous les cas, Mme Grimard insiste sur l’importance d’en parler autour de soi, afin de prendre la bonne décision.

Même si, selon le dernier sondage réalisé par le programme en 2011, seuls 5 % de Québécois font un don planifié, la part de ceux prêts à le faire augmente. « Je pense qu’il y a une bonne démocratisation », conclut Lucille Grimard. Un nouveau sondage est en cours pour mesurer l’évolution des connaissances et des comportements en matière de dons planifiés.