Des aéroports sceptiques par rapport aux capitaux privés

Le ministre des Transports, Marc Garneau, affirme qu’Ottawa ne fait qu’explorer les options en ce qui a trait à l’avenir des aéroports canadiens.
Photo: Todd Korol La Presse canadienne Le ministre des Transports, Marc Garneau, affirme qu’Ottawa ne fait qu’explorer les options en ce qui a trait à l’avenir des aéroports canadiens.

Le ministre fédéral des Transports affirme qu’Ottawa ne fait qu’explorer des options pour l’instant, mais trois aéroports font front commun pour affirmer qu’une éventuelle ouverture de ces infrastructures à des investisseurs aurait des « répercussions négatives » au chapitre des coûts.

Une semaine après les propos du ministre Marc Garneau en marge d’un discours à Vancouver, les aéroports d’Ottawa, de Calgary et de Vancouver affirment qu’une ouverture de leur capital à des intérêts privés pourrait entraîner des conséquences directes pour les voyageurs et sur l’économie.

« Une pareille vente ne manquera pas de faire grimper le coût du transport aérien pour les passagers, d’entraîner la disparition des intervenants locaux au sein des conseils d’administration des aéroports et de miner la compétitivité économique du Canada », ont souligné mercredi les trois autorités aéroportuaires dans un communiqué conjoint.

Années 1980

La nature des aéroports a changé pendant les années 1980, une période marquée par la privatisation de plusieurs sociétés de la Couronne par le gouvernement Mulroney. Les aéroports ont alors été remis entre les mains d’organismes à but non lucratif liés par des baux de plusieurs décennies. Celui d’Aéroports de Montréal, par exemple, se termine en 2072.

Au final, les aéroports devraient retourner au gouvernement fédéral, mais sans dette, ce que certains voient comme un enjeu majeur dans la mesure où la dette est pour l’instant la seule façon pour eux de lever des capitaux.

De son côté, ADM a déjà plaidé pour une « approche flexible ». Son président, James Cherry, a profité d’une tribune à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en octobre 2016 pour revenir sur le sujet. « Tous nos financements viennent des émissions de dette. C’est bien beau quand les taux d’intérêt sont très bas, et nous avons été chanceux que les taux aient été relativement stables pendant 15 ans, mais que va-t-il arriver quand les taux d’intérêt vont augmenter de façon importante ? » a dit M. Cherry à l’auditoire.

Parties prenantes

En entrevue, la porte-parole d’ADM, Christiane Beaulieu, a dit mercredi que son organisation demeure ouverte, mais qu’elle attend de voir ce qui sera proposé. Cette proposition devrait bénéficier à toutes les parties prenantes, dont les voyageurs et les aéroports, a-t-elle précisé.

Lors d’une période de questions après l’allocution prononcée devant la Chambre de commerce de Vancouver, le 25 janvier, le ministre Garneau a dit que la réflexion fait partie d’un examen de la Loi sur les transports entamé par le gouvernement Harper. La couverture médiatique ne signifie pas que c’est chose faite, a-t-il dit. « Ce n’est pas chose faite. Il s’agit d’un nouveau gouvernement qui explore différentes possibilités. »

Dans un site Internet créé pour promouvoir leur campagne, les trois aéroports font valoir que leurs services contribuent aux communautés et que les grands aéroports du pays versent annuellement plus d’un milliard au gouvernement fédéral, sous forme de loyers notamment.

Transition de trois ans

En décembre 2015, un comité présidé par David Emerson a remis au ministre Garneau un rapport dans lequel il recommandait notamment une « transition, d’ici trois ans, vers une structure à capital-actions pour les aéroports importants, avec un financement par capitaux propres d’investisseurs de grands établissements ».

Le Globe and Mail a écrit au mois d’octobre que le gouvernement Trudeau a demandé à Crédit Suisse d’examiner divers scénarios de privatisation et de chiffrer les sommes potentiellement réalisables dans ce type d’opération.

La quête de rendements dans un marché particulièrement volatil et la faiblesse des taux d’intérêt ont fait en sorte que les aéroports, comme beaucoup d’infrastructures, sont devenus des occasions d’investissement pour les grandes institutions, dont les caisses de retraite.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2017 12 h 38

    . Arrêter la commercialisation de chaque aspect de notre vie!

    Les études démontrent que la privatisation de nos instances publiques augmente le cout et diminue la qualité de nos services publics. Arrêtons la privatisation de nos aéroports et de nos infrastructures. Les entrepreneurs salivent à l'idée d'accaparer tout ce qui est public et de tout ce qui nous appartient comme peuple. Assez c'est assez!