Les insectes à la rescousse de la planète

Paul Shenouda, Mathieu Poirier et Philippe Poirier, de Wilder Harrier
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Paul Shenouda, Mathieu Poirier et Philippe Poirier, de Wilder Harrier

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, un trio qui veut faire partie de la révolution du système alimentaire.

Philippe Poirier savait depuis longtemps qu’il voulait créer sa propre entreprise. Ne lui restait qu’à trouver la bonne idée. « Je pense qu’un principe important pour toute entreprise en démarrage, c’est de répondre à un besoin plutôt que d’en créer un », affirme-t-il.

Son « moment Eurêka » survient à l’été 2014, lorsqu’il met la main sur un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui s’intéresse à une avenue sous-exploitée pour nourrir neuf milliards d’êtres humains en 2050 : les insectes.

Il en parle aussitôt à son frère Mathieu et à son ami de toujours, Paul Shenouda. Les trois complices savent qu’ils tiennent quelque chose et se mettent rapidement au travail pour développer ce qui est aujourd’hui devenu Wilder Harrier, une entreprise qui offre des gâteries pour chien à base de farine de grillons.

« On a constaté que c’est seulement l’aspect psychologique qui empêche les insectes de faire partie du système alimentaire occidental », explique le jeune homme de 27 ans, soulignant que deux milliards d’êtres humains en mangent déjà. « On a vu qu’il y avait un potentiel immense et inexploité. »

Selon le rapport de la FAO, l’élevage de vers de farine, de grillons et de criquets produit cent fois moins de gaz à effet de serre que celui du porc et du boeuf. Et la teneur en protéines des insectes se compare avantageusement à celle du boeuf.
 

Trouver la bonne recette

Les entrepreneurs constatent rapidement que la barrière psychologique est difficile à surmonter pour les humains et décident de miser sur les gâteries pour chiens, un achat généralement impulsif. « On voulait commencer avec un produit qui serait abordable, sans obliger les consommateurs à changer complètement leurs habitudes », souligne Paul Shenouda.

« En remplaçant la viande de bonne qualité qui nourrit nos animaux de compagnie, on peut libérer des ressources et des protéines qui peuvent nourrir beaucoup plus d’humains sur la planète », ajoute Philippe.

 
Quels sont les conseils de Philippe Poirier et Paul Shenouda à ceux qui souhaitent lancer leur entreprise ? Regardez la vidéo ci-dessous.
 

 

Sans expérience dans le domaine de l’alimentation, le trio fait appel à un agronome spécialisé en nutrition animale, qui est rapidement séduit par leur idée. Ils allient leurs efforts pour mettre au point un produit nutritif, avec le bon format, la bonne texture. « On a investi tôt dans cette expertise-là pour avoir un produit qui se tient », se félicite Paul.

À la recherche d’un fournisseur de grillons, ils se tournent vers l’entreprise Entomo Farms, établie en Ontario, la seule option pour eux à ce moment-là au Canada.

Avec un plan d’affaires en main et du soutien financier en poche, les entrepreneurs lancent les ventes en ligne en octobre 2015, puis dans les magasins Mondou deux mois plus tard, sous le nom BugBites.

Alors qu’elle tente de se faire remarquer, l’entreprise constate que son nom lui nuit. BugBites, qui peut à la fois vouloir dire « bouchée d’insectes » et « piqûre d’insecte » en anglais, porte à confusion. L’équipe retourne à la table à dessin, raffine la présentation du produit et revient à la charge à l’automne 2016 sous le nom Wilder Harrier.

Les produits de l’entreprise se déclinent en deux parfums différents — bananes arachides et pommes canneberges — et sont aujourd’hui distribués dans 150 points de vente au Québec et en Ontario. « Avec l’introduction de la nouvelle marque, ç’a explosé », observe Philippe. Prochaine étape dès ce printemps : l’Ouest canadien.

Explorer les diverses options

Les affaires vont bien pour Wilder Harrier, qui accumule financement et distinctions, et les trois entrepreneurs ne veulent pas s’arrêter là. Pour eux, les gâteries pour chiens sont en quelque sorte une manière de convaincre les humains que les insectes, comme une foule d’autres « super-protéines », ont leur place dans notre alimentation.

La priorité demeure pour l’instant la nourriture pour animaux, insistent les cofondateurs, mais les ambitions sont grandes. « Notre vision est plus large que la nourriture pour animaux ou les insectes comestibles, soutient Philippe. On veut éventuellement introduire dans notre système alimentaire des produits qui sont plus écoresponsables tout en étant super-nutritifs, et qui sont laissés de côté par la plupart des joueurs sur le marché. »

Après les insectes, pourquoi pas la levure, les algues ou la nourriture en impression 3D ? Pour Philippe, Mathieu et Paul, l’aventure ne fait que commencer.

5 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 28 janvier 2017 07 h 08

    Pourquoi opter ...

    pour un nom anglais? À ce qu'il me semble ils vivent au Kébek non? Et la langue officielle du KébeK est le français même si la plupart du temps les compagnies québécoises optent pour l'anglais dans leur nom, je trouve cela très inconvenant quant à moi. J'aurais l'impression d'acheter un produit américain. Non je n'achèterai pas leur produit.

    • Michel Bouchard - Abonné 28 janvier 2017 10 h 59

      Ces mots ( Wilder Harrier) font plus international. Puis, ceux du ROC ( rest of Canada) ont peur des jeunes entrepreneurs du Kébek. Ils se disent supérieurs aux Québecois.

      On pourrait croire que ces mots proviennent de la Belgique ou de la Suisse....

    • Gilles Théberge - Abonné 28 janvier 2017 12 h 36

      C'est exactement la réflexion que je me faisais en lisant le texte.

      Pourquoi...? Sans doute parce qu'ils visent le marché de l'ouest et par extension le marché américain.

      Ah bon. Comme ça les anglais ne sont pas capables d'accepter un nom français. Mais les Québécois eux...?

      "wilder Harrier"... Qu'est-ce que ça veut dire au juste?

      Quel manque d'imagination. Désolant!

    • Simon Pelchat - Abonné 28 janvier 2017 14 h 07

      Je suis d'accord avec vous. Un compromis aurait été un mot neutre.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 28 janvier 2017 23 h 50

    Bravo à la relève.

    Quelle belle entreprise, savoir voir plus loin que son nez!