La renaissance de Detroit

Abess Makki, de CityInsight, une entreprise de Detroit qui a créé une application permettant de gérer sa consommation d’eau pour éviter des impayés.
Photo: Jeff Kowalsky Agence France-Presse Abess Makki, de CityInsight, une entreprise de Detroit qui a créé une application permettant de gérer sa consommation d’eau pour éviter des impayés.

Les gratte-ciel arborent de nouveau les noms de multinationales, bars et restaurants branchés émergent : Detroit, berceau de l’industrie américaine, renaît de sa banqueroute et de l’effondrement du secteur automobile ayant entraîné un exode de ses habitants faute d’emplois.

En cette journée glaciale de janvier, la circulation est dense au centre-ville, où les places de stationnement sont rares. Dans le quartier de Midtown, les travaux d’un gigantesque complexe sportif, Little Caesars Arena exploité par Olympia Entertainment, sont au stade final pour une ouverture en septembre. Cette arène, dont le budget dépasse les 700 millions de dollars, sera partagée entre les équipes locales de basket des Detroit Pistons et de hockey des Detroit Redwings et sera l’épicentre d’événements culturels et sportifs. Les 60 suites, dont le bail est de dix ans pour 3 millions de dollars, ont été louées en à peine plus d’un mois.

Nouvelle dynamique

« Il y a actuellement à Detroit une dynamique qui n’existait pas avant », confie Tom Wilson, le p.-d.g. d’Olympia.

Au nord-ouest, l’usine de 16 hectares de l’ancien constructeur Packard, laissée à l’abandon pendant des décennies, est en train d’être rénovée.

Photo: Jeff Kowalsky Agence France-Presse Tom Wilson, le p.-d.g. d’Olympia Entertainment, devant la maquette d’un gigantesque complexe sportif qui ouvrira en septembre

C’est là qu’a été fabriqué le moteur d’avion Rolls Royce Merlin ayant équipé l’avion de chasse Mustang lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour repeupler le centre-ville déserté pour des raisons de sécurité, les constructions d’immeubles résidentiels foisonnent, tandis que les caméras de surveillance privées se multiplient. D’après la police, le nombre des meurtres est tombé en 2015 à son plus bas en 50 ans, avant de remonter de 2,3 %, à 302 crimes, l’an dernier.

« C’est un grand changement comparativement à il y a une décennie. Le taux d’occupation s’est envolé et les prix ont explosé », assure Sandy Baruah, président de la Chambre de commerce. Le déclin de la population s’est stabilisé : Detroit comptait environ 677 000 habitants en 2016.

Les « sauveurs »

Les difficultés du « Big Three » — General Motors, Fiat Chrysler et Ford —, poumon économique de la ville, dans les années 2000 ont entraîné un exode, intensifié par la faillite historique en 2013 de la municipalité, croulant sous une dette de plus de 18 milliards.

Le milliardaire Dan Gilbert, propriétaire de l’équipe de basket les Cavaliers Cleveland et sa star planétaire Lebron James, fait partie des « sauveurs ». Ce natif de Detroit a investi, via ses sociétés Bedrock et Quick Loans, plus de 3,5 milliards en rachetant pour une bouchée de pain plus de 95 % des immeubles du centre-ville laissés à l’abandon. « Detroit était la Silicon Valley des années 50 et 60, ça m’est resté à l’esprit », raconte-t-il.

Diversifier son économie pour ne plus dépendre de l’automobile, tel est l’objectif de Detroit, qui se présente désormais comme un haut lieu des services liés à la mobilité, de développement des technologies associées à la finance et de la logistique.

Abess Makki, dont les parents ont fui la guerre civile en Sierra Leone, a monté l’entreprise de démarrage CityInsight à l’origine d’une application permettant de gérer sa consommation d’eau pour éviter des impayés. « C’était difficile, car j’ai dû faire plusieurs petits emplois pour tout financer », se souvient cet étudiant qui vient de signer un contrat de trois ans avec la municipalité. Des incubateurs et pépinières d’entreprises ont remplacé des équipementiers automobiles et une ligne de tramway de 5,3 km — la QLine — sera ouverte au printemps. Ces efforts ont contribué à une chute du taux de chômage à 10,4 % en novembre, contre 16,9 % en novembre 2013, date de la banqueroute.

Pas pour tous

Le miracle économique n’a cependant pas touché tout le monde. Quand on longe l’avenue Jefferson se succèdent belles demeures et maisons abandonnées et saccagées, preuves des défis à venir. Conscients de ces disparités économiques, les pouvoirs publics encouragent l’ouverture de commerces de proximité.

Alana Rodriguez, d’origine mexicaine, a ouvert en août sa boutique de vêtements dans le sud-ouest de la ville en majorité hispanique. « Il y en avait besoin dans ce coin », raconte cette ancienne combattante. « Je voulais que les enfants qui entrent dans ma boutique regardent mon visage et disent “elle me ressemble, donc je peux aussi le faire” ».

« Le défi maintenant est de faire en sorte que les minorités, qui veulent créer de grosses entreprises, aient accès au capital », ajoute Pamela Lewis, de la fondation NEI, qui octroie indirectement des aides financières aux PME locales.