Régularisation fiscale de 90 milliards $US

Le ministre argentin du Budget et des Finances, Alfonso Prat-Gay
Photo: Victor R. Caivano Associated Press Le ministre argentin du Budget et des Finances, Alfonso Prat-Gay

Buenos Aires — Traditionnellement méfiants vis-à-vis du système bancaire, les Argentins ont massivement régularisé ces derniers mois dépôts bancaires et déclarations de biens à l’étranger, à hauteur de 90 milliards de dollars, appâtés par une amnistie fiscale généreuse.

Mardi, le ministre argentin du Budget et des Finances, Alfonso Prat-Gay, a revendiqué « un record historique », « un succès au-delà des espoirs » du gouvernement de centre droit, motivé selon lui par une confiance retrouvée dans les institutions.

Les Argentins avaient jusqu’au 31 décembre pour transmettre au fisc leur déclaration de patrimoine, moyennant une pénalité réduite. Ils peuvent encore le faire jusqu’au 31 mars, avec une pénalité supérieure. Certains ont choisi de rapatrier l’argent placé sur des comptes en Uruguay, aux États-Unis ou en Europe vers l’Argentine, d’autres ont choisi de déclarer au fisc argentin les dépôts bancaires et les maisons ou appartements à Miami ou à Punta del Este (Uruguay), la cité balnéaire chic des Latinoaméricains.

Sans nier une confiance accrue des Argentins les plus aisés, l’économiste Dante Sica considère que la peur du gendarme fiscal est la principale motivation. « À l’heure où se renforce dans le monde la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue, il est chaque jour plus difficile d’avoir des biens non déclarés », fait-il remarquer. « Il y a une grosse pression, il y a de plus en plus d’échange d’informations entre les administrations fiscales », ajoute-t-il.

L’ampleur du phénomène de régularisation fiscale atteint un niveau correspondant à un tiers de l’estimation officielle de fonds argentins — non déclarés — à l’étranger, 250 à 300 milliards de dollars, selon l’Indec, l’institut de statistiques.

Sur les 90 milliards déclarés, 5,6 iront directement dans les caisses de l’État argentin au titre de pénalités, les avoirs bancaires et immobiliers à l’étranger étant taxés par le fisc argentin. « C’est très positif, car la base imposable en Argentine augmente fortement. Avant, ces actifs n’étaient pas imposés », relève l’économiste argentin, qui pense que le chiffre peut atteindre 150 milliards de dollars en mars.

Les Argentins ont la réputation d’être des champions de la fraude fiscale. Par obligation, disent-ils souvent. L’hyperinflation des années 1980-1990 (jusqu’à 3000 % en 1989), le gel des avoirs bancaires pendant la crise économique de 2001, une instabilité économique et monétaire chronique, le contrôle des changes de 2011 à 2015 ont poussé de nombreux Argentins à placer leurs économies hors du pays ou hors du système, par sécurité.