Des immigrants plus scolarisés, moins employés

Ce n’est plus un secret, il y a un manque criant de main-d’œuvre dans la région métropolitaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce n’est plus un secret, il y a un manque criant de main-d’œuvre dans la région métropolitaine.

Montréal a les immigrants parmi les plus scolarisés de l’Amérique du Nord, mais c’est pourtant ici qu’ils chôment le plus. Ce paradoxe de l’immigration montréalaise ressort d’une étude réalisée par l’Institut du Québec (IdQ), en collaboration avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et Montréal International (MI).

Selon l’étude de l’IdQ, le taux de diplomation universitaire des immigrants montréalais (33 %) est plus élevé que celui des « natifs » (24 %), alors que c’est l’inverse dans 3 autres des 16 villes canadiennes et américaines étudiées (soit Vancouver, Philadelphie et Seattle). Une immigration montréalaise, donc, très scolarisée mais qui connaît — et de loin ! — le plus haut taux de chômage de toutes les 16 villes de l’étude, soit 10 %.

Il est temps

Il est plus que temps de s’attaquer à ce problème, a déclaré Raymond Bachand, le président de l’IdQ, en conférence de presse mardi matin. « C’est un gaspillage de talents ! » Ce paradoxe est d’autant plus « dérangeant » que le Québec a besoin d’immigrants qualifiés, a souligné pour sa part Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

Ce n’est plus un secret, il y a un manque criant de main-d’oeuvre dans la région métropolitaine : en excluant les immigrants, le bassin de travailleurs potentiels — les 25 à 54 ans — a diminué de 10 % dans les dix dernières années. « Le deuxième facteur d’attractivité des entreprises [étrangères], c’est la présence de talent, affirme Hubert Bolduc, président-directeur général de MI. Est-ce qu’il y a suffisamment de talent pour pourvoir les postes que je m’apprête à ouvrir ? C’est ce qu’elles veulent savoir. »

Dans « cet énorme chantier de société » qu’est l’intégration des immigrants au marché du travail, la responsabilité est partagée, admet M. Leblanc. Le gouvernement a d’abord la sienne, « dans le signal qu’il lance », a-t-il dit. Le « vrai défi, poursuit-il, c’est au niveau des ordres professionnels ». Il faudra les obliger à mieux documenter en chiffres le nombre d’immigrants qui passent par leurs services, soutient M. Leblanc. Selon lui, les ordres professionnels devront aussi réduire à six mois tout au plus la formation d’appoint nécessaire que doivent suivre les immigrants souhaitant intégrer ces ordres. « Et en cas de résistance, le ou la ministre devrait exiger de les mettre sous tutelle », a-t-il ajouté.
 



Scandalisé

Raymond Bachand, de l’IdQ, se dit scandalisé de voir qu’on demande à des professionnels de 50 ans et plus de refaire leurs examens. « Je défie les gens de 50 ans de repasser leurs examens, moi-même, je ne pourrais pas repasser mon examen du barreau avec tout ce qui a changé », a-t-il noté.

Enfin, les entreprises ont aussi une bonne part de la responsabilité, sachant que bon nombre d’immigrants sont discriminés sur le nom de famille ou selon le pays où ils ont acquis leur expérience de travail. M. Bachand croit qu’à l’instar de la Commission des droits de la personne de l’Ontario, qui a tranché sur la question, aucun immigrant ne doit subir une discrimination à l’embauche parce qu’il ne possède pas d’« expérience canadienne ».

Éducation collective

Toutefois, M. Bachand estime que la discrimination positive, pour forcer les entreprises à embaucher davantage d’immigrants, n’est pas nécessaire. « C’est une mission d’éducation collective », a-t-il indiqué. Reconnaissant que le CV d’un Pierre Tremblay est parfois plus considéré que celui d’un immigrant, il est d’avis que plus d’argent devrait être octroyé aux entreprises. « On pense que le gouvernement devrait mettre plus de ressources pour aider les entreprises à accueillir les immigrants », plutôt que d’aider l’immigrant « à son employabilité ».

2 commentaires
  • Michel Rochette - Abonné 7 décembre 2016 08 h 14

    Une étude intéressante mais que ne colle pas à la réalité!

    Cette étude part de la prémisse que plus quelqu'un est éduqué formellement - constaté par diplômes par-dessus diplômes -, meilleures seront ses chances. Ce fut essentiellement l'approche d'immigration basée sur les compétences - le fameux système de points - qu'a suivi le Québec et d'autres États aux cours des récentes années. - ex. UK, Australie - mais pas les USA. Évidemment, cela n'a pas très bien fonctionné, en particulier au Québec, ou les besoins des entreprises ne correspondent pas du tout au système d'immigration imaginé et implanté.

    De plus, ce système est pervers parce qu'il laisse croire aux futurs immigrants diplômés que leur intégration économique sera facile. Cette politique vide littérallement les pays en voie de développement de leurs propres ressources humaines, ceux-ci préférant individuellement tenter leur chance au Canada que dans leur pays d'origine. L'Ontario semble s'en tirer mieux, dû à la présence des grandes institutions bancaires, qui embauchent énormément de diplômés pour satisfaire leurs besoins.

    Le Québec a simplement besoin d'autres types de travailleurs, essentiellement des cols-bleu afin de soutenir son secteur manufacturier et ses régions, les universités du Québec safisfaisant déjà pleinement aux besoins des entreprises qui embauchent des diplômés de maîtrise et de doctorat.

    De plus, le système d'immigration basé sur les compétences, récemement modifié par Québec, - cette étude étant dépassée sur ce point - devrait s'inspirer du système américain - le fameux H1B des travailleurs spécialisés et le TN de l'Aléna -, c'est-à-dire ne permettre la venue des travailleurs, surtout spécialisés, que si celui-ci a déjà une offre formelle d'embauche d'une entreprise donnée. Pas d'offre, pas d'immigration. Cela rejoint le dernier point de l'étude, qui veut recentrer l'embauche des individus immigrants - le concept vide d'employabilité - vers l'obligation des entreprises de se commettre envers un individu avant son arrivée ici.

  • Luc Deneault - Abonné 7 décembre 2016 15 h 49

    infographie confuse

    Un commentaire infographique..
    le graphique qui accompagne ce texte est incomplet.. on y présente un indicateur sans dire de quoi il s'agit..
    On pourrait croire qu'il s'agit du % d'immigrants et du % de natifs qui sont détenteurs d'un baccalauréat puis d'une maîtrise mais l'on devine plutôt
    qu'il s'agit du % de personnes (immigrantes ou natives) avec un baccalauréat et qui sont sans emploi..!

    il faudrait préciser..

    merci,

    Luc Deneault, Montréal