Ronaldo aurait caché au fisc 150 millions d’euros

Cristiano Ronaldo
Photo: Gérard Julien Agence France-Presse Cristiano Ronaldo

Il s’agit de la plus importante fuite de données de l’histoire du sport, avec 18,6 millions de documents, et elle révèle, déjà, le plus vaste réseau d’évasion fiscale que l’univers du soccer ait jamais connu. Après WikiLeaks et les Panama Papers, Football Leaks promet au cours des prochaines semaines d’ébranler ce sport et ses intouchables, à coups de révélations explosives prouvant fraude, évasion fiscale, prostitution et exploitation de joueurs mineurs.

Le premier chapitre de cette incroyable histoire s’est ouvert vendredi, un consortium européen de douze journaux ayant révélé que le joueur Cristiano Ronaldo, mégavedette du Real Madrid, dissimulerait depuis déjà huit ans plus de 150 millions d’euros (ou 213 millions de dollars) dans des paradis fiscaux, en Suisse et aux Îles vierges britanniques.

La genèse de cette fuite remonte à de nombreux mois déjà. D’un certain « John », l’hebdomadaire Der Spiegel a reçu huit disques durs portables débordant de documents sur le monde du football. Face à cette avalanche de renseignements, le média s’est tourné vers onze autres journaux européens regroupés au sein d’un nouveau réseau nommé European Investigative Collaborations (EIC). Soixante journalistes et une dizaine d’informaticiens travaillent depuis à éplucher ces données et les scandales qu’elles recèlent. D’où viennent ces données ? John refuse de le dire, affirmant qu’il ne s’agit pas de piratage, mais plutôt d’un « bon réseau de sources ». « Il est temps d’enfin nettoyer le football. Les partisans doivent comprendre qu’avec chaque place, chaque maillot qu’ils achètent, avec chaque abonnement de télé, ils alimentent un système extrêmement corrompu qui n’a que ses propres intérêts en tête », explique-t-il.

De l’argent qui disparaît

Depuis 2008, Ronaldo utiliserait donc un système « massif et très organisé d’évaporation d’argent » élaboré par son agent Jorge Mendes. En toute discrétion, il aurait ainsi empoché un total de 149,5 millions d’euros de revenus de commandites, détournés vers les paradis fiscaux. Le joueur d’origine portugaise n’aurait payé, pour toute cette cagnotte, que 5,6 millions d’impôts, soit à peine 4 %, selon le site français Mediapart, membre de l’EIC.

Ronaldo n’est pas seul. José Mourinho, entraîneur de Manchester United, ferait également de la dissimulation fiscale, tout comme l’attaquant de Monaco Radamel Falcao, qui font tous deux partie du portefeuille du superagent du foot, le Portugais Jorge Mendes.

Celui-ci conteste vivement les révélations. Il a plaidé vendredi soir que ses protégés et lui respectent « pleinement leurs obligations fiscales envers les autorités espagnoles et britanniques ».

Football Leaks dit mettre au jour « les rouages du système de dissimulation fiscale mis en place » supposément par Mendes afin de « soustraire au moins 185 millions d’euros de revenus de sponsoring à la vue des administrations fiscales, par l’entremise d’un réseau de société-écrans et de comptes offshore ».

Ces sociétés-écrans vont recevoir l’argent issu de ces importants contrats de commandite, puis l’administrer secrètement, en dehors du système fiscal habituel, explique Jean-Pierre Vandal, expert des paradis fiscaux à HEC Montréal. « Ce que l’on recherche avec elles, c’est le secret bancaire. On choisit un pays avec des lois très hermétiques et on peut alors faire ce qu’on souhaite avec l’argent. »

Rien d’étonnant

Aussi explosives soient-elles, ces révélations n’ont rien d’étonnant pour le professeur expert en marketing du sport André Richelieu, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Elles pourraient être extrêmement dommageables autant pour Ronaldo que pour son sport. « Ça menace l’intégrité du joueur et des commanditaires nombreux qui y sont associés et qui se retrouvent mêlés à cela, comme l’ont été les écarts de Tiger Woods et Lance Armstrong. »

C’est tout le soccer européen qui devra revoir ses pratiques, croit-il. « Quand on met bout à bout les scandales de l’évasion fiscale avec d’autres problèmes comme les matchs truqués et les paris clandestins, c’est un gros nuage qui plane sur le football du Vieux Continent. Ça démontre un grand laisser-aller de l’UEFA [Union des associations européennes de football, qui gère ce sport]. Ça touche plusieurs pays, plusieurs joueurs vedettes, et elle n’aura d’autre choix que de prendre des mesures draconiennes pour éviter que l’image soit entachée de manière durable. »

Ces accusations tombent alors que Cristiano Ronaldo doit jouer l’un des matchs les plus attendus de la saison, le Clasico.

Le projet Football Leaks rassemble Der Spiegel (Allemagne), Mediapart (France), The Sunday Times (Royaume-Uni), et Le Soir (Belgique), notamment.

4 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 3 décembre 2016 05 h 59

    Salir le sport, ici le football, en profitant de ses failles.

    Je cite: «Ce John doit probablement savoir que toutes ces énormités ne conduisent nulle part, même à ceux qui en profitent. C'est une bonne nouvelle, même pour ceux qui en profitent, s'ils ont le courage de voir les choses en face. D’où viennent ces données ? «John refuse de le dire, affirmant qu’il ne s’agit pas de piratage, mais plutôt d’un « bon réseau de sources ». « Il est temps d’enfin nettoyer le football. Les partisans doivent comprendre qu’avec chaque place, chaque maillot qu’ils achètent, avec chaque abonnement de télé, ils alimentent un système extrêmement corrompu qui n’a que ses propres intérêts en tête », explique-t-il.»

    Ce John doit probablement savoir que toutes ces énormités ne conduisent nulle part, même à ceux qui en profitent. C'est une bonne nouvelle, même pour ceux qui en profitent, s'ils ont le courage de voir les choses en face. Sur le plan humain, profiter des failles de ce système ne profite pas du tout qui se servent à l'insu des autres. D'un point de vue psychologique, de l'argent détourné juste par appât du gain, ne conduit nulle part, sinon au vide existentiel.

  • Denis Paquette - Abonné 3 décembre 2016 07 h 09

    un immence foutoir

    quel monde hypocrite quand on y pense,y a-t-il des endroits ou il n'y a pas de tricheries,ensuite on va venir nous dire qu'il faut être honnête quel fourberie pour encore mieux te baiser, du sommet au plus humble, de la plus petites cellule a la plus complexe organisation, le monde et l'univers est un immence foutoir

  • François Dugal - Inscrit 3 décembre 2016 08 h 06

    Un bien nanti comme les autres

    Monsieur Ronaldo est un bien nanti qui gagne son pécule à la sueur de son front. Comme la majorité des personnes dans sa "fourchette d'imposition", il profite d'un système bien huilé d'évasion fiscale vers les "paradis"fiscaux.
    Organisé par les grandes banques, planifié par des avocats fiscalistes et ayant l'appui tacite des gouvernements, les riches (appelons-les par leur nom) sont, bien entendu, au dessus des lois, de toutes les lois; monsieur Ronaldo n'est pas pire que les autres.
    Si "tout le sport est sali", qu'en est-il alors du "monde" de la finance, du grand banditisme, des multi-nationales, des chefs d'état, sans oublier les radiologistes? Avant de lancer là proverbiale "première pierre" à ce malheureux "artiste du ballon rond", portons un regard lucide autour de nous et regardons cet immense problème dans son ensemble.
    Il faudrait, pour cela, avoir du courage politique (pourquoi tout le monde regarde-t-il le plafond?).

  • Nadia Alexan - Abonnée 3 décembre 2016 22 h 29

    l'évasion fiscale prive nos coffres publics de milliards de dollars

    Malheureusement, il n'est pas le seul à faire l'évasion fiscale. Les deux fiscalistes, Alain Deneault et Brigitte Alepin, ont déjà démontré, sans équivoque, la pratique très répandue de l'évasion fiscale chez les grandes sociétés et les plus riches de la planète. Il faudrait mettre une pression féroce auprès de nos élus pour qu'ils abolissent cette pratique nocive, qui prive nos coffres publics de milliards de dollars, qu'on pourrait utiliser pour nos services publics.