Un pionnier canadien se rapproche de la livraison par drone

Drone Delivery Canada développe des plateformes pour drones commerciaux.
Photo: Drone Delivery Canada Drone Delivery Canada développe des plateformes pour drones commerciaux.

Une entreprise canadienne qui ambitionne de livrer des colis par drone dès l’an prochain a démontré le sérieux de sa démarche en dévoilant mardi une entente de collaboration avec le géant de la vente de produits de bureau Staples.

Drone Delivery Canada (DDC), une compagnie fondée en 2014 et basée à Vaughan, en Ontario, a annoncé la conclusion d’un accord avec Staples pour « explorer les possibilités de développement, d’implantation et de commercialisation d’une plateforme logistique de livraison par drone capable de répondre aux besoins commerciaux de Staples au Canada ».

Engager les clients

« Cet accord avec Staples pourrait transformer notre société », a déclaré le président-directeur général de DDC, Tony Di Benedetto.

L’entente stratégique survient moins de deux mois après que Transport Canada a accordé un certificat d’opérations aériennes spécialisées (COAS) à Drone Delivery Canada pour effectuer des essais dans le sud de l’Ontario. Staples est le premier client annoncé publiquement, mais la compagnie dit avoir des discussions avec une quarantaine d’organisations publiques et privées.

« Nous travaillons avec un large éventail de clients, y compris le gouvernement du Canada, des sociétés de la Couronne et des détaillants, comme Staples. Maintenant que nous avons notre certificat de Transports Canada, nous impliquons nos clients et commençons à tester avec eux », explique M. Di Benedetto, qui prévoit de conclure d’autres ententes au cours des prochains mois.

Faire face aux géants

Drone Delivery Canada développe des plateformes pour drones commerciaux, ce qui inclut à la fois le logiciel, le système de communication et le drone lui-même. Elle se présente comme la seule entreprise canadienne à offrir une telle technologie spécialement destinée à la livraison par la voie des airs.

En apparence, elle se mesure ainsi à des géants américains comme Amazon, qui teste ses drones à travers le monde, y compris en Colombie-Britannique, ou encore Google, qui a reçu le feu vert des autorités américaines l’été dernier pour son projet Wing. M. Di Benedetto précise toutefois qu’à la différence d’Amazon, Drone Delivery Canada n’a pas l’intention de livrer ses propres produits. La compagnie veut plutôt permettre à ses différents clients d’utiliser sa technologie.

DDC vise d’abord la livraison de produits de première nécessité, comme des médicaments, dans des régions éloignées, mais elle compte « travailler avec le gouvernement pour rapprocher la technologie des zones urbaines ».

« Nous faisons de petits pas, mais nous allons bientôt marcher, et éventuellement courir », illustre le patron de l’entreprise.

Tests au Québec

Après avoir effectué des tests avec des drones pilotés « à vue » en Ontario, DDC a l’intention d’effectuer des essais « hors vue » — c’est-à-dire hors du champ de vision de l’opérateur — à Foremost, en Alberta, et au Centre d’excellence sur les drones (CED) d’Alma, au Québec, les deux endroits au pays où ce type de tests est autorisé.

Si tout se déroule comme prévu, l’entreprise espère obtenir le statut d’opérateur reconnu par Transports Canada d’ici la fin de 2017, ce qui lui permettrait de se servir de ses drones sans avoir à obtenir un COAS pour chaque vol. « Quand nous aurons ce permis, nous pourrons lancer les opérations commerciales », indique Tony Di Benedetto.

Le directeur général du CED, Marc Moffatt, croit que DDC pourrait effectivement procéder à des livraisons par drone dans un avenir rapproché si elle parvient à convaincre Transports Canada que les risques sont limités au maximum.

Mais, à son avis, le déploiement massif de la livraison par drone ne sera possible que lorsque la réglementation canadienne, qui est actuellement en cours de révision, le permettra.

Éviter les collisions

Les nouvelles règles d’Ottawa concernant les drones devraient être dévoilées au printemps 2017, mais elles viseront les vols à vue de drones de moins de 25 kg. Les vols hors vue pourraient quant à eux être encadrés à partir de 2019, prédit M. Moffatt.

Le défi de l’industrie, résume-t-il, est de permettre aux drones d’être autonomes lorsqu’ils quittent le champ de vision de leur opérateur. « Éventuellement, les drones devront être équipés de systèmes, que ce soit au sol ou à même le drone, pour pouvoir détecter et éviter des conflits avec d’autres appareils ou des oiseaux, par exemple. »

Le directeur du CED se dit malgré tout persuadé que les drones commerciaux se déploieront éventuellement à grande échelle dans l’espace aérien. « Qui aurait cru que les téléphones cellulaires deviendraient ce qu’ils sont aujourd’hui ? Je pense que ce sera la même chose avec les drones », dit-il.