Place à un nouvel ordre mondial

Le coûteux programme de Donald Trump risque de gonfler la dette américaine, estiment les économistes.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le coûteux programme de Donald Trump risque de gonfler la dette américaine, estiment les économistes.

Même s’il semble désormais clair que Donald Trump ne remplira pas toutes ses promesses, son élection à la tête des États-Unis marque assurément le début d’un nouvel ordre mondial marqué par un recul de la mondialisation.

C’est ce qu’ont laissé entendre mercredi trois économistes en chef réunis par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) pour prédire l’allure de l’économie mondiale au cours l’année à venir.

« On s’attend à un vent de changement, mais ça pourrait être un vent de changement positif. Une forme de destruction créatrice, une remise en question du statu quo », a affirmé l’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, au sujet de l’arrivée en poste du nouveau président américain.

Il croit que l’élection de Trump, survenue quelques mois après le vote sur le Brexit, annonce un « repositionnement de l’économie mondiale ». À son avis, un changement s’imposait après des années décevantes pour l’économie américaine et celle des pays de l’OCDE.

« Je pense qu’il faut voir [ce changement] comme étant plus positif que négatif, parce que la réalité, c’est que le statu quo ne permettait pas aux gens d’aspirer à une accélération de la croissance au cours des dernières années, alors que Donald Trump nous donne l’espoir qu’il y aura un changement de régime et que ça peut se produire. »

Impacts à surveiller

Comme ses collègues, l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, estime que le Donald Trump qui se retrouvera à la Maison-Blanche sera bien différent de celui qu’on a vu en campagne électorale. Certaines promesses seront sans doute abandonnées et plusieurs positions fermes seront adoucies, juge-t-il.

Qu’il le mette en oeuvre entièrement ou partiellement, le coûteux programme de Trump risque néanmoins de gonfler la dette américaine. La baisse du niveau de taxation des entreprises, les investissements massifs en infrastructures et la révision de la réglementation des secteurs financier et énergétique auront un effet positif en 2017, avec une hausse prévue de la croissance économique d’un ou de deux dixièmes de point, mais le portrait sera plus sombre dans les années suivantes, explique M. Dupuis.

L’économiste affirme que la montée du protectionnisme entraînera alors « un risque de fort ralentissement et même de récession si [M. Trump] va au bout de ses idées ».

Il ajoute que les prévisions de croissance économique annuelle du clan Trump, à 3,5 % en moyenne, ne tiennent pas la route. « On a de la difficulté à atteindre 2 % en ce moment, donc on voit que les hypothèses économiques ne sont pas très réalistes à court terme et sont risquées à plus long terme. Si la croissance économique ne monte pas, comment va-t-on financer la dette qui va exploser ? » se demande M. Dupuis.

Paul Fenton, l’économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec, fait par ailleurs remarquer que les nouvelles politiques de Donald Trump favorables à l’exploitation des énergies fossiles devraient stimuler la production de pétrole de schiste, ce qui ferait chuter les prix. « Tout le monde projette un prix du pétrole entre 55 $ et 65 $ le baril. J’anticipe plutôt un prix entre 35 $ et 45 $ à cause de Trump », dit-il.

Moderniser l’ALENA

En ce qui concerne le libre-échange, les économistes de la Banque Nationale et du Mouvement Desjardins ne pensent pas que le président Trump décidera de répudier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) lorsqu’il comprendra à quel point cette entente est essentielle pour le commerce américain.

« Il y aura certaines augmentations de tarifs, mais je serais très étonné que l’accord de libre-échange soit déchiré », affirme M. Marion.

« Je pense qu’il est temps de moderniser l’accord, précise cependant M. Dupuis. Je crois que c’est là qu’on s’en va et c’est correct. »

Pour ce qui est du Partenariat transpacifique (PTP), que M. Trump a promis de rejeter définitivement dans les 100 premiers jours de son mandat, la suite des choses sera intéressante, note François Dupuis. Sans cet accord, tout indique que les États-Unis et la Chine se livreront une guerre commerciale en imposant des tarifs et en tentant d’accroître leur influence dans la région névralgique de l’Asie du Sud-Est.


Taux d’intérêt : hausse aux États-Unis, baisse au Canada

L’élection de Donald Trump « a rendu la vie de Janet Yellen beaucoup plus compliquée », observe l’économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Paul Fenton. Son programme inflationniste et l’incertitude entourant ses intentions réelles ont de quoi faire réfléchir la présidente de la Réserve fédérale américaine, mais celle-ci ira de l’avant avec une légère hausse des taux d’intérêt de 25 points de base en décembre, puis procédera à une deuxième hausse de la même ampleur en juin de l’année prochaine, prédit-il. À l’inverse, l’économiste « ne serait pas surpris » que la Banque du Canada abaisse son taux directeur en décembre ou en janvier.


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