Les paradis fiscaux en «quarantaine», propose un Nobel d’économie

Joseph Stiglitz en septembre 2016 à Paris
Photo: Éric Piermont Agence France-Presse Joseph Stiglitz en septembre 2016 à Paris

Bruxelles — Les paradis fiscaux devraient être considérés « comme les porteurs d’une dangereuse maladie » et mis en quarantaine par la communauté internationale, estiment dans un rapport publié mardi le Prix Nobel d’économie américain Joseph Stiglitz et l’expert anticorruption suisse Mark Pieth.

« Les régulateurs américains et européens devraient traiter les paradis fiscaux comme les porteurs d’une dangereuse maladie. Sans contrôle, ça peut se propager comme un virulent virus », écrivent-ils dans ce rapport, parmi une série de propositions destinées à combattre l’économie souterraine. « Nous savons quoi faire avec les dangereuses maladies contagieuses : quarantaine », ajoutent-ils.

Selon les deux auteurs, l’Europe et les États-Unis, en tant que leaders économiques, doivent prendre la tête de la lutte contre les paradis fiscaux, qu’ils définissent comme des « juridictions qui sapent les normes mondiales en matière de transparence financière et des entreprises ».
 

Regarder ailleurs

« Il y a un point de vue largement partagé, selon lequel ces paradis existent uniquement parce que les États-Unis et l’Europe regardent ailleurs », estiment Joseph Stiglitz et Mark Pieth. Or, « si les paradis fiscaux servent de centres pour […] l’évasion fiscale ou facilitent de quelque manière que ce soit la corruption ou les activités illicites, ils agissent comme des parasites et devraient être isolés de la communauté financière mondiale », poursuivent-ils.

Selon eux, la détention d’un compte par un particulier dans un paradis fiscal pourrait facilement être interdite, tout comme le fait d’être actionnaire, directeur ou administrateur d’une entité localisée dans une de ces « juridictions non-coopératives ». De même, l’établissement par une banque de relations avec ces pays pourrait être rendu illégale.

Ce rapport fait suite à la participation de Joseph Stiglitz et Mark Pieth à un comité d’experts indépendants créé en avril par les autorités panaméennes après le scandale des « Panama Papers », dont ils ont finalement démissionné en août en raison de divergences de vues sur leur travail, qu’ils souhaitaient rendre public.

Viser les intermédiaires

Parmi leurs autres constats et propositions, la nécessité de s’attaquer, non pas seulement aux banques, mais aussi aux intermédiaires comme les cabinets d’avocats qui jouent un rôle pivot dans l’opacité des montages financiers.

Ils invitent également à renforcer la protection des lanceurs d’alerte, à lutter contre les arrangements fiscaux, ainsi qu’à identifier les véritables bénéficiaires des entreprises et des comptes offshore. Pour cela, chaque « gouvernement devrait entretenir des registres de noms des directeurs, agents enregistrés et bénéficiaires de toutes les entités présentes dans le pays ».

« Le secret doit être abordé de manière globale et il ne doit y avoir aucune tolérance en cas de déviation des normes mondiales établies », concluent-ils.

3 commentaires
  • Yvon Beaudoin - Abonné 16 novembre 2016 06 h 43

    Precher dans le desert

    Malheureusement ils prechent dans le désert. Jacques Duchesneau a tres bien resume la situation. Il faudra des pressions enormes de la part des citoyens de plusieurs gros pays envers les elites politiques et economiques de ces memes pays pour que ca change. On l'a vu tout recemment d'ailleurs a Ottawa que malgre les beaux discours de Justin Trudeau et autres tenors politiques, les liberaux et les conservateurs ont voté a l'UNANIMITÉ contre une motion du bloc concernant les echappatoires liés a la Barbade.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 novembre 2016 09 h 04

    Pourquoi Stieglitz prêche-t-il dans le désert ?

    Pourtant la lutte aux paradis fiscaux devrait être la priorité no. 1 de tous les partis politiques se prétendant progressistes. Bien plus utile que les slogans anticapitalistes, faire payer aux capitalistes leur juste part. L'abolition de ces échappatoires permettrait à la fois de baisser les impôts de la classe moyenne tout augmentant les budgets de l'éducation et de l'aide aux démunis. Rien à faire avec le PCC ou la CAQ, et probabalement pas avec le PLC et le PLQ non plus, mais j'aimerais que NPD et PQ tapent plus fort sur ce clou.

  • Nadia Alexan - Abonnée 16 novembre 2016 18 h 33

    Une belle initiative.

    «It's about time!» Comme disent les Anglais. Les paradis fiscaux sont au coeur des coffres vides des états et de l'imposition de l'austérité pour les remplir. Nos gouvernements perdent des milliards de dollars chaque année, grâce à l'évasion fiscale. Les citoyens devront faire pression sur les gouvernements pour abolir ces gouffres d'inégalités. En fin, cette initiative louable de la part du prix Nobel, Joseph Stiglitz, est un commencement qui augure bien.