L’IRIS oppose ses propres chiffres aux tenants du scénario catastrophe

En mai dernier, 200 employés œuvrant dans le Vieux-Port de Montréal, représentés par l’Alliance de la fonction publique du Canada, ont manifesté pour que leur salaire soit relevé à 15 $ l’heure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En mai dernier, 200 employés œuvrant dans le Vieux-Port de Montréal, représentés par l’Alliance de la fonction publique du Canada, ont manifesté pour que leur salaire soit relevé à 15 $ l’heure.

Une hausse immédiate du salaire minimum à 15 $ l’heure n’entraînerait pas des pertes d’emploi massives, comme le prédisent certains économistes, conclut une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) dont Le Devoir a obtenu copie.

L’IRIS dévoilera ce jeudi un rapport qui promet d’alimenter le débat en cours au sujet du salaire minimum à 15 $ l’heure. « En utilisant les méthodes statistiques réputées les plus rigoureuses à ce jour, la présente étude démontre que les effets pervers des fortes hausses du salaire minimum sont bien souvent minimes par rapport à leurs effets bénéfiques, tant au Québec qu’au Canada », indique d’entrée de jeu l’étude réalisée par les chercheurs Mathieu Dufour et Raphaël Langevin.

Le rapport réfute notamment les conclusions de l’économiste Pierre Fortin, qui a récemment déclaré à RDI économie qu’une hausse immédiate du salaire minimum aurait l’effet d’une « bombe atomique » sur le Québec, avec la perte de 100 000 emplois.

Le réputé professeur estime que chaque augmentation d’un point de pourcentage du ratio entre le salaire minimum et le salaire moyen au-dessus du taux actuel de 47 % se traduirait par la perte de 8000 emplois.

L’IRIS évalue qu’en haussant le salaire minimum à 15 $ l’heure, ce ratio oscillerait entre 50 % et 60 %, puisque le salaire moyen augmenterait du même coup. Les pertes d’emploi varieraient alors entre 6000 et 20 000, calcule-t-on.

En bref, les auteurs font valoir que l’impact de la hausse du ratio salaire minimum-salaire moyen n’est pas le même pour chaque point de pourcentage ajouté. « Ça veut dire que le passage d’un ratio de 59 % à 60 % a un beaucoup moins grand impact sur l’emploi qu’un passage de 48 % à 49 %, par exemple », explique Mathieu Dufour.

Les auteurs concluent que les emplois à risque sont surtout occupés par des jeunes sans diplôme et des femmes détenant un diplôme d’études secondaires (DES). Ils proposent donc de mettre en place des « politiques ciblées » pour soutenir ces deux groupes.

Fermetures limitées

Le rapport s’attaque également à l’argument voulant que les PME encaisseraient durement une hausse soudaine de 40 % du salaire minimum. On n’assisterait pas à la catastrophe annoncée, explique-t-on, en soulignant que la hausse récente de 13 % du salaire minimum réel entre 2008 et 2010 n’a pas eu d’impact sur le taux de fermeture des PME québécoises.

Une hausse du salaire à 15 $ l’heure constituerait une augmentation beaucoup plus importante, convient M. Dufour, mais la comparaison demeure pertinente, juge-t-il.

Et même si certaines PME seraient contraintes de fermer, ce ne serait pas nécessairement une mauvaise chose, poursuit le rapport. « Si les conditions d’exploitation d’une entreprise impliquent de payer un bas taux de salaire, qui doit ensuite être subventionné collectivement via des transferts sociaux, on peut se questionner sur l’intérêt qu’elle soit en opération », écrit-on.

Avec une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure, ajoute M. Dufour, « on se retrouve non pas avec un secteur des PME qui est plombé et qui n’est pas capable de s’adapter, mais plutôt avec un secteur redynamisé. Parce que d’une part, la hausse salariale donne de l’argent à des gens qui le consomment dans son entièreté, et d’autre part, parce que la mesure favorise les entreprises les plus dynamiques et les plus productives. »

L’IRIS soutient en somme qu’une hausse immédiate à 15 $ l’heure serait viable, mais qu’une augmentation échelonnée sur quelques années aurait l’avantage d’atténuer les impacts négatifs.

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