La tarification du carbone en est encore à ses balbutiements

En 2015, la tarification a permis aux gouvernements de récolter 26 milliards $US, une augmentation de 60 % par rapport à l’année précédente, a précisé la Banque mondiale.
Photo: Mark Mortensen / Getty Images En 2015, la tarification a permis aux gouvernements de récolter 26 milliards $US, une augmentation de 60 % par rapport à l’année précédente, a précisé la Banque mondiale.

Les trois quarts des émissions de carbone couvertes par un programme de tarification ont un prix inférieur à 10 $US la tonne, a estimé la Banque mondiale, mardi, dans une mise à jour de ce volet de plus en plus visible de la lutte contre les changements climatiques.

Le rapport de la Banque mondiale, qui mentionne abondamment le Canada et les efforts de certaines provinces, survient alors que le gouvernement Trudeau veut soumettre les émissions canadiennes à un prix de 10 $CAN la tonne (7,63 $US au taux actuel) dès 2018 et l’augmenter du même montant chaque année jusqu’à ce qu’il atteigne 50 $. Le document a été finalisé avant l’annonce, mais le Canada est « de retour comme joueur fort dans l’espace climat », selon la Banque.

« Bien que la tarification du carbone ait pris une expansion significative au cours des dernières années, dans plusieurs cas, ces initiatives se trouvent au tout début de leur impact, a écrit la Banque mondiale. Afin de mobiliser les appuis, certains ont mis en place des prix relativement bas. Cependant, l’implantation d’une politique de prix du carbone et d’une structure institutionnelle est une première étape qui ouvre la voie à une intensification des objectifs et de l’impact. »

Le gouvernement canadien veut réduire d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 % par rapport au niveau de 2005. Les émissions ont augmenté de 20 % de 1990 à 2014, notamment à cause de l’exploitation pétrolière et minière et du transport. L’annonce d’un prix du carbone uniforme par le gouvernement Trudeau, dont les revenus retourneraient aux provinces, a été saluée par le Parti vert, mais dénoncée par l’opposition conservatrice.

« Au-delà de la politique, il est important de ne pas perdre de vue le prix du carbone lui-même et l’incidence qu’il aura sur la diminution des émissions », a récemment écrit le directeur régional adjoint de l’Institut Pembina en Colombie-Britannique, Matt Horne, dans une lettre envoyée au Globe and Mail. « Bien que le prix plancher de 10 $ soit nominal (environ deux cents le litre d’essence), l’augmentation à 50 $ la tonne d’ici 2022 est plus substantielle », a-t-il ajouté, y voyant un « signal clair ».

Systèmes déjà en place

À ce jour, 40 gouvernements nationaux et 24 villes, régions et États ont mis en place divers types d’initiatives visant à accrocher un coût aux émissions polluantes. Cela couvre 13 % des émissions mondiales de GES. De plus, 42 autres programmes sont à l’étude.

Or la Chine, le plus grand pollueur au monde en termes absolus, devant les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde, travaille présentement sur un système national de plafonnement et d’échange de droits d’émissions. Ceux-ci, qui doivent officiellement entrer en vigueur en 2017, pourraient faire passer les émissions mondiales couvertes de 13 % à une fourchette se situant entre 20 % et 25 %.

Un système de plafonnement et d’échange des droits soumet les entreprises à un seuil qu’elles ne peuvent dépasser, à défaut de quoi elles doivent se procurer des droits supplémentaires auprès des entreprises qui ont, elles, réussi à réduire leurs émissions. D’année en année, le plafond descend.


Divers modèles de tarifications

La Banque mondiale, qui préconise la tarification depuis des années, mentionne que l’année 2017 pourrait marquer un tournant historique pour le nombre de systèmes qui voient le jour simultanément sur plusieurs continents. Outre la Chine, dont le système national serait plus grand que celui de l’Europe, des programmes de tarification verront le jour au Chili (taxe carbone), en Afrique du Sud (taxe carbone), en France (prix plancher sur le secteur de l’électricité), de même qu’en Ontario (système de plafonnement et d’échange de droits) et en Alberta (taxe carbone).

Des centaines de grandes entreprises ont aussi mis en place un « prix interne » des émissions, a rappelé la Banque mondiale. Ce prix varie entre 30 ¢US et 893 $US la tonne, selon les rapports fournis par 1200 entreprises à l’organisme Carbon Disclosure Project. Pour 80 % d’entre elles, le prix se situe entre 5 et 50 $US.

En 2015, la tarification a permis aux gouvernements de récolter 26 milliards $US, une augmentation de 60 % par rapport à l’année précédente, a précisé la Banque mondiale. Le gouvernement du Québec, par exemple, a déjà calculé que son système amassera des sommes de 3,3 milliards pour la période 2013-2020. Cet argent est consacré à diverses initiatives par l’entremise du Fonds vert, dont la gouvernance a toutefois été soumise à un examen en raison des critiques formulées au sujet de sa transparence.

La Banque mondiale a rappelé que la tarification doit s’arrimer à d’autres mesures politiques, dont l’appui des gouvernements aux sources d’énergie renouvelables, comme l’éolien et le solaire. Par ailleurs, elle mentionne le défi de s’attaquer aux subventions néfastes que sont celles attribuées aux sources d’énergie fossiles, dont les effets négatifs ne sont pas toujours compris du côté des consommateurs en raison d’un « manque d’information ».


 
3 commentaires
  • Bruno Jacques - Abonné 19 octobre 2016 10 h 15

    Erreur d'unité!

    Merci de faire le suivi de cet important aspect de la lutte au changmenet climatique qu'est la tarifiation du carbone. Rien de telle qu'une comparaison entre États pour saisir le chemin à parcourir.

    Le rapport de la banque mondiale qui compare les prix du carbone entre les différents États les exprime en $US par tonne de CO2 équivalent. (url: https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/24288/CarbonPricingWatch2016.pdf?sequence=4&isAllowed=y )
    Or, le gouvernement fédéral exprime le sien en $ CDN par tonne de carbone.

    Lors de la combustion des carburants fossiles (p.ex.: charbon, essence, gaz naturel), les atomes de carbone se jumellent à des atomes d'oxygène contenus dans l'air pour produire du gaz carbonique (CO2). Ainsi, une tonne de carbone produit 3,664 tonnes de gaz carbonique suite à sa combustion puisque c'est le ratio de leurs poids atomiques respectifs ( (CO2/C) = ((2 x 15,9994 + 12,0107)/12,0107 = 3,664). Comme la tonne de gaz carbonique (CO2) a une valeur de 13 $US au Québec, elle équivaut donc à environ 16 $CDN la tonne de gaz carbonique et à 3,664 x 16$ = 58,62 $CDN/ t de carbone.

    On peut donc dire qu'à terme, dans cinq ans, le minimum fédéral à 50$/ t de carbone sera comparable aux prix actuel du régime Québec-Californie de 13 $US/t CO2 equivalent.

    Il serait important de comparer les prix en utilisant les mêmes unités.

    Merci encore,

    Bruno Jacques, M.Sc.
    économiste

    • Marc Brullemans - Abonné 19 octobre 2016 16 h 49

      Comme vous en convenez au début, toutes les juridictions expriment (ou peuvent exprimer selon leur devise) leur tarification - dite carbone - en $US par tonne d'équivalent CO2. Les seuls hiatus possibles concernent les facteurs de réchauffement (PRP) pour le méthane ou autre GES. Ne croyez donc pas (même si vos calculs sont corrects) que le Québec est en avance. Il est bel et bien à la traîne... La tarification fédérale est exprimée en $/t Co2eq et l'utilisation dans le langage de "tonne de carbone" porte à la confusion, malheureusement. En fait, seuls les spécialistes du climat et des sciences fondamentales utilisent la tonne de carbone au sens que vous l'entendez. Sinon, il s'agit de "équivalent CO2".

    • Bruno Jacques - Abonné 20 octobre 2016 12 h 16

      Toutes mes excuses, je croyais que la tonne tarifée par le fédéral serait exprimée en $ par tonne de carbone, mais après vérifications auprès du ministère, le tarif sera bel et bien exprimé en $ par tonne de CO2 equivalent. Le prix Californie-Québec risque donc d'être poussé vers le haut dès 2020.