Le risque carbone sous la loupe des banques

L’analyse du risque associé aux investissements dans des entreprises qui émettent des gaz à effet de serre prend de l’ampleur.
Photo: Getty Images L’analyse du risque associé aux investissements dans des entreprises qui émettent des gaz à effet de serre prend de l’ampleur.

Des institutions financières canadiennes se penchent de manière un peu plus formelle sur des façons d’aider les gestionnaires et les clients à mesurer le risque carbone des placements.

Alors que l’accord climatique de Paris se met en place, l’analyse du risque associé aux investissements dans des entreprises qui émettent des gaz à effet de serre prend de l’ampleur, si bien que certains établissements y voient une nécessité.

« Il serait naïf de ne pas reconnaître qu’il y a un risque au fait d’investir dans des entreprises qui ont une grosse empreinte carbone, a écrit la Banque CIBC dans une note d’analyse cette semaine. Notre approche ne consiste pas à éviter les titres du secteur énergétique. […] Nous privilégions une approche holistique pour permettre aux investisseurs de déterminer si leur portefeuille est davantage exposé à ce risque difficilement quantifiable. »

La CIBC dit avoir conçu une mesure carbone du portefeuille qui calcule d’abord les « émissions par dollar investi dans deux indices, soit le S&P/TSX et le S&P/TSX 60 ». Selon elle, cela permettra de voir si un portefeuille donné est plus lourd en placements carbone ou plus léger que les indices. « L’objectif est d’assister les gestionnaires de portefeuille dans l’évaluation du risque carbone », a dit un porte-parole de la banque, Tom Wallis.

La Banque Royale étudie aussi cet enjeu. « Nous explorons actuellement différentes façons afin d’aider nos clients à mesurer et à comparer l’impact carbone des fonds dans lesquels ils investissent », a affirmé un porte-parole, Denis Dubé. Par ailleurs, a-t-il précisé, le risque carbone dans sa division RBC Gestion mondiale d’actifs est géré « dans le cadre de notre approche en gouvernance d’entreprise et investissement responsable ».

Il serait naïf de ne pas reconnaître qu’il y a un risque au fait d’investir dans des entreprises qui ont une grosse empreinte carbone

 

Fausse croyance

Le plus grand investisseur institutionnel au monde, BlackRock, a récemment publié un rapport sur la quête du rendement dans une économie en transition vers un modèle plus vert. La croyance générale depuis longtemps, bien que fausse, veut que les investissements de nature responsable produisent des rendements inférieurs.

« Investir dans le but de lutter contre les changements climatiques est peut-être une question de choix pour la plupart des investisseurs »,a écrit BlackRock, dont les actifs sous gestion atteignent 4500 milliards de dollars américains. « Mais nous croyons qu’il est nécessaire d’intégrer la question du climat au processus d’investissement. » D’autant plus, selon la firme, que des portefeuilles alignés sur les enjeux climatiques pourraient connaître des performances supérieures avec les changements technologiques, le resserrement continu de la réglementation et les incidents climatiques.

L’analyse du risque carbone pourrait être facilitée si jamais la Securities and Exchange Commission, qui réfléchit à des règles forçant les entreprises à divulguer leur empreinte carbone, passait à l’action. Par ailleurs, un comité spécial présidé par l’ex-maire de New York Michael Bloomberg travaille sur cette question et doit remettre son rapport final au Conseil de stabilité financière (CSF) au mois de décembre.

Mark Carney, qui dirige le CSF et la Banque d’Angleterre, milite depuis longtemps pour une meilleure transparence et pour le développement de la finance verte.