Bilan de mi-parcours en demi-teinte

Le programme Roulez électrique a permis de stimuler la vente de véhicules électriques, mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour atteindre la cible de 2020.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le programme Roulez électrique a permis de stimuler la vente de véhicules électriques, mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour atteindre la cible de 2020.

Pour le programme Roulez électrique, il s’agit en quelque sorte d’un bilan de mi-parcours en demi-teinte. Depuis son lancement il y a quatre ans, cette initiative devant contribuer à atteindre la cible de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables sur les routes du Québec en 2020 a rempli certaines promesses, mais n’a pas réussi à freiner le persistant attrait des véhicules utilitaires sport (VUS). Le Québec peut-il toujours espérer atteindre ses objectifs ?

Lancé le 1er janvier 2012, le programme Roulez électrique offre des rabais pouvant aller jusqu’à 8000 $ à l’achat ou à la location de véhicules tout électriques, hybrides rechargeables et hybrides, en plus des véhicules électriques à basse vitesse et des motocyclettes électriques. Les particuliers, tout comme les entreprises et les municipalités, peuvent effectuer une demande. Le programme prévoit également un soutien financier pour l’achat et l’installation de bornes de recharge.

En date du 31 août, 23 441 véhicules, tous types confondus, ont fait l’objet d’une aide financière, pour une subvention totalisant 84,2 millions, indiquent les données fournies au Devoir par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Depuis ses débuts, le programme a permis de financer l’achat ou la location d’au moins 5000 véhicules chaque année, sauf lors de l’exercice financier 2013-2014, alors que les véhicules hybrides n’étaient pas subventionnés.

En incluant l’aide financière versée pour les bornes électriques, 86,9 millions ont été dépensés au total depuis 2012, ce qui correspond à environ 65 % du budget consacré au programme jusqu’au 31 mars 2018.

« Les résultats de participation du programme Roulez électrique sont bons, avec une croissance annuelle soutenue, soutient le porte-parole du ministère Nicolas Bégin. Nous sommes en discussions pour que les sommes requises soient disponibles afin d’atteindre la cible de 100 000 véhicules électriques. »


Pas impossible à atteindre

Le programme Roulez électrique a permis de stimuler la vente de véhicules électriques, mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour atteindre la cible de 2020. En date du 31 août, il y avait un total de 11 177 véhicules électriques et hybrides rechargeables sur les routes du Québec, en hausse marquée par rapport aux 1207 voitures enregistrées en 2012.

« Avec le nombre de véhicules électriques actuel, il n’est pas impossible d’atteindre l’objectif de 2020 parce que la croissance est généralement exponentielle », soutient le chercheur de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) Gilles L. Bourque, qui a publié en 2015 une note économique remettant en question le plan d’électrification des transports du gouvernement Couillard.

Il estime que le programme Roulez électrique a sa place, mais précise qu’« on ne peut pas donner des montants toujours plus importants à ceux qui achètent des véhicules électriques alors qu’on continue à couper dans le transport collectif ».

Il propose donc de financer le programme en imposant un système de bonus-malus : taxer l’achat de véhicules polluants pour encourager l’achat de véhicules électriques.

Le président de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ), Simon-Pierre Rioux, a lui aussi bon espoir de voir le gouvernement atteindre et même dépasser ses objectifs, à condition de poursuivre la sensibilisation, d’accroître l’offre de véhicules électriques, de poursuivre le soutien financier et d’étendre l’infrastructure de recharge.

« Si le gouvernement relâche à un endroit ou à un autre, tout va s’écrouler. Ils n’atteindront jamais leurs objectifs », prévient-il.

« Complètement inefficace »

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, est quant à lui catégorique : « Les quelque 6000 voitures électriques et hybrides rechargeables vendues par année [au Québec] ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan des véhicules qui sont stationnés au Québec. Il est clair que l’incitatif allant jusqu’à 8000 $ par véhicule n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif de 100 000 voitures électriques d’ici 2020 », affirme-t-il, prédisant que le Québec ratera son objectif de plus de 50 %.

Le professeur fait remarquer que l’attrait grandissant pour la voiture électrique n’a pas empêché la progression des ventes de camions légers neufs, ce qui inclut les VUS et les mini-fourgonnettes. Il s’en est vendu plus de 225 000 au Québec en 2015, comparativement à près de 175 000 en 2012. À l’inverse, les ventes annuelles de voitures neuves sont passées de quelque 240 600 unités en 2012 à environ 218 500 en 2015.

« Les sommes investies dans le programme Roulez électrique sont complètement inefficaces en regard de l’objectif de réduction des GES, car elles ne font strictement rien pour enrayer l’épidémie croissante de camions légers dont souffre le Québec, souligne M. Pineau. Au mieux, ce programme permet aux concessionnaires de limiter le déclin des ventes de voitures. »

Plus optimiste, le président de l’AVEQ croit que le projet de loi « zéro émission » présenté en juin, qui incite les concessionnaires automobiles à vendre davantage de véhicules électriques, et l’arrivée sur le marché de modèles de voitures électriques plus abordables et ayant une plus grande autonomie donneront un nouvel élan aux ambitions électriques du Québec.

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 octobre 2016 13 h 53

    On fait fausse route

    Le Québec, avec quelques rares territoires comptant bien moins que 1% de la population mondiale, est un des rares où l'auto électrique fait du sens écologique. Cela, pour la simple raison qu'ailleurs on génère l'électricité en brûlant du charbon ou des hydrocarbures ou grâce au nucléaire. Les fabricants d'auto ne peuvent donc pas, même avec la meilleure volonté du monde, fabriquer À BAS COÛT toute une gamme de produits attrayants pour les consommateurs. L'auto électrique sera toujours un luxe réservé aux personnes argentées voulant se donner bonne conscience. La solution c'est la promotion du transport public par le biais de la fiscalité, du zonage agricole et des investissements dans les infrastructures appropriées.

    • Jean Santerre - Abonné 3 octobre 2016 09 h 53

      Ce n'est pas si simple!
      L'utilisation majoritaire des combustibles fossiles pour produire l'énergie électrique, thermique et motrice dans trop d'endroits ne signifie pas que celle-ci est l'unique source d'énergie.
      On parle plutôt de la proportion d'énergie fossile dans la production d'énergie par région pour avoir un portrait plus juste.
      La part du charbon ou de l'huile n'est jamais complète et tend à diminuer au fur et à mesure que l'on élimine ces sources polluantes et aussi moins compétitives économiquement que de nouvelle avenue renouvelable.
      Le portrait dépend effectivement de l'endroit où on utilise l'électricité en remplacement de l'essence, mais demeure plus propre peu importe celui-ci.
      Seul le degré de diminution de pollution varie, mais toujours à l'avantage de l'électricité.
      Voyez par vous-même: http://www.ucsusa.org/clean-vehicles/electric-vehi
      L'autre avantage est que la production électrique est généralement éloignée des populations denses et mieux contrôlées lorsqu'elle est centralisée que laissées à chaque propriétaire de véhicule.
      Ce qui contribue à "nettoyer" l'environnement là où vivent les gens.
      Voic un graphique qui montre qu'il est toujours préférable d'utiliser une voiture électrique, peu importe où vous habitez (USA)
      http://www.ucsusa.org/sites/default/files/images/2
      cela ne fera que s’améliorer avec les engagements d’assainissement de l’environnement déjà en cours d’exécution et à venir.

  • Christian Méthot - Inscrit 1 octobre 2016 14 h 04

    La modèle 3 de Tesla

    Sans nécessairement permettre l'atteinte de la cible des 100 000 véhicules électriques vendus en 2020, l'arrivée prochaine (d'ici la fin 2017) du Modèle 3 de Tesla (qui se détaillera aux environs de 35 000$ - donc un modèle considéré comme abordable) risque de changer la donne. Il ne serait pas surprenant, une fois ce modèle sur le marché, en parallèle à l'amélioration du réseau de recharge au Québec, en Ontario et dans le nord-est des États-Unis, de voir les ventes totales de voitures électriques monter en flèche.

    À ceux qui trouveraient que 35 000$ est encore un prix élevé, il faut savoir que ces voitures nécessitent beaucoup moins d'entretien (ex.: pas de changements d'huile, pas de silencieux, etc.) et ne consomment pas d'essence.

  • Raymond Lutz - Inscrit 2 octobre 2016 08 h 56

    illégales!

    On ne peut envisager l'élimination (réduction) de la combustion des hydrocarbures tout en conservant l'économie de marché pour ce secteur (celui de l'énergie). Car le pétrole SERA TOUJOURS moins cher, plus pratique et plus performant.

    La seule solution: contrôle des prix, malus rédhibitoires, pour finalement INTERDIRE l'usage de l'auto individuelle privée (électrique ou à essence).

    Comment alors se déplacer? Auto partage de voitures communes à pilotage autonome.

  • Maxim Bernard - Abonné 2 octobre 2016 18 h 00

    Réduire le nombre de VUS

    La quantité de gens qui voyagent en solo matin et soir dans un véhicule surdimensionné est aberrante. Oui aux autos électriques, mais encore faudrait-il dissuader les consommateurs d'acheter ces VUS qui causent inutilement du trafic et de la pollution, en plus de tous leurs autres inconvénients : plus dangereux pour les piétons/cyclistes, occupent plus d'espace de stationnement sur la rue, consomment plus d'essence...

    Et tant qu'à y être, attaquons-nous aussi aux véhicules surperformants : leurs conducteurs sont parfois des voyous de la route qui réduisent notre sécurité.

    Le tout par des taxes qu'on pourrait utiliser pour financer l'achat de véhicules électriques, ou encore le transport en commun.

    Justement, si on veut réduire la congestion, il faut de meilleures lignes de transport en commun pour que les gens veuillent se convertir de l'automobile à l'autobus ou au métro. Si, matin et soir, les wagons sont bondés, les gens vont préférer le confort de leur automobile malgré le trafic, et on pourra les comprendre.