Ottawa et Pékin lorgnent le libre-échange

Le Canada importe surtout de Chine des téléphones cellulaires, des pièces informatiques, des jouets et des consoles de jeux vidéo.<br />
 
Photo: STR Agence France-Presse Le Canada importe surtout de Chine des téléphones cellulaires, des pièces informatiques, des jouets et des consoles de jeux vidéo.
 

Le Canada et la Chine entameront des discussions pouvant mener à un futur accord de libre-échange entre les deux pays et souhaitent entre-temps doubler leurs échanges bilatéraux d’ici 2025. Les négociations s’annoncent cependant longues et potentiellement ardues, note un expert des accords commerciaux.

« Nous nous sommes entendus pour lancer des discussions exploratoires en vue d’un potentiel accord de libre-échange entre le Canada et la Chine », a déclaré jeudi le premier ministre Justin Trudeau, profitant de la visite de son homologue chinois Li Keqiang à Ottawa pour dévoiler les intentions des deux partenaires commerciaux.

« Nous savons qu’un énorme potentiel de notre relation commerciale est pour l’instant inexploité. Cet éventuel accord profiterait aux consommateurs et aux entreprises, en créant des emplois bien rémunérés », a ajouté M. Trudeau. Il a par ailleurs indiqué qu’une solution « prévisible et stable » a été trouvée pour permettre aux exportateurs de canola canadien d’avoir accès au marché chinois jusqu’en 2020.

Le premier ministre chinois a confirmé la volonté de la Chine d’« explorer la possibilité de créer une zone de libre-échange » avec le Canada, en soulignant que son pays serait par exemple prêt à importer du boeuf canadien.

Ce nouveau rapprochement entre les deux pays survient quelques semaines après la visite du premier ministre Trudeau en Chine. L’idée d’un accord de libre-échange Canada-Chine était dans l’air depuis un certain temps, l’ambassadeur chinois au Canada, Zhaohui Luo, l’ayant notamment évoquée lors d’un discours prononcé en février 2015 à Montréal. Il avait alors indiqué que le Canada pourrait notamment trouver en Chine un marché intéressant pour ses technologies d’information, sa production manufacturière de pointe ou ses services financiers.

Négociateurs patients

« Les négociations ne seront pas nécessairement faciles. Les Chinois sont des gens qui négocient lentement et de manière très dure, fait remarquer Richard Ouellet, professeur de droit international économique à l’Université Laval. C’est un partenaire à qui il est difficile de dire non longtemps et souvent. »

85,8 milliards
Valeur en dollars des échanges commerciaux entre le Canada et la Chine en 2015

Pour s’en convaincre, dit-il, il suffit d’observer la manière avec laquelle la Chine mène ses dossiers depuis son entrée à l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

Pour le Canada, un accord avec le géant chinois s’ajouterait au Partenariat transpacifique, qui inclut sept pays de la région Asie-Pacifique, mais pas la Chine. À l’inverse, les Chinois perçoivent sans doute le Canada comme un allié occidental stratégique.

13,3 milliards
Valeur en dollars des échanges commerciaux entre le Québec et la Chine en 2015

« Les Chinois n’ont pas nécessairement besoin d’un accord de libre-échange pour envahir un marché, mais il est certain que, s’ils négocient avec un pays qui est beaucoup plus petit, comme le Canada, c’est qu’ils ont des attentes et qu’ils vont lui demander de baisser des barrières au commerce. Lesquelles ? Ça reste à voir », affirme M. Ouellet, qui note que les sables bitumineux albertains pourraient notamment s’avérer attrayants pour diversifier et consolider l’approvisionnement énergétique de la Chine.

Deuxième partenaire

En 2015, la valeur des échanges commerciaux entre le Canada et la Chine s’est élevée à 85,8 milliards de dollars, dont 13,3 milliards avec le Québec.

La Chine est le deuxième partenaire économique du Canada, loin derrière les États-Unis. L’an dernier, on y a surtout exporté de la pâte à papier, des graines de navette ou de colza — utilisées pour produire de l’huile — et du bois d’oeuvre. De son côté, le Canada a principalement importé des téléphones cellulaires, des pièces informatiques, des jouets et des consoles de jeux vidéo.

« Ce sont les volumes d’affaires qui posent toujours problème avec la Chine. C’est un pays qui est tellement gros qu’il faut toujours être prudent, estime le professeur Ouellet. Mais pour nous, il y a de nouvelles classes de consommateurs en Chine. Il s’agit donc d’un marché d’exportation intéressant qui s’ouvre là-bas. »

1 commentaire
  • Pierre Cousineau - Abonné 23 septembre 2016 15 h 37

    Quelques repères

    Les 13,3 milliards d'échanges commerciaux entre la Chine et le Québec se décomposent en 2,67 milliards d'exportations pour le Québec versus 10,68 milliards d'importations, pour un déficit de la balance commerciale de 8 milliard que le Québec encaisse en 2015. C'est une des sources importantes de son déficit commercial. Dit autrement, pour 5$ de marchandises que nous achetons en Chine, les chinois n'en achètent que pour 1$ chez nous. Un rapport très avantageux pour eux.

    En 1998, les échanges commerciaux entre le Québec et la Chine totalisaient 2,2 milliards. Le Québec exportait 334 millions $ de marchandises vers la Chine tandis qu'il importait pour 1,8 milliard $ de biens en retour. pour un déficit de sa balance commerciale vis-à-vis la Chine de 1,5 milliards $. En prenant le même exemple que précédemment, pour 5 $ de marchandises que nous achetions de la Chine, en retour elle ne dépensait que 0,77 $ chez nous.
    (Ces chiffres sont tirés de : Commerce international du Québec, édition 1999, accessible sur le site internet de l'Institut de la statistique du Québec)

    On voit qu'en 18 ans, les dépenses chinoises en sol québécois n'ont progressées que d'un maigre 0,23 $ pour chaque 5 $ que nous dépensons chez eux.

    Imaginons que la Chine et le Canada doublent leurs échanges commerciaux d'ici 10 ans, doublons les chiffres pour le Québec :
    -en 2025 le Québec importe pour 21,3 milliards $ de marchandises de la Chine;
    -toujours en 2025, le Québec exporte pour 5,3 milliards $ vers la Chine;
    -et le solde commercial avec la Chine est maintenant de -16 milliards $.

    Bien sur, une négotiation commerciale vise à améliorer ce rapport, mais qui croira un seul instant que le Québec a quelque chose à gagner dans cette négotiation? Les rapports sont trop inégaux.