Tirer profit d’un modèle économique différent

L’économie sociale ne se résume pas à des carrefours alimentaires ou autres services d’aide sociale, fait remarquer Jean-Martin Aussant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’économie sociale ne se résume pas à des carrefours alimentaires ou autres services d’aide sociale, fait remarquer Jean-Martin Aussant.

Près de 1300 participants provenant de quelque 60 pays débarquent à Montréal cette semaine pour partager leur vision d’une économie qui fait passer la communauté avant le profit. Le troisième Forum mondial de l’économie sociale qui s’ouvre mercredi dans la métropole est également l’occasion de montrer le savoir-faire québécois et de déboulonner des mythes, soutient en entrevue au Devoir le directeur général du Chantier de l’économie sociale, Jean-Martin Aussant.

Après avoir été présenté à deux reprises à Séoul, c’est à Montréal que le Forum mondial de l’économie sociale a élu domicile pour sa première présentation en dehors de la Corée du Sud. Un choix logique compte tenu du rôle de leader du Québec dans le domaine, affirme Jean-Martin Aussant, qui coorganise l’événement.

« Ça confirme notre statut de joueur principal. L’événement va nous permettre de montrer ce qu’on fait de bien ici, mais aussi de voir ce qui se fait ailleurs qui pourrait être adapté ici », dit-il.

Jusqu’à vendredi, des participants provenant des quatre coins de la planète feront part de leur expérience dans les secteurs du transport collectif, de la culture, du tourisme, de l’habitation ou encore de la technologie, à travers le prisme de l’économie sociale. Les ateliers et les discussions cibleront plus particulièrement le « développement intelligent et durable des villes ».

Les exemples d’initiatives québécoises seront également nombreux, preuve d’une vitalité pourtant méconnue d’une large proportion de Québécois. « Ici, quand on dit “économie sociale”, les gens accrochent sur le mot “sociale” et pensent qu’il s’agit d’aide sociale ou de philanthropie, alors que c’est du développement économique, explique M. Aussant. J’aime souvent le répéter : l’économie sociale au Québec, c’est plus gros que les mines et que la construction. C’est même plus gros que les mines et la construction mises ensemble. C’est un géant économique de 40 milliards de chiffre d’affaires au Québec. »

Près de chez vous

L’économie sociale regroupe les activités économiques qui aspirent à l’amélioration du bien-être d’une communauté ou de membres, plutôt que la maximisation du profit. Au Québec, quelque 7000 entreprises, qu’il s’agisse de coopératives ou d’organismes sans but lucratif, répondent à cette définition selon les dernières estimations. La loi-cadre adoptée par Québec en 2013 prévoit que les profits générés par une entreprise d’économie sociale doivent être redistribués aux membres ou à la collectivité.

« Ce qu’il faut faire comprendre aux gens, parce que c’est un fait, c’est que l’économie sociale n’est pas un secteur de l’économie, c’est simplement une forme juridique qui est différente. Ce sont des coopératives et des organismes à but non lucratif plutôt que des entreprises avec des actions dont le prix doit absolument monter. C’est applicable à absolument tous les domaines de l’activité économique », poursuit M. Aussant, qui a été nommé à la tête du Chantier de l’économie sociale en août 2015, après deux années passées à travailler dans le milieu de la finance londonien.

Il y a des exemples connus, comme l’institution financière Desjardins, la salle de spectacle Le Divan orange ou Taxi Coop, auxquels s’ajoute une panoplie d’entreprises de plus ou moins grande taille. « Les gens font affaire chaque jour avec l’économie sociale sans le savoir », insiste Jean-Martin Aussant.

Réduire les inégalités

Selon le d.g., le Forum de l’économie sociale représente une occasion de donner un nouvel élan à un modèle de développement économique qu’il juge plus viable. « Le modèle le plus inclusif, c’est celui qui offre un équilibre entre l’entreprise privée traditionnelle et les entreprises collectives. Le but n’est pas de déplacer ou d’éliminer le privé, mais de faire en sorte que les trois piliers — le gouvernement, le privé et le collectif — soient en équilibre dans le modèle de développement. Quand cet équilibre-là sera atteint, il y aura beaucoup moins de laissés-pour-compte et d’inégalités. »

Les jeunes entrepreneurs sont plus sensibles que leurs aînés à ce genre de discours, constate M. Aussant, qui souhaite que le message se propage davantage.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, précise l’ex-politicien, celui ou celle qui choisit l’entrepreneuriat collectif n’est pas condamné à un salaire de misère. « C’est vrai qu’on ne verra pas le prix de son action augmenter rapidement et la valeur de son portefeuille atteindre des millions de dollars en un mois, mais ce n’est pas l’objectif. Quand les gens font le choix d’aller en économie sociale, […] ils le font pour transformer le modèle de développement et pour atténuer les inégalités économiques. »

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 7 septembre 2016 08 h 50

    Superbe occasion que celle-ci...

    ...de lever le chapeau à l'égard et de monsieur Aussant et de toutes celles et ceux mettant en pratique un tel modèle de justice et d'équité sociales dans une recherche d'«équilibre dans le modèle de développement»
    Nous sommes fort loin du «Money talks» et du néolibéralisme qui, à la façon rouleau-compresseur, écrase presque tout sur son passage.
    Merci à tout ce beau monde !
    Superbe exemple vivant de justice sociale.
    Le politique a peut-être besoin de ce type de projet de société...
    Gaston Bourdages