Projet controversé de cimenterie dans l’Est ontarien

Le projet compterait 52 bâtiments et une cheminée de 125 mètres, visible à des kilomètres à la ronde.
Photo: iStock Le projet compterait 52 bâtiments et une cheminée de 125 mètres, visible à des kilomètres à la ronde.

Un projet de cimenterie d’une capacité de 3000 tonnes par jour dans une région agricole de l’Est ontarien, en bordure de la rivière des Outaouais, fait craindre des impacts sur la qualité de l’air et sur la circulation de camions jusqu’au Québec.

La société Colacem Canada, de Laval, a demandé les permis pour construire sa cimenterie dans le village de L’Orignal, près de Hawkesbury, à la frontière du Québec. L’usine de 225 millions de dollars serait munie d’une cheminée de 125 mètres de hauteur qui rejetterait dans l’air de l’oxyde de calcium, de l’ammoniac, de l’oxyde de fer et de l’oxyde de nitrogène.

Entre 80 et 110 camions par heure entreraient ou sortiraient de l’usine, selon une étude d’impact sur les transports menée par la firme CIMA +. Un nombre indéterminé de ces camions feraient la navette entre la cimenterie et le port de Montréal, car une bonne partie de la production de poudre de ciment serait vendue à l’étranger.

« La cimenterie aurait des impacts sur l’air et sur la circulation de camions au Québec », souligne Charles Despins, un des responsables du mouvement citoyen Action Champlain, qui milite contre le projet de cimenterie.

Le groupe doit tenir mercredi soir une assemblée publique d’information à l’église de L’Orignal, à une centaine de kilomètres de Montréal. Action Champlain dit attendre 500 personnes, dont certaines de municipalités québécoises situées de l’autre côté de la rivière des Outaouais, comme Pointe-au-Chêne, Grenville et Calumet.

Des emplois

La société Colacem fait valoir que la cimenterie sera munie des équipements les plus perfectionnés pour limiter les impacts sur l’air, sur l’eau et sur le bruit. L’usine créerait 125 emplois directs et 175 emplois indirects et produirait 3000 tonnes de poudre de ciment par jour — la moitié de la production de la cimenterie McInnis de Port-Daniel, en Gaspésie, secourue il y a deux semaines par la Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec.

La société Colacem a déjà fait partie de l’empire de l’homme d’affaires Tony Accurso, accusé relativement à de présumées fraudes dans l’attribution de contrats publics à Laval. Colacem est désormais une filiale du holding italien Financo.

M. Accurso était vice-président de Colacem jusqu’au 27 avril dernier, selon le registre des entreprises. Guillaume Rochon, un avocat de M. Accurso, et Joseph P. Molluso (qui figure lui aussi parmi les 37 accusés de Laval) sont des administrateurs de l’entreprise.

Colacem avait lancé un premier projet de cimenterie à L’Orignal en 2012, mais avait mis l’idée en veilleuse. Le même projet renaît de ses cendres quatre ans plus tard.

Une communauté divisée

La communauté des Comtés unis de Prescott et Russell — où est situé le village de L’Orignal, appartenant lui-même au canton de Champlain — est divisée sur le projet de cimenterie. Colacem exploite une carrière dans le village. La carrière approvisionnera la cimenterie en calcaire. Les employés de la carrière et leurs familles appuient majoritairement le projet de cimenterie.

Les opposants, eux, soulignent que la cimenterie serait située en pleine zone agricole. Colacem a demandé en juin des changements au zonage et au plan directeur de la municipalité pour implanter cette industrie dans les champs agricoles. Le ministère de l’Environnement de l’Ontario étudie aussi deux demandes de permis de Colacem.

Le projet compterait 52 bâtiments et une cheminée de 125 mètres, visible des kilomètres à la ronde.

Les opposants s’interrogent aussi sur la pertinence d’ajouter une autre cimenterie, alors que l’industrie tourne déjà au ralenti au pays.

Les Comtés unis de Prescott et Russell ont commencé à étudier les demandes de Colacem. Une décision est prévue avant la fin de l’année 2016, a indiqué au Devoir Louis Prévost, directeur de l’urbanisme des Comtés unis.


 
3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 août 2016 09 h 21

    des gens essentiellement au service du cash

    pour certains nous sommes vraiment qu'un territoire a exploité indépendant des gens qui y habitent, les population étants percus comme des inconvénient secondaires, je me demande a la lumiere de ce faits, que dirait ces gens si nous allions exploiter dans leur cour ces usines, n'est ce pas des attitudes qui datent d'une autre époque

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 août 2016 12 h 01

    Oxyde de nitrogène?

    En français, on dit oxyde d'azote.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 août 2016 16 h 25

    Concurrence

    Fera-t-elle concurrence à notre futur fleuron gaspésien, dont certains mettent en doute la rentabilité? L'Outaouais c'est bien plus proche du gros marché montréalais que la Gaspésie.