Rattrapage en vue pour l’industrie du taxi

Une manifestation de chauffeurs de taxi s’est tenue mardi à Montréal contre Uber. L’industrie envisage de développer prochainement un service de taxi-partage qui permettrait à des usagers quittant un secteur et se dirigeant approximativement au même endroit d’emprunter le même taxi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une manifestation de chauffeurs de taxi s’est tenue mardi à Montréal contre Uber. L’industrie envisage de développer prochainement un service de taxi-partage qui permettrait à des usagers quittant un secteur et se dirigeant approximativement au même endroit d’emprunter le même taxi.

Acculés par Uber et des projets innovateurs comme la flotte de voitures électriques de Téo Taxi, les ténors de l’industrie québécoise du taxi tentent aujourd’hui de faire la preuve qu’ils peuvent, eux aussi, prendre le virage de la modernité.

Mercredi, le Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT) a accueilli avec « enthousiasme » la vente annoncée de la montréalaise Taxi Diamond à Taxelco, entreprise de l’ex-« dragon » Alexandre Taillefer. Avec 1720 voitures, la firme de l’homme d’affaires devient ainsi le plus gros joueur de ce secteur, avec pas moins de 37 % des parts du marché.

Aux yeux du porte-parole de l’industrie, l’ex-ministre péquiste Guy Chevrette, la vente de Diamond démontre que « le marché du taxi est dynamique, innovateur et en mouvement rapide » alors même qu’il fait face à la concurrence du service de chauffeurs Uber. « Ça bouge dans le taxi, et plus rapidement que les gens le pensent. Encore une fois, nous avons la preuve qu’il n’est pas nécessaire d’être hors-la-loi pour innover », a lancé M. Chevrette en conférence de presse.

Investissements prévus

Le CPCDIT, qui représente environ 6000 des 8200 détenteurs de permis de taxi au Québec, travaille à divers projets afin de rattraper le grand retard de la plupart des membres de l’industrie.

Outré que le gouvernement ait « joué le jeu d’Uber » en lui permettant de mener un projet pilote qui légaliserait, à terme, son service, le CPCDIT entend lui aussi présenter au ministre des Transports, Jacques Daoust, un projet-pilote, qui offrirait davantage de flexibilité pour les chauffeurs et les détenteurs de permis de taxi. L’objectif : permettre la location d’un permis de taxi par bloc d’heures.

À l’heure actuelle, il est possible pour un détenteur de permis de taxi de louer son véhicule (et le permis qui l’accompagne) lorsqu’il n’est pas sur la route. Le Comité souhaite offrir la possibilité de louer le permis seulement, à condition que le deuxième chauffeur ait, lui aussi, une voiture conforme aux normes de l’industrie. « Au lieu de payer 200 $ pour le permis et la voiture, peut-être qu’on pourra louer le permis à seulement 75 $. Ça donne une flexibilité plus grande. Par exemple, des étudiants universitaires pourraient faire du taxi pendant leur temps libre. Pour le détenteur de permis, c’est moins d’argent, mais sa voiture s’use moins. C’est plus facile pour rentabiliser le permis », expose le président du conseil d’administration du Comité, Georges Tannous, également président de Coop Taxi Laval. On croit que le projet fera en sorte d’augmenter le nombre de taxis sur les routes les soirs et les week-ends.

Hygiène et bienséance

On entend aussi investir en formation afin d’améliorer la qualité du service à la clientèle. Guy Chevrette ne cache pas que celui-ci laisse encore trop souvent à désirer, à Montréal notamment. « C’est choquant, je le sais. […] On prend un taxi et je sais ce que le chauffeur a mangé hier soir parce que ça sent le poulet… Il y a un resserrement de la qualité, un ménage à faire », a-t-il indiqué. Des leçons d’hygiène personnelle et de politesse seront au menu. On entend aussi encourager les chauffeurs à mieux connaître leur propre ville sur le plan touristique afin de pouvoir partager ces renseignements avec leur clientèle.

Un code d’éthique provincial auquel adhéreraient tous les titulaires de permis doit également être dévoilé sous peu aux membres du CPCDIT.

Parmi les autres idées évoquées, M. Chevrette envisage même de développer un service de taxi-partage, qui permettrait à des usagers quittant un secteur et se dirigeant approximativement au même endroit d’emprunter le même taxi, comme le permet déjà Uber dans certaines villes nord-américaines, avec son service UberPOOL.

Le Comité doit transmettre au cours des prochaines semaines ces différents dossiers au ministre Daoust afin d’obtenir son aval.

Encore une fois, nous avons la preuve qu’il n’est plus nécessaire d’être hors-la-loi pour innover

1 commentaire
  • Michèle Cossette - Abonnée 11 août 2016 11 h 45

    Connaissance de la ville

    Quand j'étais jeune, la défunte compagnie Lasalle obligeait ses chauffeurs à suivre une formation sur toutes les rues du secteur qu'elle desservait, ainsi que sur les meilleurs itinéraires. Aujourd'hui, il faut souvent apprendre au chauffeur où se trouve l'endroit où on se rend et lui expliquer comment y aller!