Hydro-Québec rêve du Massachusetts

Hydro-Québec, qui veut doubler ses revenus d’ici 2030, ne cesse de vanter son énergie auprès des autres marchés du Nord-Est américain.
Photo: iStock Hydro-Québec, qui veut doubler ses revenus d’ici 2030, ne cesse de vanter son énergie auprès des autres marchés du Nord-Est américain.

Le gouverneur du Massachusetts a promulgué lundi la loi forçant les sociétés énergétiques de son État à acquérir une certaine quantité d’énergie renouvelable, un geste salué par Hydro-Québec dont le désir d’exporter plus de courant vers la Nouvelle-Angleterre n’est un secret pour personne.

Une semaine après l’adoption du projet de loi H.4568 par l’Assemblée législative de l’État, le gouverneur Charlie Baker, qui parle depuis des mois d’importer de l’hydroélectricité pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, a affirmé que les énergies renouvelables permettront de répondre aux besoins de façon « abordable, fiable et propre ».

La loi obligera les services publics à se procurer 1200 MW d’énergie renouvelable comme l’hydroélectricité, l’éolien terrestre et l’énergie solaire, et jusqu’à 1600 MW d’énergie éolienne marine.

Hydro-Québec voudra ainsi « collaborer sans tarder avec le Massachusetts à la mise en oeuvre de cette nouvelle loi et à l’élaboration de solutions conformes aux objectifs de l’État », a affirmé le président d’Hydro-Québec, Éric Martel.

Le sujet sera d’ailleurs abordé en marge de la réunion des gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est canadien, prévue à la fin de l’été à Boston, a précisé M. Martel.

Le texte de loi comme tel ne précise pas « 1200 MW », mais mentionne plutôt 9,45 millions de MW heures. Cela équivaut à la consommation de 1200 MW pendant 90 % du temps sur un an.

Les 1200 MW d’énergie renouvelable sont légèrement supérieurs à la capacité prévue du projet Northern Pass (1090 MW), qui partirait du Québec et descendrait dans l’État du New Hampshire afin d’alimenter, depuis Deerfield, tout le réseau intégré de la Nouvelle-Angleterre. « Lorsqu’elle sera mise en service, cette ligne ne fournira pas du courant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », a précisé un des porte-parole d’Hydro-Québec, Gary Sutherland. « Il y a des contraintes techniques, de l’entretien, des contraintes commerciales, etc. Ça va dépendre du contrat qui sera signé. Il est difficile de prévoir la quantité qui sera livrée sur la ligne. »

Le projet, qui s’est buté aux préoccupations de certains citoyens des deux côtés de la frontière, devrait être mis en service en 2019 si tout se déroule comme prévu pour les autorisations et les permis. Le partenaire d’Hydro-Québec dans Northern Pass est la société Eversource, un distributeur d’électricité et de gaz naturel qui alimente des centaines de villes du New Hampshire, du Massachusetts et du Connecticut.

Miser sur les besoins étrangers

Hydro-Québec, qui veut doubler ses revenus d’ici 2030, ne cesse de vanter son énergie auprès des autres marchés du Nord-Est américain. D’ailleurs, la politique énergétique 2016-2030, dévoilée par le gouvernement Couillard en avril, rappelle que « Hydro-Québec compte aussi accroître ses exportations d’électricité dans un contexte où plusieurs marchés voisins se sont fixé des cibles de réduction de GES ».

Lors de l’étude de crédits 2016-2017 tenue par la Commission parlementaire sur l’agriculture, les pêcheries, l’énergie et les ressources naturelles, M. Martel a beaucoup insisté sur le marché américain. En 2015, les exportations ont compté pour 30 % des profits d’Hydro-Québec, pour 14 ou 15 % du volume.

L’an dernier, Hydro-Québec a enregistré des profits de 3,15 milliards. La société d’État a versé au gouvernement un dividende de 2,4 milliards.

4 commentaires
  • J-Paul Thivierge - Abonné 9 août 2016 11 h 05

    Autres propositions

    Comme Ontario Power Generator doit rénover les réacteurs nucléaires dans les prochaines décennies. Le sud de l'Ontario le grand Toronto, Hamilton, Niagara ont des besoins énergétiques croissants. Les centrales de Pickering et Darlington peinent à satisfaire la demande actuelle et future. Pour donner un peu de marge de manoeuvre à OPG en attendant que toute leur capacité de production soit complétée et quelques parcs éoliens mis en production les surplus d'Hydro-Québec pour les 15 prochaines pourraient aider en alimentant l'Ontario nordique.
    Déjà que les régions est ; Ottawa, Cornwall et Kingston sont alimentés de notre électricité propre.
    Maintenant, je pense qu'Hydro-Québec devrait s'organiser pour alimenter le nord de la province voisine. Au nord de Sudbury, où il y a de sérieux besoins énergétiques pour la mise en exploitation des énormes gisements miniers de chromite du Ring of Fire ainsi l'Ontario pourrait profiter des emplois et des revenus de cette région et Hydro-Québec pourrait vendre pour plus de 1.5 G$ par année de l'énergie provenant de LG 2 grâce à une ligne THT pour alimenter pour quelques décennies cette région voisine de l'Abitibi. 11 mois par année moins quelques centaines d'heures de pointe de grand froid plus de 1000 Mw pourraient être exportées avec profit.
    Ce milliard annuel (G$) de ventes pourrait être utiliser par Hydro pour installer un réseau complet d'électrification ferroviaire sur la rive nord entre Montréal et Québec, entre Montréal et Gatineau. Pour diminuer les émissions de GES, pour diminuer notre dépendance pétrolière et les flux monétaires tout en augmentant les revenus qui resteront au trésor québécois. L'électrification des transports collectifs et les cibles de transition énergétiques seront ainsi plus près de la réalisation effective.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 août 2016 15 h 17

    Bizarre que le gouv.Couillard

    est d'accord avec la réduction des GES chez nos voisins et pas chez nous en acceptant LE pipeline....

  • Jean-Yves Arès - Abonné 11 août 2016 13 h 10

    1,200 MW versus 9.45 millions de MWh, lequel renseigne le mieux ?

    Ici on a l'occasion de constater une mauvaise pratique de communication au public par l'utilisation systématique de la puissance maximale prévue pour identifié et qualifié une source d'électricité.

    Ce que l'acheteur ici recherche, comme tout grand consommateur, c'est un volume, ou quantité, d'électricité annuel. Un volume d'électricité cela s'exprime en puissance débité pendant un temps définit. Pour les consommateurs que nous sommes ce sont des kilowatts-heure, KWh, et pour les grand consommateurs la référence est mille fois plus grosse et ce sont les mégawatts-heure, MWh. Ils recherchent aussi une disponibilité a des périodes précises (les pointes de demande) et là le niveau de puissance livrable à un moment précis prend son importance.

    Ainsi les 9.45 millions de MWh demandés peuvent être livrés par des installations hydraulique comme nos barrages avec une puissance installée de 1,200 MWh (à condition de ne pas avoir de trop grande défiance de précipitation par rapport aux références).

    Mais si ce sont des sources éoliennes qui doivent combler cette livraison là il faut beaucoup plus de puissance installée et là ce sont quelques 3,500 - 4,000 MWh qu'il faut car le facteur de charge qui atteint 90% dans le cas de nos barrages est de l'ordre 20% a peut être un peu plus de 30% dans le cas de l'éolien.

    Encore qu'ici les chiffres ont souvent comme sources les promoteurs, ou sont des ''projections''...

    Le parc éolien Allemand a affiché un facteur charge de 17.5% en 2012, Celui de la France 24% pour cette même année. Et ici Hydro Québec elle prétend un facteur de capacité de 32% pour sa production éolienne de 2011. Mais avec son opacité habituelle, et ses commandes qui lui viennent directement des politiciens, peut-on vraiment se fier aux chiffres d'Hydro ?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 août 2016 13 h 13

      La différence est très importante dans la perception car nos politiciens ont bien dans l'idée de nous faire payer à tous la facture éolienne, tout en déclarant des profits mirobolants avec l'exportation de notre production patrimoniale à bas coûts qu'ils nous retire par ces ventes à l'exportation pour ensuite nous ajouter le coût de l'éolien.