Québec injecte 175 millions dans le projet de Tata Steel

Dans un communiqué, le gouvernement et l'entreprise minière ont souligné que le projet pourrait créer jusqu’à 550 emplois d’ici 2020 en faisant passer la production d’environ deux à six millions de tonnes de minerai de fer par année.
Photo: iStock Dans un communiqué, le gouvernement et l'entreprise minière ont souligné que le projet pourrait créer jusqu’à 550 emplois d’ici 2020 en faisant passer la production d’environ deux à six millions de tonnes de minerai de fer par année.

Après des mois de retard sur l’échéancier prévu et en dépit des cours du fer qui demeurent au plancher, le gouvernement du Québec a finalement annoncé mardi une contribution financière de 175 millions dans le projet de Tata Steel Minerals Canada (TSMC) à Schefferville. Un risque calculé, juge un analyste.

Québec accorde un prêt de 50 millions à TSMC, par l’entremise d’Investissement Québec, et prend une participation de 125 millions, par l’entremise du Fonds Capital Mines Hydrocarbures, afin de soutenir le projet de mine de fer à enfournement direct (projet DSO), dont la valeur est estimée à 1,5 milliard.

Le gouvernement Couillard concrétise ainsi une entente de principe signée en janvier dernier, en marge du Forum économique mondial de Davos. À ce moment, Québec affirmait qu’il prendrait une décision d’ici le 31 mars concernant sa participation dans le projet DSO. Les négociations se sont étirées et ont finalement abouti à l’annonce de mardi.

Le projet DSO est actuellement mené par Tata Steel Minerals Canada, une coentreprise détenue par Tata Steel (94 %) et New Millenium Iron (6 %). Dans un communiqué conjoint, le gouvernement et l’entreprise ont souligné que le projet pourrait créer jusqu’à 550 emplois d’ici 2020 en faisant passer la production d’environ deux à six millions de tonnes de minerai de fer par année.

Rentabilité au rendez-vous ?

« Dans le passé, les gens de Tata ont prouvé que les entreprises qui s’associent avec eux peuvent s’attendre à de la rentabilité », a soutenu le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, au cours d’un entretien téléphonique en marge de la conférence de presse organisée à Sept-Îles.

« Notre gouvernement est fier de soutenir ce projet, qui contribuera à la réussite du Plan Nord en favorisant entre autres les activités de transbordement au port de Sept-Îles, a-t-il ajouté par voie de communiqué. Tata Steel Minerals Canada sera d’ailleurs la première compagnie minière en Côte-Nord à utiliser les actifs ferroviaires et portuaires du secteur Pointe-Noire, récemment acquis par la Société du Plan Nord. »

Un premier chargement de plus de 16 000 tonnes de minerai de fer provenant des installations de Tata Steel est d’ailleurs arrivé lundi à Pointe-Noire et doit être expédié en septembre, a rapporté Radio-Canada Côte-Nord. Québec a acquis les installations ferroviaires et portuaires de Pointe-Noire plus tôt cette année des mains de Cliffs Natural Ressources pour près de 67 millions de dollars.

Prix bas et dumping

Le coup de pouce de Québec au projet DSO survient au moment où les cours du minerai de fer demeurent déprimés. Le prix de la tonne de fer est passé d’environ 100 $ il y a deux ans à environ 55 $ aujourd’hui. Et la plupart des analystes ne prédisent pas de remontée à court terme.

À cela s’ajoute le dumping d’acier essentiellement chinois sur les marchés internationaux — y compris celui du Canada —, une situation dénoncée depuis des mois par l’Association canadienne des producteurs d’acier. En écoulant leur production excédentaire sur les marchés à un prix inférieur au prix coûtant, les entreprises chinoises font diminuer la valeur de l’acier, un alliage principalement constitué de fer et de carbone.

« Les temps sont difficiles pour l’industrie mondiale du minerai de fer en raison de la faiblesse de la demande, d’une surcapacité dans l’industrie de l’acier et de la volatilité des fluctuations des taux de change, a concédé mardi le directeur exécutif de Tata Steel, Koushik Chatterjee. Nous allons continuer à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement du Québec et d’autres parties prenantes et faire tout ce que nous pouvons afin d’améliorer la compétitivité du marché du minerai de fer canadien et de le rendre plus viable pour l’avenir. »

 

Prendre le risque

Dans ce contexte, comment justifier une contribution financière du gouvernement ? Selon Anand Beejan, associé au cabinet de services-conseils MNP et spécialiste du secteur minier, « un projet minier est généralement très risqué, mais tout dépend de la phase dans laquelle on arrive ». En intervenant à l’aube de la phase d’exploitation, le gouvernement s’expose à un risque beaucoup plus faible que s’il s’était mouillé au moment de l’exploration, résume-t-il.

« Le gouvernement prend un risque, mais trouver un projet 100 % sûr, c’est pratiquement impossible. […] Je pense que la contribution financière du gouvernement est une bonne façon de stimuler l’économie de la Côte-Nord et de remettre en marche le port de Sept-Îles. »

Il est vrai que les cours du minerai de fer sont bas et qu’ils devraient le demeurer pendant un certain temps, admet M. Beejan, mais il faut selon lui se rappeler qu’un projet comme celui de Tata Steel a Schefferville peut généralement compter sur au moins 25 ans d’exploitation. « Il vaut mieux investir quand les prix sont bas », dit-il en évoquant la variation cyclique du prix du fer.

3 commentaires
  • Pierre Demers - Inscrit 27 juillet 2016 09 h 48

    À bas "steel", et vivement "acier"!

    À bas "steel", et vivement "acier"! Au Québec, tout se passe en français. À bas "steel", et vivement "acier"! Tata acier peut-être, ou mieux: "Acier tata".
    Je crois que Martine Ouellet dirait oui.
    Pierre Demers LISULF 27VII2016

  • Pierre Demers - Inscrit 27 juillet 2016 12 h 34

    tata steel, Martine Ouellet?

    À bas "steel", et vivement "acier"! Au Québec, tout se passe en français. À bas "steel", et vivement "acier"! Tata acier peut-être, ou mieux: "Acier tata".
    Je crois que Martine Ouellet dirait oui.
    Pierre Demers LISULF 27VII2016

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 27 juillet 2016 18 h 56

    M.Koushick Chatterjee doit bien s entendre avec

    Philippe Couilard,les 2 semblent des experts dans la formulation de phrases creuses.