La robotisation du travail n’épargnera à peu près personne

L'automatisation de la prise des commandes en restauration rapide assure des gains de productivité.
Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse L'automatisation de la prise des commandes en restauration rapide assure des gains de productivité.

L’automatisation du monde du travail, cette « quatrième révolution industrielle » à la fois attendue et redoutée, ne se limitera pas au secteur manufacturier. Elle a le potentiel de transformer à différents degrés pratiquement tous les secteurs de l’économie, à commencer par celui de la restauration et de l’hébergement, révèle un nouveau rapport de McKinsey.

Les études décrivant l’automatisation prochaine du monde du travail ne manquent pas, mais celle de la firme de consultation se distingue en offrant un portrait exhaustif des secteurs et des professions les plus susceptibles d’être happés par la vague.

Les auteurs du rapport ont analysé quelque 2000 tâches associées à plus de 800 professions, essentiellement à partir des données du Bureau de la statistique du travail des États-Unis. Ils ont choisi de se pencher sur les tâches associées à chaque type de profession pour déterminer dans quelle proportion l’automatisation pourrait se faire dès maintenant, compte tenu des technologies actuellement disponibles.

Restauration en tête

Le secteur de la restauration et de l’hébergement arrive en tête, avec un potentiel d’automatisation de 73 %. Cela signifie que près des trois quarts des tâches effectuées par les travailleurs de ce secteur pourraient être accomplies par des robots, estime McKinsey.

Certains restaurants tentent déjà l’expérience avec des ordinateurs permettant de prendre les commandes en libre-service ou des robots s’occupant de la cuisson des hamburgers, par exemple. En contrepartie, le travail qui implique une interaction directe avec le client, comme celui des serveurs, est moins susceptible d’être effectué par une machine.

Sans surprise, le secteur manufacturier suit non loin derrière, les robots pouvant potentiellement exécuter quelque 59 % de ses tâches. On peut penser au travail de fabrication ou à celui exécuté sur les chaînes de montage.

Tous types de profession confondus, le tiers des tâches est associé à la collecte et à l’analyse de données. Et plus de 60 % de ces tâches ont le potentiel d’être automatisées, souligne le rapport. C’est notamment le cas dans le secteur de la finance, où le taux de pénétration de la robotisation atteint 43 %.

Aucun intouchable

Dans le portrait dressé par McKinsey, l’automatisation n’épargne personne, mais certains professionnels ont moins de craintes à avoir pour l’avenir de leur métier. Les infirmières et les médecins, de même que les enseignants et les gestionnaires sont difficilement remplaçables, en raison de l’importance des relations interpersonnelles dans leur quotidien.

Le document rappelle que le potentiel technique d’automatisation n’est qu’un des facteurs pouvant influencer la robotisation d’un secteur. Les entreprises doivent également tenir compte des coûts associés à l’automatisation, de l’importance des bénéfices potentiels et de l’acceptabilité sociale.

« La grande question sera de savoir où et comment profiter de l’automatisation, compte tenu des coûts liés au fait de remplacer un travailleur par une machine, écrivent les auteurs du rapport. La majorité des bénéfices ne proviendront sans doute pas de la réduction des coûts de main-d’oeuvre, mais plutôt des gains de productivité grâce à une réduction du nombre d’erreurs et d’une augmentation de la qualité, de la sécurité et de la vitesse. »

Marché de l’emploi bouleversé

Le rapport de McKinsey fait notamment écho à une étude de l’OCDE, dévoilée en mai, qui concluait que 9 % des emplois au Canada comptent au moins 70 % de tâches automatisables. Près d’un emploi sur quatre est par ailleurs exposé à une automatisation de 50 % à 70 % des tâches, ajoutait-on.

L’arrivée des robots, qui fait partie de la « quatrième révolution industrielle » décrite en janvier dernier par le Forum économique mondial, aura inévitablement un impact sur le marché de l’emploi. L’OCDE prévoit que 5 % des travailleurs ayant un diplôme universitaire sont fortement à risque, une proportion qui augmente à 40 % chez ceux dont le niveau d’instruction est inférieur au deuxième cycle du secondaire.

Cette perspective a de quoi faire réfléchir à la lecture de l’étude dévoilée mercredi par le Centre d’étude des niveaux de vie : entre 1997 et 2014, le pourcentage de travailleurs à faible revenu (qui gagnent moins des deux tiers du salaire horaire médian d’un employé à temps plein) a augmenté, et ce, peu importe leur niveau de scolarité.

La croissance la plus forte (60 %) a été observée chez les employés détenant un diplôme de maîtrise ou de doctorat, la proportion passant de 7,7 % en 1997 à 12,4 % en 2014.

9 commentaires
  • Christian Debray - Inscrit 14 juillet 2016 05 h 31

    Trois niveaux d'incompétence

    Je suis électronicien, comme mon frère. En 1980 nous ouvrions un atelier qui eut du succès pendant 10 ans. Dès ses premiers jours, nous parlions déjà de l’effet de nos travaux sur l’emploi et déjà nous savions que les nouvelles technologies ne pourraient pas absorber les travailleurs déplacés par l’automation.
    Nous qui ne sommes pas économistes savions déjà l’ampleur du problème en 1980, que font nos gouvernements? La tempête dans un vers d’eau entre UBER et les taxis est triste, les deux ont déjà perdu ils seront remplacés à hauteur d’environ 60% par des voitures autonomes dans moins de 10 ans, que font nos gouvernements? Les chaines d’alimentation rapide couperont leur personnel par environ 20%, que font nos gouvernements? C’est à croire qu’ils ne tiennent pas à leurs revenus ou à nos programmes sociaux.
    Si le gouvernement fédéral était sérieux, il demanderait à corps et à cris une conférence internationale sur le réalignement de l’économie.
    Si notre gouvernement provincial était sérieux, il emprunterait tout ce qui est possible pour permettre de conserver le plus d’emplois possible et maintenir une économie interne fonctionnelle (comme les É.-U. le font), car les dettes seront d’une importance très relative lors du lancement de la nouvelle économie. Les pays gagnants seront ceux qui auront su maintenir une économie balancée fonctionnelle, pas ceux qui n’auront pas de dette.
    Si nos gouvernements municipaux se sortaient la tête d’entre les fesses, ils réaliseraient que ce sont eux qui ont une des clés importantes de la lutte à la pollution de l’air. Au lieu de décentraliser les commerces et industries, ils créent des ghettos et éloignent les gros commerces et industries de la ville.
    Trois niveaux de gouvernements, une infinité d’incompétences.

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 juillet 2016 09 h 12

      Dès les années soixante-dix, nous savions que la pollution aurait des effets sur le climat et que la société de consommation produirait une montagne de déchets... Qu'ont fait nos gouvernements? Ils sont au sevice des grosses corporations qui profitent de la dictature de Wall Street. Pourquoi se soucieraient-ils de l'avenir alors qu'ils ne se soucient que de leur réélection?

    • Sylvain Rivest - Inscrit 14 juillet 2016 09 h 43

      Vous avez raison M. Debray, puisque les robots ne paient pas d'impôt en plus de détruire des emplois. il faut donc taxer les machines en fonction de leur effet sur la société et son économie. Par la suite nous devrions redistribuer cette argent, équitablement, pour que tous bénéficient des retomber technologique.

      là ça pourrait avoir un sens.

  • Gaston Bourdages - Abonné 14 juillet 2016 05 h 46

    Pouvons-nous penser que...

    ....robotisation se veut synonyme de déshumanisation ?
    Une déshumanisation rejetant toute forme d'existence(s) de la dignité...humaine ?
    J'ironise....je m'imagine une dignité robotisée.
    Quel succès de réalisation !
    Le dernier paragraphe de votre fort intéressant «papier» monsieur Rettino-Pazarelli glace le dos.
    Contrairement à l'être humain, le robot n'a pas LE choix. Nous, êtres humains, bénéficions de cet inqualifiable cadeau qu'est celui de la liberté.
    C'est dans cette réalité que nous sommes et serons libres de choisir entre l'Humain et le robot.
    Mon choix est fait.
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2016 10 h 49

      On se pose les mêmes question depuis le XVIIIe siècle. Voudriez-vous éliminer toutes les innovations techniques qui sont apparues depuis trois siècle? Revenir au travail de la terre à bras (et souvent sans même des outils de métal) pour 95% de la population?

    • Gaston Bourdages - Abonné 14 juillet 2016 13 h 47

      Merci monsieur Auclair pour votre fort éclairé questionnement. Loin de moi de vouloir occulter les avantages retirés, comme être humains, des avancés technologiques. J'y soulève une question Est-ce synonyme de déshumanisation ? Si oui, existe-t-il une ou des solutions ? Si non, tout est parfait dans «le meilleur des mondes»
      Mon questionnement provient d'une réalité de ma propre déshumanisation à laquelle j'ai contribué. Puissiez-vous remarquer que «d'autres» y ont aussi contribué.
      Mes respects,
      Gaston Bourdages,
      Auteur.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2016 14 h 10

      Déshumanisation...
      Avant, dans une épicerie, on devait demander oralement chaque article; maintenant, on visite des allées
      Avant, pour communiquer avec quelqu'un, il fallait aller le voir (ou envoyer quelqu'un); ensuite, on a pu écrire, puis téléphoner, plus texter.
      Avant, pour voyager, fallait y mettre le temps. Faire plus de 100 km par jour était impensable. Et on devait descendre dans une auberge ou dormir chez l'habitant chaque nuit.
      Avant, pour retirer de l,argent de son compte, il fallait parler à un caissier ou une cassière.
      Avant, pour avoir un vêtement, fallait visiter un tailleur ou une modiste, ou sa mère ou sa sœur.
      Avant, pour apprendre une langue, fallait parler à des gens qui la parlaient...

      La vie était peut-être plus humaine, mais elle était aussi plus courte, plus douloureuse, plus immobile, plus ignorante, plus ennuyeuse...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 juillet 2016 23 h 54

      @ SA Bizarre, au moment où il y en a plusieurs qui se questionnent sur
      la qualité de vie "d'aujourd'hui" versus "autrefois", que vous affirmiez qu'elle était plus ennuyeuse, plus ignorante, etc ...mais par rapport à
      quoi, à qui...C'est facile quand, comme vous, on habite le futur de ces "ignorants", des ces "ennuyeux".
      "Demain" faudra-t-il transférer ces épithètes à vous et à vos contemporains.?
      l'humanisme n'a pas de frontière dans le temps.

  • René Pigeon - Abonné 14 juillet 2016 09 h 32

    Une amélioration de la qualité en vie dans les villages et MRC ?

    L’augmentation de la qualité et la réduction des coûts de main-d’œuvre des services enrichiront la vie des régions rurales en permettant d’offrir des services de qualité de ne plus dépendre d’un nombre élevé de clients pour assurer la rentabilité et la faisabilité de services comme la restauration de qualité là où la densité de population ne permet pas actuellement d’offrir plusieurs services. (Les villages et petites villes ne se distingueront plus par le fait d’offrir un soub-oué ou un timorton.)

    Les villages et MRC éloignés peuvent rêver d’offrir des conditions de vie attrayantes pour attirer, ramener et retenir des travailleurs qui espèrent ou exigent la qualité de services offertes par les villes.