Les inégalités ont encore crû aux États-Unis en 2015

Même si toutes les couches de la société américaine ont profité de la croissance économique enregistrée l’an dernier, la plus grande part du gâteau a de nouveau été accaparée par les plus riches. En 2015, le revenu du 1 % le plus riche a bondi de 7,7 % alors que celui du reste de la population, le « 99 % », n’a crû que de 3,9 %. Les inégalités ont donc continué d’augmenter chez nos voisins du Sud, confirme une analyse des données du fisc américain.

L’étude intitulée « Devenir plus riche : l’évolution des inégalités des plus grands revenus aux États-Unis » est signée par l’économiste Emmanuel Saez, professeur à l’Université UC Berkeley, dont l’oeuvre universitaire consiste à documenter l’écart de revenus des Américains chaque année depuis 1913. Sa dernière mise à jour pour 2015 conclut tout de même à un aspect positif : le revenu de l’essentiel de la population (le « 99 % ») a récupéré environ les deux tiers de ce qui a été perdu lors de la Grande Récession, de 2007 à 2009.

« Quoi qu’il en soit, les inégalités de revenus demeurent extrêmement élevées », peut-on lire en introduction de cette mise à jour annuelle. Cette année, plus de la moitié des hausses de revenus (50,5 %) ont été dirigées vers le dixième des Américains les plus fortunés. À lui seul, le « 1 % » au sommet de la pyramide a empoché 22 % de la hausse totale des revenus. L’instauration d’un nouveau palier d’imposition fédéral pour les grandes fortunes en 2013 (+6,5 % pour le travail et +9,5 % pour le gain de capital, calcule Saez) n’a pas eu l’effet escompté de réduire les inégalités, note-t-il. En 2015, il fallait avoir gagné 443 000 $ pour être inclus dans le « 1 % » aux États-Unis. Le revenu annuel moyen de ce groupe est de 1,36 million de dollars.

Les inégalités sont là pour durer

L’économiste Emmanuel Saez juge « improbable » que la tendance cesse, à moins d’une révision draconienne du système d’imposition. « Les changements qui ont été mis en place après la Grande Récession [régulation financière et hausse d’impôt pour les hauts revenus de 2013] ne sont pas négligeables, mais modestes par rapport à l’après-Grande Dépression. » Seul un autre « New Deal » peut renverser la situation, conclut celui qui a déjà coécrit, en français, le livre Pour une révolution fiscale : un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle (Seuil, 2011).

La part de la hausse totale de revenus accaparée par le « 1 % », très importante au début du siècle dernier, a connu une baisse marquée après le « New Deal ». Les effets de la politique de redistribution du président Franklin D. Roosevelt se sont fait sentir à partir de la fin des années 1930 et jusque dans les années 1980. Le « 1 % » a toutefois renoué avec sa prospérité d’antan, accaparant aujourd’hui une part de la hausse comparable à celle d’il y a 100 ans (voir graphique).

Le FMI s’inquiète des inégalités aux États-Unis

Revenant sur sa dernière mission annuelle aux États-Unis, un rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié la semaine dernière se réjouit de la « générale bonne santé » de l’économie américaine, tout en y apportant son grain de sel. Des « défis majeurs pour la croissance durable » sont pointés : la croissance des inégalités de revenus, le haut niveau de pauvreté et la faible productivité des travailleurs. Ces facteurs ont fait en sorte de diminuer la prévision de l’organisation internationale pour la croissance américaine en 2016, à 2,2 % (contre 2,4 % en 2015).

À cela le FMI prescrit un remède de cheval, qui inclut notamment l’augmentation du salaire minimum, une plus grande admissibilité aux programmes sociaux pour la classe moyenne, l’instauration des congés parentaux payés et des prestations pour enfants, et une réforme complète du système d’imposition des entreprises. L’organisation internationale suggère aussi aux États-Unis de rejeter le protectionnisme, justement au moment où le candidat républicain Donald Trump propose de quitter l’ALENA, le marché commun nord-américain.

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