Les banques centrales mobilisées après le choc

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, s’est dit prêt à ajouter 250 milliards de livres aux opérations de refinancement quotidiennes des banques.
Photo: Dylan Martinez Agence France-Presse Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, s’est dit prêt à ajouter 250 milliards de livres aux opérations de refinancement quotidiennes des banques.

Les banques centrales se sont rapidement mobilisées vendredi après le choc du non britannique à l’Europe, se tenant prêtes à intervenir pour prévenir un assèchement de liquidités et contrer des mouvements extrêmes de changes, et leur engagement a semblé rassurer.

Au lendemain du choix des Britanniques de quitter l’Union européenne, et sur fond de forte volatilité des devises et de plongeon des Bourses, les banquiers centraux ont été prompts à réagir et à promettre de mettre à disposition les liquidités nécessaires — un engagement qui a porté ses fruits, comme en témoignait la reprise de l’euro et de la livre en fin de journée. Sur les marchés « le Brexit ne ressemble en rien à un moment Lehman pour l’Europe », a constaté Holger Schmieding, économiste de Berenberg.

Il faut dire que les banques centrales ont vite pris les devants. Concernée au premier chef, la Banque d’Angleterre s’est dite prête à injecter 250 milliards de livres de fonds additionnels, afin d’assurer des liquidités suffisantes aux marchés. Même chose pour la Banque centrale européenne (BCE), « prête à fournir des liquidités supplémentaires, si nécessaire, en euros et en devises étrangères ». Elle a promis d’« assumer ses responsabilités » quant à la stabilité des prix et du secteur financier en zone euro.

Nous respectons la décision des Britanniques et nous demeurerons un partenaire important du Royaume-Uni et de l’Union européenne

 

La Banque du Japon avait ouvert le bal dans la matinée avec un engagement du même type et la Réserve fédérale américaine (Fed) leur a emboîté le pas.

Les « banques centrales du G7 ont pris des mesures » pour prévenir un assèchement de liquidités, a résumé un communiqué de cette instance des sept pays les plus développés. « Nous nous tenons prêts à utiliser les instruments prévus à cette fin ». Les grandes banques centrales, conscientes du risque, s’étaient concertées avant le référendum. Et, hasard du calendrier, beaucoup de gardiens de la monnaie auront à nouveau l’occasion de le faire de visu la semaine prochaine, où un colloque organisé par la BCE les réunira à Sintra, au Portugal. Mario Draghi (BCE), Janet Yellen (Fed) et Mark Carney (Banque d’Angleterre) devraient être de la partie.

Bill Morneau

Dans une déclaration écrite, le G7 a affirmé respecter le résultat du référendum et a dit avoir bon espoir que l’économie du Royaume-Uni et les secteurs financiers resteront vigoureux. Le groupe a toutefois ajouté qu’il reconnaissait que la volatilité excessive et les mouvements désordonnés des taux de change pouvaient avoir un impact négatif sur la stabilité économique et financière.

Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, a souligné que « plus tôt aujourd’hui, j’ai parlé avec mes collègues, les ministres des Finances du G7, ainsi qu’avec les gouverneurs des banques centrales alors que nous continuons de suivre de près l’évolution de l’économie mondiale et des marchés mondiaux à la suite de la publication des résultats du référendum, et nous réaffirmons notre confiance dans l’économie et le secteur financier du Royaume-Uni. Bien qu’on puisse s’attendre à une volatilité de l’économie et du marché, l’économie canadienne est en position favorable et nos institutions financières sont bien capitalisées. Les marchés mondiaux sont résilients et fonctionnent normalement. »

M. Morneau d’ajouter : « Nous respectons la décision de la population britannique et nous demeurerons un partenaire important du Royaume-Uni et de l’Union européenne. »

Accord de 2013

L’approvisionnement de l’économie en liquidités se fait par le biais des opérations de refinancement quotidiennes des banques centrales à destination des banques, normalement dans leur devise respective. Ce sont ces opérations que Mark Carney, le patron de la Banque Angleterre, est prêt à gonfler de 250 milliards de livres.

En vertu d’un accord datant de 2013, les six plus grandes banques centrales mondiales — la BCE, celles d’Angleterre, du Japon, du Canada, de Suisse et la Fed — s’engagent en sus à se fournir mutuellement des liquidités dans leurs devises respectives en cas de turbulences financières. Cela permettra à la Banque d’Angleterre d’approvisionner les banques britanniques en livres, mais aussi en euros ou en dollars si elles se retrouvaient à sec, par exemple si aucune autre banque ne voulait leur en prêter. La Banque d’Angleterre emprunterait à cette fin des dollars auprès de la Fed et des euros auprès de la BCE.

Avant d’être institutionnalisé, ce type d’opérations a déjà été beaucoup utilisé au moment de la crise financière de 2008-2009 et en 2011 pendant la crise de la zone euro, lorsque les banques américaines ne prêtaient plus de dollars aux banques européennes.

Vendredi matin, les turbulences sur le franc suisse, valeur refuge par excellence, ont également conduit la Banque nationale suisse à intervenir sur le marché des changes pour stabiliser sa monnaie, prisée par les investisseurs en période d’incertitude. Mais de manière générale, en fin de journée le soulagement prévalait. Selon M. Schmieding, c’est aussi grâce à l’action soutenue des banques centrales même en temps normal — la BCE injecte 80 milliards d’euros dans le circuit économique chaque mois avec son « QE » — que l’emballement a été évité vendredi, notamment sur le marché obligataire.
 

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