Ces milliardaires de la City qui financent le «Leave»

La moitié des donations reçues par les partisans du Brexit provient de quelques financiers libertariens, que l’idée de régulation hérisse.

Dans le genre cow-boys, ils sont plutôt la version retraitée : crânes dégarnis, ventripotents, habillés de costumes-cravates… Mais leur vision de l’économie est bien celle du Far West : la loi du plus fort. Le shérif, que ce soit Bruxelles ou le régulateur britannique, les incommode. Ils sont ultra-minoritaires, mais très riches : quelques dizaines de dirigeants de hedge funds, d’économistes, de courtiers… La plupart d’entre eux financent la campagne du Brexit. Entre le 1er février et le 22 avril (derniers chiffres disponibles), ils ont contribué à la moitié des 8 millions de livres (11,6 millions $CAN) de donation reçus par ce camp.

Peter Hargreaves, qui aura bientôt 70 ans, est de loin le plus généreux. Le milliardaire a versé 3,2 millions de livres à Leave.eu, l’organisme officiel qui fait campagne pour sortir de l’Union européenne (UE). À peine de quoi égratigner sa fortune estimée à 2,2 milliards de livres. En 1981, dans sa chambre qui lui servait de bureau, il a créé Hargreaves Lansdown, une société d’investissement tournée vers les petits porteurs. Aujourd’hui, celle-ci a 783 000 clients et gère 73 milliards d’euros. M. Hargreaves, qui a revendu son entreprise, garde de cette expérience de self-made-man une croyance absolue dans l’entrepreneuriat et la prise de risques.

Sentiment de liberté

« Je crois honnêtement que l’UE ne fait que rendre la vie difficile à tout le monde. » Que répond-il aux avertissements du gouvernement britannique, du Fonds monétaire international, de l’immense majorité des économistes, qui préviennent que la croissance du Royaume-Uni pâtirait d’un Brexit ? « Le sentiment d’insécurité est une bonne chose, réplique M. Hargreaves. Hors de l’UE, nous nous sentirons un petit peu isolés, et ce sera très bien. » Selon lui, ne pas se reposer sur ses lauriers obligera le Royaume-Uni à devenir plus compétitif.

Le premier ministre David Cameron réplique qu’il est trop facile de donner des leçons quand on est milliardaire : « L’insécurité est peut-être fantastique si vous êtes un dirigeant de hedge fund, mais pas si vous êtes ouvrier dans une usine d’automobiles, ou agriculteur ou étudiant. » La société Hargreaves Lansdown a tenté de prendre ses distances, soulignant que les opinions de son fondateur n’engageaient que lui.

David Buik est un autre de ces cow-boys. À 72 ans, ce farouche défenseur de la place financière de Londres est l’un des courtiers les plus connus du grand public. Pour cet habitué des chaînes d’informations en continu, quitter l’UE serait un immense soulagement. « Bien sûr, au début, il y aura des problèmes. Mais nous y gagnerons un tel sentiment de liberté. La City est bien assez forte pour résister. » Quid de JP Morgan ou de HSBC qui menacent de délocaliser leurs emplois en cas de Brexit ? « Je leur souhaite de très bonnes vacances. Allez en Europe si vous voulez, mais je vous le prédis : vous reviendrez à Londres. »

Selon lui, la dérégulation financière menée par Londres depuis les années 1970 rend la City inattaquable. « Nous avons dominé le marché de l’eurodollar dans les années 1970, aboli les contrôles des changes, dérégularisé la finance avec le “big bang” — grande réforme sous Margaret Thatcher. Je suis très fier de ce que nous avons réussi. »

Roger Bootle, cravate club, épaisses lunettes carrées et, comme ses congénères, presque entièrement chauve, est le fondateur de Capital Economics, un institut de recherche économique très utilisé à la City. Régulièrement, il prédit l’éclatement de la monnaie unique. « Sortir de l’UE sera s’ouvrir sur le monde. Regardez les résultats économiques catastrophiques de l’Europe depuis deux décennies, par rapport à nous, aux États-Unis ou au reste du monde. »

Asphyxier la finance

Les hedge funds partagent le sentiment d’être en lutte permanente contre Bruxelles, qu’ils accusent de chercher à « asphyxier la finance ». Ils sont particulièrement en colère depuis qu’en 2009, juste après la crise financière, l’UE a imposé une directive pour encadrer les investissements alternatifs.

Mais les dirigeants de ces fonds ont souligné, à juste titre, ne pas être responsables de l’explosion des subprimes, qui venait des grandes banques. Paul Marshall, qui dirige Marshall Wace, l’un des plus gros fonds spéculatifs de la City, ne décolère pas. « Plutôt qu’une réponse rationnelle, basée sur des faits, la Commission européenne a sauvagement attaqué les hedge funds et laissé les banques et leurs lobbyistes presque intouchés », écrivait-il en février dans une tribune publiée par le Financial Times. Il cite un député européen belge, qui aurait dit : « Si vous êtes dans un bar et qu’une bagarre démarre, vous ne frappez pas la personne qui a commencé la rixe, mais la personne que vous avez toujours voulu frapper. » Pour M. Marshall, Bruxelles cherche à tuer la City. Lui réplique en appliquant la même logique à l’UE, et en votant pour le Brexit.

 

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 22 juin 2016 03 h 12

    Les Leave ?

    Ben oui ces gens n'ont-ils pas toujours bénificiers de mesures d'exceptions, n'est ce pas le propre de toutes monarchies, n'est ce pas le régime du Canada, ce pourquoi le Canada plait tellement , combien de pays dans le monde ou tu peux prendre possesssion de toute une région, enfin quand je dis region je suis gentils, actuellement ce sont toutes nos terres et nos rivieres qui les interessent et surtout le fleuve st Laurent et nos politiciens pas plus intelligents font comme si rien ne se passait, ne me demander pas de les nommer, comme les mots servent a bien camouflés les leave, les leave de quoi des passedroits, ou des droits tout court Londres 65% de toute les évasions fiscales, combien mériterait la prison