Une invitation à investir

File d’attente pour visiter un Boeing 777 d’Air India lors d’un salon de l’aviation à Hyderabad, en mars dernier
Photo: Noah Seelam Agence France-Presse File d’attente pour visiter un Boeing 777 d’Air India lors d’un salon de l’aviation à Hyderabad, en mars dernier

New Delhi — L’Inde a annoncé lundi une réforme assouplissant les règles d’investissement direct étranger (IDE) dans l’aviation civile, la défense et plusieurs autres secteurs afin d’attirer les capitaux étrangers.

Neuf secteurs sont concernés par cette nouvelle réglementation qui permettra en particulier à des investisseurs étrangers de détenir à 100 % une compagnie aérienne locale, sous réserve du feu vert du gouvernement. Le premier ministre Narendra Modi a qualifié sur Twitter cette réforme de « radicale », assurant quelle fera de l’Inde « l’économie la plus ouverte du monde en matière d’IDE ». Ces changements sont destinés à permettre aux groupes étrangers de produire plus facilement en Inde, pays connu pour la lourdeur de ses procédures administratives, a expliqué la ministre du Commerce, Nirmala Sitharaman.

80 millions
C'est le nombre d'Indiens qui ont pris l'avion en 2016. Le deuxième pays parmi les plus peuplés de la planète n'est que le 9e marché du transport aérien au monde.

En vertu de ces nouvelles règles, il devrait être plus facile également pour un groupe comme Apple d’ouvrir ses boutiques en propre en Inde, les conditions d’approvisionnement local ayant été assouplies. Le groupe américain avait subi un revers le mois dernier lors de la visite de son patron Tim Cook en Inde, le gouvernement ayant refusé de revenir sur sa clause de fabrication de 30 % du produit localement pour permettre au groupe d’ouvrir des propres magasins.

Transport aérien abordable

« Bienvenue dans le monde du transport aérien à prix abordable », s’est enthousiasmé le secrétaire d’État indien à l’aviation civile, Rajiv Nayan Choubey, en présentant, mercredi, une réforme destinée à accélérer la croissance d’un secteur promis à un bel avenir. Le deuxième pays parmi les plus peuplés de la planète n’est que le 9e marché du transport aérien au monde. Le gouvernement souhaite le hisser au 3e rang d’ici à 2022.

Seuls 80 millions d’Indiens ont pris l’avion en 2016. Le gouvernement veut augmenter le nombre de passagers en améliorant les dessertes régionales. Il va pour cela fixer le prix d’une heure de vol à 2500 roupies (48 $CAN) vers de nombreuses villes moyennes, à l’écart des mégapoles où se concentrent 90 % du trafic. Le manque à gagner des compagnies sera compensé par un « fonds de connectivité » en partie alimenté par les deniers publics.

De nouveaux aéroports

L’Inde devra construire de nouveaux aéroports, entre 50 et 80 d’ici trois ans, selon le ministère de l’aviation civile, et, surtout, exploiter les aéroports flambant neufs, mais désespérément vides. Celui de Jaisalmer, aux portes du désert, ressemble à une cathédrale de verre depuis son inauguration en mars 2013. Il a fermé ses portes en 2015 depuis que la compagnie aérienne Kingfisher Airlines a déposé le bilan. Il y a dans le pays 55 aéroports fantômes, dont 30 qui continuent de dépenser de l’argent pour rester opérationnels.

Le gouvernement va également renforcer la compétition sur les lignes internationales. Il a amendé la règle dite des « 5-20 rule », laquelle obligeait les compagnies désireuses d’opérer des vols à l’étranger d’exploiter au moins 20 avions depuis cinq ans. Désormais, elles pourront ouvrir des lignes internationales à la seule condition qu’elles consacrent au moins 20 appareils ou 20 % de leurs capacités à des vols intérieurs. Les nouveaux entrants, à l’instar de Vistara, détenue par Singapour Airlines et l’indien Tata, ou AirAsia, vont pouvoir concurrencer les compagnies aériennes déjà établies sans être obligés d’attendre cinq ans.

Air India toujours endettée

« Nous allons nous concentrer sur des investissements massifs en Inde et augmenter notre flotte », a réagi Amar Abrol, le directeur d’AirAsia India. La réforme de l’aviation civile imposera aussi de nouvelles règles, comme en cas de catastrophes naturelles, lesquelles sont de plus en plus fréquentes en Inde. En pareilles circonstances, les compagnies ne pourront augmenter leurs tarifs que dans la limite de 4500 roupies.

« Cette nouvelle politique va aider l’industrie à reprendre de l’altitude », espère Jitender Bhargava, l’ancien directeur d’Air India, dans les colonnes du Hindustan Times daté du 17 juin. Cette réforme de l’aviation civile était attendue depuis de longues années. Plusieurs gouvernements s’y sont attelés depuis treize ans, sans parvenir à remplacer la loi datant de 1934, mise en place pendant la colonisation britannique. Le gouvernement n’a fait aucune annonce relative au redressement de la compagnie publique Air India, endettée à hauteur de 7,5 milliards de roupies (150 millions $CAN). Le ministre de l’aviation civile, Gajapathi Raju, a déclaré début juin que « son bilan financier était si mauvais » que, en cas de vente, « aucun acheteur ne s’y intéresserait ».

La perspective d’une hausse du trafic aérien est une bonne nouvelle pour les avionneurs européens et américains. Avec seulement 3 vols pour 100 habitants par an, contre 30 en Chine, le secteur affiche un certain potentiel de croissance. Boeing et Airbus évaluent les besoins du marché indien à environ 1700 nouveaux appareils d’ici les vingt prochaines années, pour un montant compris entre 220 et 240 milliards de dollars américains. « La croissance en Inde peut compenser le ralentissement de l’activité dans d’autres parties du monde », déclarait, en mars, Dinesh Keskar, le vice-président de Boeing pour l’Asie-Pacifique.


80 millions
C'est le nombre d'Indiens qui ont pris l'avion en 2016. Le deuxième pays parmi les plus peuplés de la planète n'est que le 9e marché du transport aérien au monde.