Vers la création d’une banque verte?

Un projet ambitieux de banque verte prend forme au Canada.
Photo: Pedro Castellano Getty Images Un projet ambitieux de banque verte prend forme au Canada.

La lutte canadienne contre les changements climatiques et la décarbonisation de l’économie doivent passer par la création d’une « banque verte », plaident les instigateurs d’une campagne qui ont récemment commencé du travail de sensibilisation auprès des autorités fédérales.

La Coalition canadienne pour le financement sobre en carbone, qui s’est inscrite au registre fédéral des lobbyistes en mai, imagine un organisme public dont l’objectif serait de mobiliser des capitaux privés. Combien ? Sans s’être donné un objectif formel, on évoque la perspective de 10 milliards d’ici 2020.

« Pour vous donner une analogie, ça pourrait être quelque chose comme la Société canadienne d’hypothèques et de logements, qui est une institution financière du secteur public qui soutient des prêts afin de faciliter le travail du secteur privé dans l’immobilier », a affirmé vendredi Lorraine Becker, une conseillère en politiques environnementales dont le parcours professionnel inclut ALUS (Alternative Land Use Services), Shell, Shaw Communications et Penn West Exploration.

Le projet est si récent que Mme Becker et son époux, Bryan Becker, issu du monde informatique, n’ont pas fini de construire le conseil d’administration. Cependant, celui-ci compte déjà Leo de Bever, ancien grand patron de l’Alberta Investment Management Corporation. Il a aussi été vice-président au régime ontarien Teachers de même que chez Manuvie.

Un modèle qui se reproduit

Il existe 13 banques d’investissement vertes en activité dans le monde, la grande majorité ayant été créées au cours des trois ou quatre dernières années. Selon l’OCDE, qui y fait référence dans un rapport publié il y a deux semaines, il s’agit d’une voie que les pays auraient tout intérêt à étudier.

« Afin de déployer des efforts sérieux visant à mobilier les investissements sobres en carbone et réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre d’ici la fin du siècle, les gouvernement doivent se pencher sur les manières dont les banques vertes pourraient les aider à accélérer », a écrit l’OCDE.

La Coalition canadienne pour le financement sobre en carbone mentionne la collaboration d’Ottawa et des provinces sur le front climatique dans la foulée de la rencontre du début du mois de mars à Vancouver entre Justin Trudeau et les premiers ministres. Le Canada adhère à l’objectif de la conférence de Paris visant à limiter à deux degrés Celsius le réchauffement de la température de la planète.

Le plan qui émergera éventuellement de ces efforts entre Ottawa et les provinces devront idéalement inclure un projet de banque verte, selon la Coalition. Une récente tournée auprès des représentants de certains ministères et cabinets s’est bien déroulée, a dit M. Becker.

La structure et le degré d’indépendance des banques vertes peut varier d’un État à l’autre, dit M. Becker, mais parmi les modèles qui pourraient servir d’inspiration figurent la Connecticut Green Bank et la UK Green Bank. Celle-ci n’a qu’un actionnaire — le gouvernement britannique — et utiliser des fonds publics pour financer des projets et attirer du capital privé.

« Il n’y a pas assez d’argent public pour financer les gestes et les projets qui permettront au Canada d’honorer ses engagements climatiques », dit Mme Becker. « Au Canada, comme dans la plupart des pays, le capital patient disponible pour les grands projets d’infrastructures repose au sein des investisseurs institutionnels. Il est crucial de les impliquer. »

Le New York Green Bank, par exemple, met de l’avant plusieurs types de véhicules de placement pour intéresser les investisseurs afin de financer des projets allant du solaire à la biomasse en passant par l’efficacité énergétique.

Même l’Ontario a mentionné la création possible d’une banque verte il y a une semaine, dans son plan d’action climatique. Le cabinet de Kathleen Wynne a affirmé que la banque « aiderait les propriétaires résidentiels et les entreprises à accéder aux technologies écoénergétiques et à les financer afin de réduire la pollution par les gaz à effet de serre produite par les immeubles ».