Pauvres travailleurs au salaire minimum

Aux États-Unis, les travailleurs à bas salaire se battent depuis des mois pour obtenir que le salaire minimum soit porté à 15 $US l’heure. Au Québec, une étude démontre qu’un « salaire viable » devrait être de 15,10 $ l’heure.
Photo: Archives Agence France-Presse Aux États-Unis, les travailleurs à bas salaire se battent depuis des mois pour obtenir que le salaire minimum soit porté à 15 $US l’heure. Au Québec, une étude démontre qu’un « salaire viable » devrait être de 15,10 $ l’heure.

L’idée du salaire minimum à 15 $ l’heure fait son chemin aux États-Unis. Ici, cette cible coïncide avec la notion de « salaire viable » et avec cette réalité voulant que plus du quart des salariés québécois soient des « travailleurs pauvres ».

Le 1er mai prochain, le salaire minimum au Québec sera augmenté de 20 ¢ pour passer à 10,75 $ l’heure, une hausse de 1,9 %. Statistique Canada l’avait déjà démontré dans une étude publiée en 2014 sur Les hauts et les bas du salaire minimum de 1975 à 2013. Sur une base réelle, en dollars constants de 2013, le salaire minimum est resté au même niveau qu’en 1975, les hausses décrétées au fil de ces 40 ans n’ayant permis que de protéger le pouvoir d’achat tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation.

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) va plus loin en mesurant le concept de « salaire viable », dont le calcul limité l’an dernier à Montréal et Québec s’étend cette année aux villes de Trois-Rivières, Saguenay et Sept-Îles. Est comparée au salaire minimum la relative subjectivité d’un salaire décent permettant de combler des besoins de base élargis et de dégager une marge de manoeuvre pour améliorer sa situation. Selon la moyenne de tous les salaires viables calculés, l’IRIS arrive à la cible de 15,10 $ l’heure, pour un travail à temps plein de 37,5 heures par semaine.

Cette cible varie de 13,59 $ (à Trois-Rivières) à 19,58 $ (à Sept-Îles) pour une personne seule. Elle baisse en présence d’enfants, les prestations gouvernementales pour enfants aidant, soit entre 10,75 $ et 19,32 $ (pour les mêmes villes extrêmes) pour un parent célibataire avec un enfant, de 11,67 $ à 16,33 $ pour un ménage composé de deux adultes travaillant à temps plein et de deux enfants. « Nos calculs ont établi des liens directs entre l’évolution du salaire viable, la présence de services publics (principalement un réseau de transport en commun) et les transferts et les crédits gouvernementaux », prend soin de préciser l’IRIS. S’ajoute le coût de la vie différent d’une ville à l’autre, dont celui associé à la nourriture. Sans oublier qu’« une personne seule aura tendance à payer plus d’impôts qu’un ménage avec enfants », soulignent les auteurs de l’étude, Philippe Hurteau et Minh Nguyen.

Dans leur note socio-économique, les chercheurs à l’IRIS mentionnent que « la manière actuelle de fixer le salaire minimum au Québec ne reflète pas les besoins réels des gens qui gagnent ce salaire… Nous sommes arrivés au constat qu’un salaire minimum à l’échelle du Québec devrait être fixé à 15,10 $ l’heure pour respecter les différents critères qui fondent la notion de salaire viable. » Et l’on souligne que plus d’un million de personnes au Québec travaillent pour moins de 15 $ l’heure, soit 26 % des salariés. De ces personnes recevant le qualificatif de « travailleurs pauvres », 57 % sont des femmes, et près de 60 % ont 25 ans ou plus.

L’IREC aussi

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) pointe dans la même direction. Dans une fiche technique publiée lundi, il rappelle qu’en plusieurs endroits aux États-Unis, des campagnes pour un salaire minimum à 15 $ l’heure commencent à porter leurs fruits. L’IREC ajoute que la hausse de 1,9 % le 1er mai prochain est légèrement supérieure à l’augmentation de l’indice des prix à la consommation. Mais « cette amélioration est en bonne partie factice puisque le rattrapage à venir des prix énergétiques ne sera pas adéquatement compensé par les hausses actuelles si d’autres mesures ne sont pas prises ».

L’IREC retient cependant qu’en matière de salaire minimum, le Québec se situe à mi-chemin entre les taux canadiens les plus bas et les plus élevés. En valeur relative, selon un rapport entre le taux du salaire minimum et le salaire médian le Québec, avec un ratio de 50 %, tient également la comparaison avec le reste du Canada. Mais à l’échelle de l’OCDE, « 20 des 27 pays membres qui ont des lois sur le salaire minimum signalent des ratios supérieurs à ceux du Canada, et 13 d’entre eux ont des ratios égaux ou supérieurs à ceux du Québec et de l’Ontario ».

L’IREC évoque l’accroissement « dramatique » des inégalités de revenu et l’adéquation entre la faible progression des salaires et la croissance économique anémique pour inviter le gouvernement du Québec à s’inspirer de ce qui se passe au sud de la frontière. À « planifier sur le moyen terme, si possible en collaboration avec l’Ontario, une cible de 15 $ l’heure et l’atteinte d’un ratio de 55 % ».