C.D. Howe dégonfle le PTP

Les secteurs qui en profiteraient le plus au Canada seraient ceux de l’agroalimentaire (dont les viandes de boeuf et de porc), des produits du bois, du matériel de transport et des services financiers et aux entreprises.
Photo: iStock Les secteurs qui en profiteraient le plus au Canada seraient ceux de l’agroalimentaire (dont les viandes de boeuf et de porc), des produits du bois, du matériel de transport et des services financiers et aux entreprises.

Le Partenariat transpacifique (PTP) aura un impact économique « modeste » au Canada, estime une étude du C.D. Howe, soit tout juste positif s’il s’y joint, et à peine négatif s’il s’en exclut.

Les chercheurs estiment ainsi que s’il est ratifié, l’accord conclu cet automne par le Canada et 11 autres pays ajoutera tout au plus 3 milliards (ou 0,08 %) au produit intérieur brut (PIB) annuel canadien à l’horizon de 2035. Si le Canada choisissait au contraire de faire faux bond aux autres et ne ratifiait pas l’entente, il nuirait à ses échanges commerciaux et ses investissements de telle manière qu’il lui en coûterait 1,7 milliard (ou 0,026 %) en 2035.

« Notre analyse montre que même d’ambitieux soi-disant accords globaux et approfondis comme le PTP ont peu d’effets dans un marché mondial déjà très ouvert où toutes sortes d’autres mécanismes parallèles réduisent les irritants qui nuisent au commerce et à l’investissement », observent les auteurs de l’étude d’une vingtaine de pages dévoilée jeudi. Les gains attendus sont d’autant plus timides qu’on n’a pas voulu réduire les hautes barrières commerciales que certains pays conservent dans quelques « secteurs sensibles », comme le riz au Japon et les produits sous gestion de l’offre au Canada.

Environ 90 % des retombées économiques positives devraient atterrir dans les poches de trois pays : les États-Unis, le Japon et le Vietnam, estime l’étude. Le Canada, la Malaisie et la Nouvelle-Zélande devraient aussi faire des « gains tangibles ». Quant aux six autres signataires du PTP, dont l’Australie, Singapour et le Mexique, ils n’y gagneraient rien.

Les secteurs qui en profiteraient le plus au Canada seraient ceux de l’agroalimentaire (dont les viandes de boeuf et de porc), des produits du bois, du matériel de transport et des services financiers et aux entreprises. Les producteurs de lait, d’automobile, de vêtements et de textiles, de produits chimiques, de plastique et de métal accuseraient un recul. Certains secteurs, comme l’automobile, semblent condamnés à perdre des plumes quoi qu’il arrive, observe le C.D. Howe.

En mission commerciale dans la capitale de l’Union européenne, Bruxelles, la ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, a dit, lors d’une téléconférence avec des journalistes, vouloir lire l’étude avant d’y réagir. Elle s’est toutefois réjouie de voir une organisation de la société civile nourrir le débat sur la question. Son gouvernement a promis de mener une large consultation publique avant de décider du sort de l’accord conclu par ses prédécesseurs conservateurs.

Nouvel appui précieux pour l’AECG

En Europe pour dire tout le bien qu’elle pense d’un autre traité commercial en voie de ratification, celui-là entre le Canada et l’Union européenne, Chrystia Freeland s’est dite « très optimiste » quant à son adoption par les Européens. Elle s’est notamment félicitée de l’appui à l’Accord économique et commercial global (AECG) exprimé en sa présence la semaine dernière à Berlin par le vice-chancelier allemand et leader des sociodémocrates, Sigmar Gabriel. Chef de fil d’un courant politique jusque-là très critique de l’entente et dont l’appui sera essentiel pour obtenir le feu vert du Parlement européen, l’Allemand a présenté l’AECG comme une occasion en or d’établir une nouvelle « référence internationale » vers l’établissement de « règles commerciales progressistes ».

Le renversement d’humeur des sociaux-démocrates allemands vient notamment des changements apportés au controversé mécanisme de règlement des différends permettant à des investisseurs de poursuivre les États. Les modifications visent à ce qu’il repose sur un tribunal permanent constitué de juges indépendants, qu’il s’accompagne d’un droit d’appel, qu’il soit plus transparent, qu’il sanctionne financièrement les poursuites injustifiées et que l’on réaffirme clairement le droit des gouvernements d’adopter les lois qu’ils veulent pourvu qu’elles soient les mêmes pour tous. Ottawa et Bruxelles espèrent une signature de l’AECG cette année pour une entrée en vigueur en 2017.