La transparence promise par Suncor est jugée insuffisante

Suncor s’engage à une plus grande transparence au sujet de ses activités de lobbying, mais un groupe militant qui veut faire approuver une résolution formelle lors de l’assemblée du 28 avril, SumOfUs, estime que l’entreprise pétrolière ne va pas assez loin.

Impliquée dans le débat public sur la décarbonisation de l’économie davantage que bien d’autres entreprises pétrolières, Suncor a annoncé lundi qu’elle publierait cet été deux listes dans son rapport de développement durable : les organisations commerciales auxquelles elle verse plus de 50 000 $ par année et celles auxquelles elle verse plus de 100 000 $.

Suncor, un des gros joueurs dans l’exploitation des sables bitumineux, s’est aussi engagée à expliquer un peu plus la manière par laquelle elle entend fonctionner dans un monde « sobre en carbone ».

L’entreprise de Calgary « présente un bon bilan relativement à la transparence de ses communications », a-t-elle affirmé, et elle croit que « les renseignements supplémentaires à propos de la résilience de notre stratégie commerciale dans une transition vers un avenir sobre en carbone sont profitables pour nos actionnaires et intervenants ».

Hormis sa production dans les sables bitumineux, Suncor exploite quatre raffineries et vend de l’essence dans le réseau de 1450 stations Pétro-Canada. La baisse des cours du pétrole a fait mal. Alors que les profits se chiffraient dans les milliards depuis quelques années, la compagnie a dû inscrire une perte de 2 milliards en 2015, résultat d’une chute de ses revenus qui sont passés de 39,8 milliards à 29,2 milliards.

Pas suffisant

Dans une proposition qui sera soumise au vote des actionnaires lors de l’assemblée annuelle à Calgary, le groupe SumOfUs, qui a déjà croisé le fer avec Tim Hortons et WestJet, en demande plus : la liste des paiements consacrés au lobbying direct et indirect, le processus de décision de la direction et du conseil sur le choix des organisations, etc. L’entreprise recommande aux actionnaires de rejeter la proposition.

« Nous saluons le geste de Suncor, mais ça ne rejoint pas ce que nous demandons », a dit en entrevue Emma Pullman, stratège en chef des campagnes de SumOfUs. « Nous croyons que les actionnaires ont besoin de recevoir plus d’information au sujet des paiements de lobbying, surtout lorsqu’il est question de paiements supérieurs à 100 000 $. Dans ce cas-ci, on ne saura pas si Suncor fait des paiements de 101 000 $ ou 5 millions à des organisations comme l’Association canadienne des producteurs pétroliers. »

Suncor affirme que ses activités de lobbying sont en règle (par l’usage des registres, par exemple), mais SumOfUs fait valoir qu’une grande transparence est de mise, car il s’agit des fonds de l’entreprise et que ces dépenses peuvent entraîner des risques réputationnels.

Adaptation

L’autre proposition qui sera soumise au vote des actionnaires porte sur la stratégie que Suncor compte mettre en avant alors que la société tente de décarboniser son économie pour réduire la consommation d’hydrocarbures et les émissions de gaz à effet de serre. Cette proposition, qui jouit de l’appui de la direction, a été transmise par NEI Investments, une firme de fonds communs de 6 milliards appartenant à parts égales au Mouvement Desjardins et à Provincial Credit Union Centrals.

« Suncor a mis en place de nombreux éléments d’une solide stratégie de gestion des GES et s’est positionnée comme précurseur sur cette question par rapport aux sociétés comparables », peut-on lire dans la proposition de NEI. Par exemple, NEI fait référence aux « tests de résistance des prix du carbone », aux investissements en recherche et développement et à la qualité de ses données sur la gestion de ses GES. Cependant, précise NEI, les actionnaires veulent savoir comment Suncor va s’adapter dans un monde à faibles émissions. L’entreprise est d’accord. Dans son communiqué publié lundi, Suncor affirme que le Rapport sur le développement durable, en juillet prochain, contiendra des détails.

« Le processus qui a mené à notre résolution était le résultat d’un long dialogue, et NEI ne voulait pas soumettre une proposition si Suncor n’était pas pour l’appuyer », a dit Jamie Bonham, directeur de la recherche et de l’engagement sur les industries extractives chez NEI. Le fait que Suncor donne sa bénédiction fait croire à M. Bonham que l’appui des actionnaires pourrait dépasser le seuil des 90 %.

1 commentaire
  • Benoit Thibault - Abonné 19 avril 2016 19 h 02

    Tout à fait justifier comme demande

    Il suffit de mesurer le risque associé au scandale sur la connaissance qu'Exon oil avait sur l'usage du pétrole et les risques climatiques cela dès les années 1980 et du lobbying financé par Exon pour faire de la désinformation sur ces risques.

    Cela a contribué à un scepticisme qui a longtemps nuis à la prise de conscience ce qui aura des effets.

    Des procureurs américains sont à regarder les possibilitées de poursuite.

    SANCOR doit montrer patte blanche sur la nature de ces actions. Le risque financier est bel et bien réel.