Tata Steel se retire du Royaume-Uni

Environ 45 000 travailleurs de l’acier manifestaient à Duisbourg, en Allemagne, leur inquiétude quant à la survie de leur industrie. 
Photo: Patrick Stollarz Agence France-Presse Environ 45 000 travailleurs de l’acier manifestaient à Duisbourg, en Allemagne, leur inquiétude quant à la survie de leur industrie. 

Le géant indien de la sidérurgie Tata Steel a annoncé lundi la vente de ses activités acier long en Europe et donné le coup d’envoi de son désengagement du Royaume-Uni avec la mise en vente de sa filiale locale.

Alors que la sidérurgie européenne est confrontée à une crise profonde, Tata Steel a signé un accord avec le fonds britannique Greybull Capital pour lui céder ses activités acier long pour la somme symbolique d’une livre. Cette division, qui comprend une usine en France, à Hayange (Moselle), et une autre dans le nord de l’Angleterre, à Scunthorpe, emploie actuellement 4800 personnes, dont 4400 à Scunthorpe. Le fonds a annoncé qu’il allait consacrer 400 millions de livres à un plan d’investissements et de financement de l’entreprise, qui sera relancée sous le nom British Steel. Une nouvelle saluée par le secrétaire général du syndicat Community, Roy Rickhuss, car garantissant selon lui « l’avenir de l’activité acier long » au Royaume-Uni.

Quant à Tata Steel UK, « le processus formel [de vente] a démarré aujourd’hui », lundi, a annoncé le groupe, moins de deux semaines après avoir décidé de se défaire de tout ou partie de ces activités acquises il y a près d’une dizaine d’années, faute de pouvoir les rentabiliser selon lui. Principale raison invoquée pour expliquer ce retrait : la concurrence déloyale de l’acier chinois, exporté à un prix bradé. Mais Tata Steel a aussi mis en cause des coûts de fabrication élevés, la faiblesse de la demande sur le marché domestique et une monnaie volatile.

Sa décision, rendue publique le 29 mars, a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le pays et entraîné une pluie de critiques contre le gouvernement de David Cameron, accusé d’avoir laissé venir la crise malgré les alertes du secteur. Et d’avoir au final privilégié ses relations commerciales avec la Chine. Londres est en effet accusé de s’être opposé aux efforts de l’Union européenne pour renforcer ses barrières tarifaires afin de protéger son acier, notamment face aux importations chinoises.

Une critique reprise lundi par le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron, après une rencontre à Strasbourg avec des eurodéputés et la commissaire chargée de l’Industrie, Elzbieta Bienkowska. « Je constate que l’on ne peut pas s’indigner chez soi des effets de la crise sidérurgique et ne pas prendre toutes les mesures que l’on peut prendre pour répondre à ce que sont des comportements inacceptables qui fragilisent notre industrie sans raison », a lancé M. Macron devant des journalistes.

Ce dernier doit participer lundi prochain avec notamment le secrétaire d’État aux entreprises du Royaume-Uni, Sajid Javid, et la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à une réunion à Bruxelles organisée par l’OCDE sur les excédents de capacité dans le secteur de l’acier.

Pour tenter de rattraper le coup et montrer la volonté du gouvernement de trouver le meilleur repreneur possible, le ministre des Entreprises, Sajid Javid, s’était rendu en Inde la semaine dernière pour rencontrer le patron de Tata, Cyrus Mistry, afin de s’assurer que le document de vente stipulerait bien « que le gouvernement britannique ait un rôle vis-à-vis de tout repreneur potentiel ».

Lundi, M. Javid a déclaré devant les députés britanniques « être en contact avec des acheteurs potentiels », à qui il a signifié « que le gouvernement est prêt à aider, ce qui inclut co-investir avec un acheteur » pour tenter de préserver les milliers d’emplois directs concernés, dont 4000 sur le site géant de Port Talbot (Pays de Galles).

Pour l’instant le seul groupe à avoir publiquement exprimé un intérêt pour la filiale britannique de Tata Steel est Liberty House, propriété du magnat indien Sanjeev Gupta. Ce dernier, que M. Javid doit rencontrer mardi, avait suggéré qu’il pourrait éventuellement redresser l’activité sans suppressions d’emploi, en la réorientant en partie. « Je voudrais le faire, mais je ne peux pas m’y engager, a-t-il toutefois bémolisé dimanche dans le Sunday Telegraph. C’est une trop grosse opération pour faire n’importe quoi. Cela pourrait mettre en péril l’entreprise dans son ensemble. » Lundi, il a répété dans le Times qu’il voulait prendre le temps de la réflexion même si Tata, qui affirme perdre un million de livres par jour, est pressé de vendre.

Ces annonces sont survenues alors que 45 000 salariés allemands de la sidérurgie manifestaient lundi à travers l’Allemagne à l’appel du syndicat IG Metall pour clamer leur inquiétude. « Il faut combattre les importations à bas prix en provenance de Chine et empêcher le renchérissement des certificats de CO2 », a plaidé IG Metall en référence à une réforme proposée par Bruxelles du système de négoce de certificats d’émissions de CO2, qui pénaliserait davantage les industries polluantes.