Gaz Métro est mise à contribution dans la politique énergétique

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, au lancement de la politique énergétique de son gouvernement
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, au lancement de la politique énergétique de son gouvernement

Saluée par de larges pans des milieux des affaires et industriel, la politique énergétique du gouvernement Couillard fait appel à Hydro-Québec, mais aussi à Gaz Métro, à laquelle l’État demande de se doter d’une marge de manoeuvre de 10 % pour s’ajuster aux besoins des entreprises qui voudraient débarquer au Québec ou de celles souhaitant convertir leurs procédés.

Présenté dans la politique comme une « énergie de transition », le gaz naturel émet moins de gaz à effet de serre (GES) que d’autres combustibles fossiles, mais Québec affirme qu’en raison de la « saturation des gazoducs », des sociétés qui en deviendraient de grands clients « éprouvent des difficultés à garantir à l’avance leur approvisionnement en gaz naturel ».

La capacité additionnelle ne viendrait pas de nouveaux gazoducs, mais d’une compression en amont du Québec, a dit la présidente de Gaz Métro, Sophie Brochu, qui se réjouit de l’annonce. « Les modalités restent à définir, mais le gouvernement constate, comme nous, que pour construire une capacité de transport en amont, il faut aviser le grand transporteur, TransCanada, trois ans à l’avance », a dit Sophie Brochu au Devoir.

« Là, Québec veut donner une indication, à nous et à son organisme de réglementation, pour dire “développez-vous une marge de manoeuvre” », a dit Mme Brochu. Les documents de la politique indiquent que c’est à la Régie de l’énergie que reviendra la tâche de « prendre en compte le coût de cette dépense récurrente » lorsqu’il faudra établir les tarifs.

Quel sera l’impact sur les clients ? « L’objectif ici n’est pas d’alourdir indûment la facture des consommateurs de gaz naturel », a dit Mme Brochu. « À une époque, le Québec avait des capacités excédentaires sur des contrats à long terme, et chaque hiver on revendait les capacités dont on n’avait pas besoin. Parfois, le marché secondaire est même plus payant que le marché primaire », a dit Mme Brochu.

Réactions positives

Le gouvernement s’est donné comme objectif de réduire les émissions de GES de 37,5 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990.

De nombreux regroupements ont accueilli favorablement la politique énergétique, qui promet « plus de soutien » aux entreprises industrielles pour les aider à convertir leurs procédés. Ce soutien n’est pas chiffré. Plusieurs ont noté que le document énumère beaucoup d’objectifs, mais que les moyens concrets pour les atteindre ne sont pas encore connus.

« Nous ne nous interrogeons pas tant sur les objectifs que sur l’échéancier et les moyens d’y parvenir », a affirmé le président du Conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval, dont l’organisme apprécie le « cadre prévisible » de la politique. « Puisque les entreprises ont déjà contribué pour beaucoup à la réduction globale de nos émissions de GES, le gouvernement se doit de prévoir des mesures de soutien, notamment en allouant une portion significative du Fonds vert à leur accompagnement, et ce, dans les stratégies de transfert, d’évitement et d’amélioration de la consommation énergétique. »

L’intention de Québec d’augmenter la production d’électricité chez Hydro-Québec s’accompagne dans le document d’une « mise en valeur » de la production éolienne grâce, entre autres, à l’exportation. Québec veut que les coûts de production de l’éolien n’aient pas d’impact sur les tarifs aux clients.

Les Manufacturiers et exportateurs du Québec ont salué le plan tout en affirmant que « le recours aux technologies vertes doit s’accompagner de certitudes quant à la compétitivité de notre économie ».

6 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 8 avril 2016 09 h 32

    Le grand nettoyage...

    Que Philippe Couillard commence donc par nettoyer son propre parti avant de penser à nettoyer l'atmosphère.. L'ambiance politique ne cesse de nous étouffer depuis qu'il est au pouvoir et pollue les débats. Ce Philippe Couillard qui ne cesse de garder la porte ouverte au projet de pipeline Énergie Est, n'a aucune crédibilité en matière d'environnement.

    Et cette subite déclaration n'est qu'une tentative de diversion pour essayer de reprendre le contrôle l'agenda politique, alors que son parti est si accablé par la corruption, qu'il mériterait d'être destitué puisqu'élu de manière illégitime avec l'argent sale de son organisation politique criminelle.

    Christian Montmarquette

  • Pierre Lavallée - Inscrit 8 avril 2016 15 h 18

    Un ramassis de vœux pieux

    Le dévoilement hier de la toute "nouvelle" politique énergétique du gouvernement Couillard. Ayant personnellement participé à la rédaction des politiques énergétiques au cours des années 90 comme directeur des politiques d'hydrocarbures, j'ai lu avec attention le document intitulé "Politique Énergétique - Horizon 2030". Je dois toutefois avouer que j'ai rarement vu un tel ramassis de vœux pieux sans aucune action concrète permettant de croire à l'atteinte des objectifs fixés.

    Elle va très certainement plaire aux écolos puisqu'elle est vertueuse à souhait notamment en ce qui a trait à cette volonté de réduire de 40 % le volume des produits pétroliers consommés. Le défi toutefois, ce n'est pas tant d'énoncer l’objectif que d'enclencher des mesures précises permettant de l'atteindre.

    - Le gouvernement va-t-il oser augmenter la taxe sur les carburants ?

    - Les véhicules les plus gourmands en carburant (les moteurs de 2 litres et + par ex.) seront-ils frappés d'une surprime proportionnelle à leur empreinte de carbone lors de leur immatriculation?

    - Quelle mesure fiscales prendra l'État pour favoriser l'achat de véhicules électriques qui sont, aujourd'hui, hors de prix.

    Mais même si l'atteinte des objectifs fixés parait bien irréaliste, il y a en plus des incongruités flagrantes dans ce document:

    - En augmentant la part du gaz naturel au dépend du pétrole, cela ne réduit en rien notre dépendance à l'égard des énergies non renouvellables.

    - Miser sur le gaz anturel c'est nécessairement miser sur le gaz de schiste et ses méthodes d'extraction qui font grincer des dents les population locales.

    - Le document parle aussi de réactiver la distribution du "gaz naturel liquifié"; est-on en train de nous annoncer discrètement la réactivation de l'odieux projet Raba$ka qui visait à implanter un port méthanier juste en face de l'Ile d'Orléans.

    Bref un document mièvre, imprécis et bourré de contradictions et qui laisse place à toutes les interprétations.

  • Marc Brullemans - Abonné 8 avril 2016 16 h 45

    Politique et énergie = Mélange explosif

    Monsieur Desjardins souligne à juste titre l'importance de Gaz Métro dans la nouvelle politique énergétique québécoise rendue publique hier. Et rapidement, après un détour via la grande industrie, on aboutit (3e paragraphe) à TransCanada, ce "grand transporteur qu'il faut aviser des années à l'avance". Et lorsqu'on ajoute à ces joueurs Hydro-Québec, le concept de substitution énergétique nous vient à l'esprit, avec des points rouges à Bécancour, aux Iles et ailleurs en région éloignée. Comment réduirons-nous nos émissions de GES en utilisant de plus en plus de méthane? En n'incluant pas ou mal les émissions fugitives dans les inventaires?... Et qu’en sera-t-il de la transparence entourant les contrats à long terme qui seront accordés?

  • Benoît Landry - Inscrit 8 avril 2016 20 h 54

    Gaz naturel.....

    Ça sent le gaz de schiste ça....

  • Daniel Grant - Abonné 8 avril 2016 21 h 26

    Gaz naturel! L'arsenic est naturel aussi.

    … en allouant une portion significative du Fonds vert à leur accompagnement,…

    Wow, on image où va être dépensé notre fond vert. Les pétrolières savent comment se faire subventionner.

    C’est très inquiétant de voir comment Couillard est en train de nous enfoncer dans un projet rétrograde, destructeur et source de conflits internationaux avec le gaz naturel.

    Il est vrai que le gaz “naturel” ne pollue pas au stage de consommation, MAIS comment s’est-il rendu au Québec.

    L’empoisonnement de notre biosphère par le pétrole/gaz se fait en 4 stages: production-transport-distribution et consommation.

    Est-ce que Couillard et le conseil du patronat peuvent se déresponsabiliser et ignorer qu’à tous les autres stages, l’environnement est empoisonné par les autres et chez les autres pour fournir le Québec?

    Que pour produire du gaz “naturel” la méthode de plus en plus utilisée est la fracturation, qui produit des tremblements de terre (jusqu’à 3 par jour, entre 900 et 1000 par an), des éboulements de terrain, des émanations de Méthane qui sont 86 fois pires que le CO2, et persiste dans l’air pendant 20 ans, des évacuations de villages complets, la contamination de l’eau potable, dégradation des terres agricoles, empoisonnement des territoires de chasse et pêche chez les premières nations (Fort Chipewyan) etc..

    Est-ce que Dr. Couillard se déresponsabilise de la mortalité causée par la dégradation de l’environnement (OMS rapporte qu’une personne sur quatre en meurt). Même chose pour l’empoisonnement de la faune et la flore.

    Bel avenir!