Les assureurs posent un risque à l’économie mondiale, met en garde le FMI

Un juge américain a donné raison à l’assureur MetLife, qui contestait son statut d’institution trop importante pour faire faillite.
Photo: Archives Associated Press Un juge américain a donné raison à l’assureur MetLife, qui contestait son statut d’institution trop importante pour faire faillite.

Les assureurs présentent un risque grandissant pour la stabilité financière mondiale, met en garde le Fonds monétaire international (FMI).

La tendance des compagnies d’assurance à investir dans des actifs de plus en plus similaires que les autres acteurs financiers, de même que leur plus grande propension à courir des risques dans l’espoir de compenser la faiblesse des taux d’intérêt font « que dans les pays avancés, la contribution de l’assurance vie au risque systémique s’est accrue durant ces dernières années », a expliqué lundi le FMI dans un chapitre de son futur Rapport sur la stabilité financière dans le monde, attendu la semaine prochaine.

Même si l’on admet que ce risque posé par les assureurs « reste toutefois clairement inférieur à celui des banques », on presse les autorités de surveillance nationales de s’inspirer des nouvelles règles bancaires adoptées à la suite de la dernière crise financière et de ne pas seulement se soucier de la solidité des compagnies d’assurance prises individuellement, mais aussi de l’ensemble du système.

Acteur financier important, l’industrie mondiale de l’assurance dispose aujourd’hui d’actifs totaux qui s’élèvent à 24 000 milliards $US. Devant s’assurer que les rendements lui permettent de répondre à ses obligations à court et long terme, elle est notamment aux prises avec la faiblesse des taux d’intérêt. Bien que la répartition globale de ses placements n’ait pas tellement changé, la volatilité de ses actifs a cru au même moment, faisant craindre que son éventuelle chute brutale coïncide avec un moment où le reste du marché financier ne serait pas en meilleure posture pour répondre au besoin de l’économie.

Le FMI s’en fait particulièrement avec le comportement des compagnies d’assurances les plus petites et les plus fragiles, qui ont aussi été celles qui ont pris le plus de risques dans leurs investissements ces dernières années dans l’espoir de se refaire. Bien que moins importantes individuellement, ces plus petites entreprises peuvent aussi constituer un risque systémique si elles se mettent à bouger de concert. Au lieu de l’habituelle mise en garde contre les institutions trop importante pour l’économie pour qu’on les laisse faire faillite (too big to fail), le FMI parle cette fois-ci des institutions trop nombreuses pour faire faillite (too many to fail).

Le FMI recommande entre autres que l’on exige plus de transparence de la part des assureurs en ce qui a trait à la taille de leurs actifs et de leurs obligations et qu’on les soumette, comme les banques, à des tests de résistance. Il faudrait aussi, dit-on, s’assurer que ces sociétés se constituent un coussin financier durant les bonnes années afin de pouvoir, durant les années plus difficiles, faire face à leurs obligations financières.

La finance de l’ombre

L’analyse du FMI a été réalisée trop tôt pour pouvoir revenir sur la décision, la semaine dernière, d’une juge fédérale américaine qui s’est rendue aux arguments de la compagnie d’assurance MetLife qui contestait le processus qui lui a valu le statut d’institution trop importante pour faire faillite. Déterminé par les autorités nationales et internationales, ce statut s’accompagne d’obligations et d’une supervision plus sévères. On s’attend à ce que la décision soit portée en appel.

Seulement huit autres compagnies d’assurance dans le monde sont actuellement soumises à ce régime. Il s’agit des Américaines AIG et Prudential Financial, des Britanniques Aviva et Prudential PLC, de l’Allemande Allianz, de la Française AXA, de la Néerlandaise Aegon et de la Chinoise Ping An.

Le monde de l’assurance fait l’objet d’une attention de plus en plus importante de la part des autorités d’encadrement et de surveillance des marchés financiers, comme tous les autres acteurs du fameux système bancaire parallèle, ou shadow banking, qui comprend les fonds d’investissement, fonds monétaires, courtiers et autres fonds de couverture (hedge funds) qui agissent sur les marchés sans être soumis aux mêmes règles que les banques.

La Banque du Canada participe à ce long et vaste exercice aux côtés de ses vis-à-vis des autres pays. L’Autorité des marchés financiers du Québec (AMF) est, quant à elle, en pleine révision de ses lignes directrices en matière de gouvernance des compagnies d’assurances.

Le poids de la Chine

Dans un autre chapitre de son prochain Rapport sur la stabilité financière, le FMI prend acte de l’influence grandissante des économies émergentes sur les cours boursiers et les taux de change. Il estime que ces pays « expliquent désormais plus d’un tiers de la variation des rendements des actifs » dans le monde.

De manière générale, cette influence croissante semble moins liée à la taille des économies proprement dite qu’à leur degré d’intégration dans l’économie et la finance mondiales. Ce dernier constat est toutefois moins vrai pour la plus grande économie émergente de toutes, la Chine, dont l’influence sur le monde tient bel et bien, dans ce cas, à ses « fondamentaux économiques ».

Ce constat arrive alors que les ratés de la longue transition de l’économie chinoise d’un modèle de croissance centré sur les manufacturiers et les exportations vers un modèle centré sur les services et la consommation intérieure ont fait vivre de fortes émotions aux marchés boursiers depuis un an.

Le FMI prend bien soin d’avertir qu’il « est probable que les effets de contagion de la Chine sur les marchés financiers mondiaux s’intensifieront considérablement au cours des prochaines années ».


Une reprise économique trop lente, dit Lagarde

La reprise économique mondiale reste « trop lente » et « trop fragile » par rapport aux risques croissants liés au ralentissement chinois et à la morosité des pays développés, a estimé mardi la patronne du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

« La bonne nouvelle, c’est que la reprise continue, nous avons de la croissance, nous ne sommes pas en crise. La moins bonne nouvelle, c’est que la reprise reste trop lente, trop fragile et que les risques qui pèsent sur sa durée de vie augmentent », a déclaré la dirigeante à Francfort, en Allemagne.

Dans une semaine, le FMI dévoilera ses nouvelles prévisions de croissance mondiale lors de son assemblée de printemps à Washington. « Je ne vais dévoiler aucun chiffre ici », mais « il y aura une légère révision » à la baisse par rapport à la dernière prévision, qui table sur une croissance du PIB mondial de 3,4 % en 2016, a prévenu la responsable de l’institution internationale.

« La dynamique de croissance a été perdue », a convenu Mme Lagarde dans son discours, citant le ralentissement chinois, l’effondrement du cours des matières premières et la reprise « plus modérée que prévu » dans beaucoup de pays riches.

Selon la dirigeante, l’incertitude économique est par ailleurs « exacerbée » par la menace du terrorisme et celle « silencieuse » des épidémies et par les guerres et persécutions qui poussent les populations à l’exil.
1 commentaire
  • Jean-Yves Arès - Abonné 6 avril 2016 18 h 14

    On avait un exemple il y a quelques semaines ici.


    On prétend avoir fabriquer des solutions au problème de risque de longévité, mais ne demander pas de détails précis, il faut croire et avoir la foi...

    Et puis et puis, si vas mal et que la mistéreuse patente se coince on a juste a déclarer faillite et jouer les innocents comme en 2008.

    http://www.ledevoir.com/economie/finances-personne