Les travailleurs repoussent l’heure de la retraite

La Liberté 55 serait-elle un mythe ? Une étude de l’Institut de la statistique du Québec démontre en fait une croissance marquée de l’emploi chez les gens de 55 ans et plus au cours de la dernière décennie.

Le Bilan du marché du travail pour 2015, qui vient d’être publié, révèle en effet que de 2005 à 2015, l’emploi chez les 55 ans et plus a crû de 311 000, soit une progression de 64 %.

À titre de comparaison, pendant la décennie étudiée, l’emploi chez les gens de 25 à 54 ans n’a crû que de 60 000, soit 2 %. Et chez les gens de 15 à 24 ans, il n’a crû que de 20 600, soit de 4 %.

Ainsi, en 2005, les jeunes travailleurs étaient plus nombreux que les travailleurs plus âgés. Mais depuis 2009, la tendance s’est inversée.

Au cours d’une entrevue, Luc Cloutier-Villeneuve, analyste en statistiques du travail à l’Institut de la statistique du Québec, a expliqué ce phénomène par deux facteurs : le vieillissement de la main-d’oeuvre — c’est-à-dire un facteur démographique — et une participation accrue des gens de 55 ans et plus au marché du travail — un facteur plus comportemental.

« C’est une cohorte, les baby-boomers, qui est atypique par rapport à celles qui les précédaient. Donc, c’est normal qu’on observe de gros changements dans le marché du travail. Mais, du moment où ils vont commencer à quitter le marché du travail, là on va voir un autre phénomène : est-ce que les cohortes qui les suivent auront les mêmes comportements, est-ce qu’elles vont travailler plus longtemps ? » s’est demandé M. Cloutier-Villeneuve.

PME et manufactures

De même, bien qu’on entende souvent dire que les emplois d’aujourd’hui sont surtout créés par les PME, une étude plus fine des statistiques de l’emploi révèle que ce sont surtout les moyennes entreprises qui ont vu leur emploi croître.

Ainsi, de 2005 à 2015, l’emploi a crû de 180 000 dans les entreprises de 20 à 99 employés, alors qu’il a crû moitié moins, soit une croissance de 88 000, dans les entreprises de moins de 20 employés.

Pour ce qui est des industries, encore une fois, on remarque le déclin de l’industrie manufacturière. En 2015, l’emploi dans cette industrie s’établissait à 489 000. Il s’agissait du niveau le plus bas depuis 1976, soit près de 40 ans.

« Les fluctuations reflètent les cycles économiques, les conjonctures, les effets de récession. Il y a eu un pic en 2002 ; on avait atteint au-dessus de 650 000 emplois ; on avait atteint un sommet dans l’emploi manufacturier. Et par la suite, on a la dégringolade à partir de 2002 jusqu’au début des années 2012-2013, où il y a une certaine stabilité qui s’est installée », a précisé M. Cloutier-Villeneuve.

En 2015, l’emploi a connu une hausse dans l’industrie des services professionnels, scientifiques et techniques, dans le commerce, les administrations publiques, les services aux entreprises, les services aux bâtiments et autres services de soutien, de même que dans le transport et l’entreposage.

Ces industries ont également enregistré leurs nombres d’emplois les plus élevés depuis 1976.

4 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 26 mars 2016 12 h 27

    Ont-ils le choix de travailler?


    La démographie leur donne une plus grande part de la population, ce qui augmente nécessairement leur nombre au travail. Mais il faut regarder aussi du coté de leur revenus, et pour un bon nombre d'entre eux, hors travaille, ce sont les revenus de l'assitance sociale qui les attends !

    Voir ce graphique du seuil des bas revenus selon le groupe d'âge,
    http://tinyurl.com/z8ybmxh
    tiré de la page 10 ici,
    http://www.ledevoir.com/documents/pdf/cirano_refor

    Un des auteurs de cette étude est Jean Yves Duclos, actuel ministre de Famille Enfants et Développement social du gouvernement libéral a Ottawa.

    Il y a justement un article sur lui dans Lapresse.ca ce matin.
    http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politi

    Extrait :
    « Dans nos recherches, nous avions noté que cette politique [repport de la retraite à 67 ans du gouvernement Harper] allait mettre 100 000 personnes âgées en situation de pauvreté, dit-il. Les 20 % les moins nantis allaient perdre 40 % de leurs revenus, les 20 % les plus riches allaient perdre 5 % de leurs revenus. »

    Il reste que l'annulation de l'augmentation de l'âge de la retraite représente un très sérieux défi économique vu les sommes colosales qui sont en jeux et sont aussi croissés avec une forte arrivé de nouveaux prestataires que sont les baby bommers, ainsi que doublé d'une espérance de vie toujours plus longue !

    Il ne faut pas oublier que l'expression ''répartition de la richesse'' implique réduire aux uns pour donner aux autres.

    Ici le gouvernement Trudeau se contente de distribuer de l'argent emprunté sur l'activité économique future. On ne fait donc pas une répartition mais plutôt une fuite en avant qui ne peut être heureuse que dans une perspective de développement économique qui se concrétise et se maintient.

  • Ronald Houde - Abonné 26 mars 2016 12 h 55

    Retraite??? C'est quoi la retraite???

    J'ai 58 ans et je dois vous avouer que je n'ai aucune intention de prendre ma retraite de si tôt, si jamais je la prends. J'oeuvre dans un milieu stimulant qui me force à toujours chercher et apprendre, mais maintenant, je suis capable de tirer avantage d'un baggage de vécu pour le faire efficacement. Aussi, je peux mettre ce baggage à profit pour aider à mettre en place une nouvelle économie et une nouvelle société, alors pourquoi mettrais-je tout celà sur une tablette pour faire quoi en remplacement???
    Suis-je unique??? Peut-être, dans la foulée de la triviliasition du travail typique du 20ème siècle, avec son lot d'emplois mornes, mécaniques et dévalorisant. Mais, tout en étant unique, je ne suis pas seul et je crois partager un sentiment avec une vague croissante de baby-boomers qui se sont redéfinis dans un passé plus ou moins récent et ont reléguer aux oubliettes le concept de la retraite.

    • Jean Richard - Abonné 27 mars 2016 09 h 31

      Vous faites partie d'une minorité heureuse car pour la majorité, le travail est, plus souvent qu'à son tour, aliénant.

      Certains retraités, et j'en suis, ne voient pas cette retraite comme étant une longue période de vacances qu'il faut occuper à coups d'activités vacancières (passer sa vie sur une plage ou en jouant au golf, mais redécouvrent parfois que le travail peut être valorisant. Et le meilleur moyen d'être sûr que la motivation à travailler n'est pas l'argent, il suffit de s'impliquer dans des activités bénévoles. On s'y laisse prendre et on ne compte plus les heures.

    • Hélène Gervais - Abonnée 28 mars 2016 07 h 20

      Moi j'ai 66 ans et je continue à travailler. Je travaille avec des jeunes, ma patronne est plus jeune, et de beaucoup, que ma fille, mais ça ne fait rien. C'est stimulant et comme Monsieur Houde l'écrivait, comme j'ai plus d'expérience de la vie, j'ai plus d'outils aussi. Et financièrement c'est intéressant, car je retire ma pension, ma r.r.q. et mon salaire à 4 jours semaine. J'ai cependant besoin de plus de congés, alors je me permets d'en prendre plus qu'avant, car maintenant après 45 ans de travail environ, j'en ai enfin les moyens. Par contre, je n'ai pas les moyens de de plus travailler.