Qui a peur des déficits d’Ottawa?

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, déposera son budget la semaine prochaine. Le Conseil canadien pour une politique alternative lui fait ses suggestions.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, déposera son budget la semaine prochaine. Le Conseil canadien pour une politique alternative lui fait ses suggestions.

Un déficit de 38 milliards l’an prochain, plutôt que les 28 milliards attendus, accompagné du plan budgétaire approprié permettrait à Ottawa de stimuler la croissance, de sortir 1,1 million de Canadiens de la pauvreté, de réduire les inégalités et d’accélérer un virage vert dans l’économie sans pour autant augmenter le poids relatif de la dette, affirme le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

« Il ne faut pas laisser le concept des déficits fédéraux, même relativement importants, nous effrayer et nous empêcher d’effectuer des investissements des plus nécessaires au Canada », a déclaré la semaine dernière l’économiste principal de l’organisme de recherche de gauche, David Macdonald, au moment de dévoiler pour une vingt et unième fois un « plan économique progressiste détaillé » en prévision d’un budget fédéral. Le document de 186 pages « illustre comment des dépenses bien structurées font plus que compenser tout endettement supplémentaire en renforçant l’économie », a-t-il fait valoir.

Au registre des dépenses, on propose par exemple d’augmenter de 9 milliards les transferts destinés aux ménages aux revenus les plus modestes, d’adopter une prestation pour enfant de 3,4 milliards, d’abolir avec les provinces les droits de scolarité à l’université pour 3,4 milliards à Ottawa, d’ajouter de nouvelles places en soins de longue durée pour 2,3 milliards et de fixer un seuil uniforme de 360 heures de travail pour être admissible à l’assurance-emploi (1,2 milliard).

Du côté des revenus, on recommande d’augmenter les impôts des 5 % les plus riches et d’avoir un impôt sur les successions de plus de 5 millions (+ 6 milliards), de ramener l’impôt des entreprises à son niveau de 2006 (c’est-à-dire à 21 % plutôt que 15 % pour un gain de 9 milliards), et d’instaurer une taxe « Robin des bois » sur les transactions financières (5 milliards).

Pour encourager le virage vert, le CCPA voudrait qu’Ottawa s’assure que tout le monde au pays ait à payer une taxe sur le carbone qui passerait de 30 $ à 50 $ la tonne en cinq ans (18 milliards). Les recettes de cette taxe seraient reversées à parts égales pour compenser ses effets sur les familles à faibles revenus et pour financer le développement d’infrastructures vertes.

Cinq années de déficits

Un tel plan permettrait d’ajouter 1,5 point de pourcentage de croissance dès cette année et 1 point l’année suivante, affirme le CCPA. Le déficit budgétaire augmenterait aussi pour atteindre 38 milliards cette année, 31 milliards l’année prochaine et 24 milliards à la troisième année. L’un dans l’autre, le poids de la dette se maintiendrait aux alentours du niveau actuel de 31 % du produit intérieur brut.

Dans sa dernière mise à jour économique, le ministre des Finances, Bill Morneau, a indiqué le mois dernier que le simple ralentissement économique risquait de porter cette année le déficit budgétaire à 18,4 milliards. Durant la campagne électorale, les libéraux ont par ailleurs fait miroiter des mesures de relance d’environ 10 milliards qui s’ajouteraient à cette somme pour un total d’un peu plus de 28 milliards.

Au rythme où vont les choses dans l’économie, et s’il faut se fier aux promesses électorales du gouvernement Trudeau, il est à prévoir que le déficit budgétaire fédéral se maintiendra à environ 30 milliards par an durant les cinq prochaines années pour un déficit cumulatif de 150 milliards, a prédit la Banque TD il y a deux semaines.

Cris d’horreur à l’IEDM

Ces perspectives sont loin de réjouir l’Institut économique de Montréal (IEDM). Le jour même où le CCPA présentait son plan budgétaire, l’organisme de recherche de droite constatait dans une brève note que « plusieurs économistes de Bay Street recommandent au gouvernement fédéral de délier encore plus les cordons de sa bourse et de faire des déficits plus importants que ceux qui avaient été annoncés lors de la campagne électorale dans le but de “stimuler” l’économie canadienne ». Qu’on se le dise, les déficits publics ne sont pas un bon moyen d’aider la croissance économique et ne contribuent, tôt ou tard, qu’à augmenter les impôts, disait Mathieu Bédard, économiste à l’organisme de recherche de droite.

« Après la crise financière de 2008, ce sont en fait les pays de [l’Organisation de coopération et de développement économiques] qui ont à la fois réduit leurs dépenses publiques et leurs revenus [et] ont réussi à obtenir la croissance annuelle moyenne la plus élevée. À l’inverse, les pays qui ont choisi d’augmenter à la fois leurs dépenses et leur fardeau fiscal ont connu une croissance très faible, et même un recul économique si l’on inclut la Grèce dans ce calcul. »

3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 15 mars 2016 12 h 05

    La Grèce?

    La Grèce est sans doute le pays dont les dépenses ont vu la plus grande baisse au cours des dix dernières années, et aussi celui où les conditions de vie se sont le plus détériorées.

  • Robert Bernier - Abonné 15 mars 2016 12 h 27

    Peut-être, mais ...

    Je ne sais pas si j'aurai le courage de lire le document "de 186 pages qui « illustre comment des dépenses bien structurées font plus que compenser tout endettement supplémentaire en renforçant l’économie »" mais il y a une chose que je sais. Et c'est ceci que ces mesures peuvent être bonnes en temps de faible croissance mais seulement si les gouvernements ont le courage d'aller se refaire en temps de meilleure économie.

    Mais ça, les gouvernements ne le font pas. Ils préfèrent souvent donner des bonbons en période d'élections. Et ces bonbons, c'est avec mon argent, l'argent de mes taxes et impôts, qu'ils les donnent. Ils se paient une belle gueule avec mon fric.

    Et rappelons-nous dans quel état Pierre-Elliot, le père de Justin, a laissé le Canada. Il y avait des années durant lesquelles jusqu'à 36% du budget allait à payer l'intérêt (l'intérêt seulement) sur la dette du Canada. J'ai bien peur que le PLC de Justin ne nous refasse le coup de se faire aimer avec notre argent, et qu'il nous prépare de difficiles lendemains. Et ça c'est sans compter ce qu'on sait, depuis les commissions Gomery et Charbonneau, sur ce qu'il advient facilement des argents trop "libéralement" dépensés.

    Prudence.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Christian Labrie - Abonné 15 mars 2016 21 h 25

    La Grèce n'a pas augmenter les dépenses.

    La Grèce n'a pas augmenté ses dépenses mais les a réduites pour répondre aux exigences des institutions comme la Banque Européenne. Le gouvernement de gauche l'an passé a voulu renverser cette politique mais n'a pas réussi, faute de sortir de la zone Euro. Les affirmations de l'IEDM qui ne réfèrent, ici, à aucune étude, semblent peu crédibles.