Fonds de placement sous surveillance

Serait-il possible qu’un fonds d’actions se garde d’investir dans les combustibles fossiles sans nécessairement le crier sur tous les toits ? Oui, dit la firme new-yorkaise MSCI, qui en a recensé plus de 1050 totalisant 825 milliards de dollars américains.

Voilà l’un des constats d’une analyse de MSCI, ex-filiale de Morgan Stanley spécialisée dans la construction d’indices boursiers, afin d’attribuer à 21 000 fonds du monde entier une note en fonction de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Si la firme new-yorkaise a lancé son système de classification, a-t-elle indiqué cette semaine, c’est pour répondre aux préoccupations de la génération Y, qui est « plus susceptible de croire que l’investissement est une façon d’exprimer des valeurs sociales, politiques et environnements que les baby-boomers ».

Seulement aux États-Unis, les transferts d’actifs au cours des 20 prochaines années seraient de l’ordre de 30 000 milliards, un phénomène qui se manifestera aussi au Canada, toutes proportions gardées. L’opération de MSCI, qui cherche à améliorer la transparence du monde de l’investissement, suit de près l’implantation d’un système de classification ESG chez une autre firme de recherche, Morningstar.

Les 21 000 fonds analysés par MSCI pour leur exposition aux valeurs ESG ont une taille moyenne de 469 millions de dollars américains, le plus gros étant de 175 milliards. L’ensemble des actifs de ces fonds totalise 6600 milliards de dollars.

La grande majorité des fonds d’actions et d’obligations se trouvent dans les deuxième et troisième quintiles, des catégories qui représentent une note « élevée » ou « moyenne ».

L’analyse relève des réalités étonnantes. Par exemple, la moitié des fonds d’actions (environ 6900 sur 15 000) détiennent des placements dans des fabricants d’armes controversées telles que des bombes à dispersion et des mines terrestres. « L’exposition moyenne à ces entreprises était de 2,9 % », a signalé MSCI.

De plus, 146 fonds d’actions « équilibrés » affichaient une exposition de plus de 10 % à des entreprises caractérisées par des réserves importantes de sables bitumineux et de charbon.

Par ailleurs, environ 3200 fonds toutes catégories confondues montraient une exposition de plus de 10 % à des secteurs comme la santé, l’alimentation et les énergies alternatives. « De ces fonds, seuls 14 % portaient chez MSCI l’étiquette de fonds thématiques ou sectoriels. »

En croissance

L’investissement en fonction de critères ESG est en pleine expansion. Les actifs canadiens gérés de cette manière ont atteint 1000 milliards en 2013, selon une estimation publiée l’an dernier par la Banque Royale et l’Association pour l’investissement responsable. Il s’agit d’une augmentation de 68 % en deux ans.

La semaine dernière, la firme de recherche Morningstar, bien connue des investisseurs, a lancé avec Sustainalytics son propre système de notation portant sur 20 000 fonds répartis un peu partout dans le monde.

« Bon nombre d’investisseurs s’intéressent à l’investissement durable mais ne savent pas trop comment le mettre en pratique », a écrit le directeur de la recherche de Morningstar, Jon Hale, dans un communiqué. « Notre système facilite la comparaison des fonds en fonction de leurs caractéristiques ESG. »

L’avènement d’une classification ouverte au grand public, et non restreinte à un petit groupe de spécialistes, ne semble pas plaire à certains acteurs de l’industrie. S’exprimant sous le couvert de l’anonymat, un haut gradé d’une firme de placement européenne a indiqué au Financial Times, il y a de cela deux mois, que « les gestionnaires de portefeuille sont très inquiets. Ils n’ont pas beaucoup porté attention aux valeurs ESG dans le passé et veulent vraiment saisir les implications des cotes de Morningstar ».


 
1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 10 mars 2016 06 h 37

    Le désinvestissement pétrolier est le pire ennemi de l'oléoduc Trans-Canada

    Le désinvestissement pétrolier graduel et secret (pour éviter d'aggraver les pertes boursières) auquel les fonds de retraite semblent s'adonner actuellement compromet l'augmentation de la production pétrolière dans l'ouest canadien et la viabilité économique de l'oléoduc Trans-Canada. Ce gros tuyau aura besoin d'énormément d'argent tout au long de sa vie utile (entretien, réparation, amélioration, assurances) et il en manquera. Se pourrait-il que les pétrolières n'en aient plus besoin dans 15 ans et qu'elles le laissent finalement tomber, un peu comme elles le font actuellement pour celui reliant Montréal à Portland? Qui le démoliera et paiera? Un immense site orphelin à venir...