Un marché de dupes, accuse l’opposition

En annonçant qu’Air Canada ferait faire l’entretien de ses appareils de la CSeries à Montréal, son président et chef de la direction, Calin Rovinescu, a soulevé du mécontentement à Québec comme à Winnipeg.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir En annonçant qu’Air Canada ferait faire l’entretien de ses appareils de la CSeries à Montréal, son président et chef de la direction, Calin Rovinescu, a soulevé du mécontentement à Québec comme à Winnipeg.

Le gouvernement Couillard a conclu un marché de dupes avec Air Canada en laissant tomber la poursuite de Québec concernant le transfert de la maintenance de ses gros-porteurs à l’étranger contre un centre d’entretien pour la CSeries de Bombardier, juge l’opposition.

C’est le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ancien dirigeant d’Air Transat, qui s’est montré le plus virulent, affirmant que Philippe Couillard s’était « fait rouler dans la farine » par Air Canada, après que Bombardier lui eut réservé le même sort.

« Les premiers avions de Bombardier seront livrés à partir de 2019 ; il n’y aura pas d’entretien lourd qui va être fait sur ces avions-là avant 2024. Donc, on a échangé 1800 jobs payantes à environ 35 $ l’heure contre peut-être quelques centaines de jobs dans dix ans », a déploré le chef caquiste.

François Legault doute des talents de négociateur du premier ministre. « Tout un négociateur, ce M. Couillard. Je n’en reviens pas. Il va falloir que quelqu’un fasse quelque chose pour l’arrêter. Il est en train, vraiment, de démolir l’économie du Québec. »

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a vu un « marchandage de bas étage » du gouvernement Couillard qui préparerait le passage du pipeline d’Énergie Est contre une aide financière du gouvernement fédéral à Bombardier.

Le gouvernement du Québec s’apprête à abandonner sa poursuite relativement à la fermeture il y a quatre ans d’Aveos, l’entreprise qui faisait la maintenance des avions d’Air Canada, alors qu’il a remporté en novembre une victoire en Cour d’appel. La permission d’en appeler de ce jugement, permission qui n’a rien d’automatique en l’espèce, n’a pas encore été accordée par la Cour suprême.

Lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, François Legault est revenu à la charge en signalant que les emplois d’Aveos se trouvaient maintenant Singapour, Hong Kong, Tel-Aviv et au Minnesota. « Pourquoi le premier ministre a-t-il fait un cadeau à Air Canada ? Pourquoi il n’est jamais capable de bien travailler lorsqu’il s’agit d’économie ? » a-t-il lancé.

Philippe Couillard

 

En réplique, Philippe Couillard a indiqué que la presque totalité des employés d’Aveos avait été replacée. Il a précisé que la poursuite ne serait abandonnée que si la commande ferme d’Air Canada visant 45 avions de la CSeries se réalise, et si le centre de maintenance est mis sur pied. Ce centre devrait créer 1000 emplois sur une période 15 ans, a avancé le premier ministre.

« À ce que je sache, un litige devant les tribunaux, ça ne crée pas d’emplois, a-t-il fait valoir. Il [François Legault] essaie de transformer une bonne nouvelle pour le secteur aéronautique, malgré les pertes d’emplois [2400 licenciements chez Bombardier au Québec], en mauvaise nouvelle. »

Dans une mêlée de presse, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a indiqué que l’opérateur du « centre d’excellence » n’est pas déterminé. Mais on sait que ce ne sera pas Air Canada. « Tous les détails ne sont pas finalisés », a-t-elle dit. L’État ne serait pas appelé à investir dans ce centre, du moins dans un avenir prévisible. « On n’a nullement discuté d’injection de fonds publics », a révélé la ministre.

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