Vers une nouvelle guerre du 2 X 4?

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Le Canada renonce d’entrée de jeu à la possibilité de réclamer à son voisin américain le libre-échange en matière de commerce du bois d’oeuvre.

L’accord intervenu en 2006 entre les deux pays au terme du dernier épisode de leur éternel conflit dans le secteur et freinant les exportations canadiennes est venu à échéance en octobre. Les partis disposaient à partir de ce moment d’une année de trêve avant que les hostilités ne puissent reprendre et pendant laquelle s’applique exceptionnellement le principe de libre-échange. Le Canada a préféré ne pas attendre la fin de ce délai pour entreprendre des négociations dont l’objectif ne sera pas l’instauration à long terme du libre-échange.

« Pour être très franche, la seule façon d’être sûr de ne pas faire l’objet de litige est de négocier un nouvel accord », a déclaré mardi devant un comité parlementaire à Ottawa une représentante du ministère fédéral des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement (MACD), la sous-ministre adjointe, Kirsten Hillman. « L’entente vise à remplacer le libre-échange, si je puis dire. Il établit un commerce administré et évite ainsi les litiges. »

On voudrait idéalement avoir conclu cette nouvelle entente avant la fin de la trêve en octobre prochain, mais pas au détriment de sa qualité, a-t-elle ajouté. « Est-il possible de trouver un accord qui satisfasse tout le monde ? Si je me fie à mon expérience comme négociatrice [je dirais] que cela n’arrive presque jamais dans la vie. »

Et c’est reparti

Ces déclarations sont la confirmation des pires craintes qu’avait Carl Grenier, ancien vice-président exécutif du Conseil pour le libre-échange dans le bois d’oeuvre, le lobby québécois pro-libre-échange durant le dernier conflit du bois d’oeuvre. Dans cet empressement du Canada à négocier une nouvelle entente — alors qu’il aurait droit d’exiger que les États-Unis honorent, cette fois, leur signature au bas de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) —, on risque de faire l’impasse sur le bilan « extrêmement négatif » du dernier accord pour le Québec et l’Ontario ainsi que sur les changements apportés entre-temps par le Québec à son régime forestier en réponse aux critiques des Américains, explique-t-il dans une lettre aux journaux. Et puis, si les États-Unis n’ont pas voulu simplement reconduire la dernière entente, c’est probablement parce qu’ils voudraient que la prochaine soit plus restrictive encore. L’ancien négociateur commercial canadien suspecte Ottawa de vouloir faire vite maintenant « sous la pression de la Colombie-Britannique, dont l’industrie s’est largement mise à l’abri d’un prochain accord restrictif avec ses investissements aux États-Unis ».

Objet de chicanes commerciales entre les deux pays depuis au moins la Grande Dépression, la vente de bois d’oeuvre canadien aux États-Unis a donné lieu, depuis les années 80, à une succession ininterrompue de conflits et de régimes commerciaux faits de quotas et de tarifs douaniers. En dépit de victoires répétées devant les tribunaux de l’ALENA et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Canada a de nouveau accepté de baisser pavillon la dernière fois au terme d’une lutte de plus de 5 ans.

Rendre justice au Québec

Cette dynamique a durement hypothéqué l’industrie du bois d’oeuvre québécois qui exporte près de la moitié de sa production vers les États-Unis, rapporte Michel Vincent, directeur, Économie et Marchés, au Conseil de l’industrie forestière du Québec. Non seulement a-t-on raté la dernière période de forte demande sur le marché américain en raison du dernier conflit et de ses sanctions commerciales, mais le Québec la réforme en profondeur de son régime forestier a aussi fait mal aux producteurs. Adoptée en 2013, cette réforme a, entre autres, mis en place des mécanismes d’enchères et à des prix plancher afin de faire taire les Américains qui accusaient le gouvernement de subventionner son industrie par des droits de coupes trop faibles sur les terres publiques. On pensait que ces changements permettraient facilement au Québec de se prévaloir d’une disposition de l’accord avec les États-Unis donnant le droit à une région d’être exemptée de quotas et de tarifs si des correctifs importants étaient apportés à son régime forestier. La démarche est toutefois restée lettre morte.

« On est sorti amère et en piteux état de tout cela », note Michel Vincent. En l’espace de dix ans, l’industrie du bois est tombée d’un total de 100 000 à 60 000 emplois, la moitié des pertes venant du secteur du sciage. Comme la reprise dans le secteur immobilier américain tarde encore à se concrétiser, on n’a pas l’impression d’avoir beaucoup profité jusqu’à présent de la parenthèse de libre-échange qui s’est ouverte l’automne dernier ni de l’avantage que devrait conférer la baisse du dollar canadien.

Aujourd’hui, l’industrie québécoise est unanime, prévient-il. Peu importe que le Canada essaie d’obtenir un libre-échange total dans le bois d’oeuvre ou qu’il se contente encore une fois d’une entente particulière. Dans un cas comme dans l’autre, les nouvelles règles devront prendre en compte les changements apportés par le Québec et l’exempter de toute barrière commerciale. « Ce n’est pas vrai qu’on va nous refaire le même coup encore une fois », s’exclame Michel Vincent.

Réponses laconiques

Dans un courriel laconique au Devoir lundi, le MACD a déclaré que la « question du bois d’oeuvre est une priorité absolue pour le gouvernement » et que « des consultations prolongées [ont été tenues] avec les parties prenantes, les provinces, y compris avec le premier ministre de la Colombie-Britannique et un certain nombre de ministres provinciaux ».

Dans un autre courriel au Devoir à peine plus long, le cabinet de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a déclaré jeudi que l’ancien accord avec les États-Unis « assurait la stabilité et la prévisibilité du marché américain pour les producteurs de bois québécois » et qu’on travaillait aujourd’hui pour que « cette stabilité et cette prévisibilité continuent ». On ajoute que le nouveau régime forestier québécois « devrait maintenir et faciliter l’accès au marché américain ».

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 18 février 2016 10 h 27

    "Moron"

    Quand on est dirigé par des "morons" ça donne quelque chose, qui s'apparente à ça!