Québec doit adopter une stratégie au plus vite, plaide Montréal International

Une création artistique intitulée «London Situation Room» et réalisée par Future Cities Catapult et Tekja dans le cadre de l’exposition «Big Bang Data», qui se tenait à Londres, en décembre dernier.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse Une création artistique intitulée «London Situation Room» et réalisée par Future Cities Catapult et Tekja dans le cadre de l’exposition «Big Bang Data», qui se tenait à Londres, en décembre dernier.

Montréal International croit que le Québec a tout ce qu’il faut pour devenir une des capitales mondiales du big data, ce secteur en croissance que certains décrivent comme le pétrole de la révolution numérique. Mais pour ce faire, les gouvernements fédéral et provincial doivent adopter au plus vite des stratégies en la matière, plaide l’organisme.

Si le Québec a pu obtenir le statut de pôle mondial de l’industrie du jeu vidéo en l’espace de 15 ans, il peut faire de même avec le big data (mégadonnées), a illustré mercredi le président-directeur général de Montréal International, Hubert Bolduc, au moment de présenter le premier portrait de cette industrie au Québec.

Ce rapport, réalisé avec l’aide de Québec International, mais également en collaboration avec des partenaires des gouvernements provincial et fédéral et de Montréal, recommande l’adoption de stratégies pour attirer les investissements dans le domaine des mégadonnées et inciter les entreprises québécoises à tirer profit de cette pratique émergente. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Massachusetts se sont déjà dotés de tels plans d’action au cours des dernières années.

« Toutes les entreprises, toutes les industries — que ce soit en agriculture, en transport, en logistique, en ingénierie — peuvent utiliser le big data pour améliorer leur compétitivité, affirme M. Bolduc. Dans sa stratégie, il faut que le gouvernement mette en place des mécanismes qui vont aider le développement de l’industrie. »

Il a bon espoir que la nouvelle ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade, qui était jusqu’à tout récemment p.-d.g. de Montréal International, se montre réceptive à sa demande.

L’attachée de presse de la ministre Anglade, Jolyane Pronovost, a indiqué mercredi qu’« il y a certainement une ouverture » du côté de Québec pour une stratégie en matière de mégadonnées, sans en dire davantage.

Prendre le virage

Le big data, ou mégadonnées, c’est le traitement d’un volumineux ensemble de données que les outils classiques ne parviennent pas à analyser. Des supermarchés utilisent par exemple les données d’achats de leurs clients pour offrir un programme de récompenses spécialisé, et des agriculteurs ajustent l’irrigation de leurs champs en fonction des données recueillies par une série de capteurs.

Les spécialistes du secteur comparent les mégadonnées au pétrole : les données n’ont pas une grande valeur à l’état brut, mais elles deviennent très utiles lorsqu’elles sont traitées et raffinées.

« Les gens disent poliment que c’est comme du pétrole, je dirais plutôt que c’est comme de la bouette. On a les capacités, depuis très récemment, de collecter une très grande quantité de données. Mais ces données-là sont très difficilement utilisables. Et le génie du big data, c’est d’en extraire la valeur », résume le directeur du tout nouveau Centre de recherche en données massives de l’Université Laval, François Laviolette.

Au Québec, de grandes entreprises comme Google, IBM ou Microsoft, des bannières connues comme Metro ou Aldo, et une panoplie de PME sont déjà actives dans le domaine des mégadonnées.

« Je pense que dans cinq ans, le virage du big data aura été fait, poursuit le professeur. La question est de savoir si au Québec, on veut le faire plus vite que partout ailleurs dans le monde. »

Selon la firme de consultation Frost Sullivan, le marché mondial des mégadonnées connaîtra un taux de croissance annuel moyen de 25 % entre 2014 et 2020. « Si ce domaine peut avoir une croissance aussi importante qu’on le prédit, je ne vois pas pourquoi le Québec ne devrait pas s’y mettre », insiste M. Bolduc.

Le rapport dévoilé mercredi met en lumière le potentiel d’attractivité du Québec, autant que ses faiblesses. La province peut compter sur une industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) bien établie, une expertise en recherche, plusieurs spécialistes et étudiants dont les compétences sont liées aux mégadonnées et des coûts d’exploitation moins élevés qu’aux États-Unis.

En revanche, le Québec est en compétition avec plusieurs autres pôles en Europe et en Amérique du Nord, ses entreprises sont encore peu nombreuses à avoir intégré l’utilisation des mégadonnées et le nombre de spécialistes du domaine est encore insuffisant.

Le professeur Laviolette précise que le Québec n’est pas dans une situation unique et que la pénurie de main-d’oeuvre spécialisée est un problème mondial. Montréal International recommande donc la mise sur pied de formations adaptées pour permettre au Québec de prendre les devants.

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