Une saison dans la vie de Manuel

Chaque été, des hommes et des femmes venus du Mexique, du Guatemala, du Honduras ou des Antilles participent aux récoltes chez les agriculteurs québécois, des emplois que la main-d’œuvre locale boude.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chaque été, des hommes et des femmes venus du Mexique, du Guatemala, du Honduras ou des Antilles participent aux récoltes chez les agriculteurs québécois, des emplois que la main-d’œuvre locale boude.

La réforme de la Loi sur l’immigration au Québec oublie une main-d’oeuvre « indispensable », déplore la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’oeuvre agricole étrangère (FERME), qui réclame la reconnaissance formelle des travailleurs temporaires saisonniers.

Le projet de loi 77 distingue différents types de ressortissants étrangers qui souhaitent séjourner au Québec de manière temporaire : les travailleurs temporaires, les étudiants étrangers et les personnes de passage pour un traitement médical. En créant une nouvelle catégorie, celle des travailleurs temporaires saisonniers, FERME estime que le gouvernement simplifierait la tâche des nombreux producteurs agricoles qui dépendent de ces employés venus du Mexique, des Antilles, du Guatemala ou du Honduras.

« Le temps est venu de faciliter le recours aux travailleurs étrangers temporaires et de mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires afin d’assurer leur intégration harmonieuse et la pérennité des entreprises qui font appel à cette main-d’oeuvre indispensable », écrit l’organisme dans un mémoire soumis mardi soir lors de son passage devant commission parlementaire qui étudie le projet de loi 77.

Dans la réforme présentée par le gouvernement Couillard, les travailleurs temporaires saisonniers sont inclus dans la catégorie des travailleurs temporaires. Selon le directeur général de FERME, Denis Hamel, les travailleurs saisonniers devraient bénéficier d’un statut différent et de critères d’admissibilité plus « souples » parce qu’ils sont dans une classe à part. Ces travailleurs occupent des emplois boudés par les travailleurs québécois et jusqu’à 90 % d’entre eux sont rappelés chaque année.

« Devant la pénurie chronique de main-d’oeuvre dans l’agriculture, l’apport des travailleurs étrangers ne cessera de croître, et il est dans l’intérêt de tous que ces travailleurs puissent continuer de contribuer concrètement à la vitalité de notre économie, fait-on valoir dans le document d’une quinzaine de pages. Sans la main-d’oeuvre étrangère, un grand nombre d’entreprises agricoles ne pourraient survivre, et les emplois plus spécialisés occupés par de la main-d’oeuvre locale disparaîtraient aussitôt. »

Délais allongés

Le secteur agricole a été partiellement épargné par la réforme du programme fédéral des travailleurs étrangers temporaires, entrée en vigueur l’an dernier. Les producteurs qui embauchent des travailleurs saisonniers n’ont pas à respecter de quotas d’employés étrangers ou à encaisser d’importantes hausses de frais administratifs, mais ils font malgré tout face à des délais qui s’allongent, dénonce M. Hamel.

La multiplication des retards dans le traitement des demandes des travailleurs saisonniers « se traduit par des pertes financières importantes pour les producteurs agricoles », dit-il. Avant la réforme, un travailleur arrivait au Québec en l’espace de trois mois. Aujourd’hui, le délai a doublé. « Ça veut dire que le producteur agricole doit faire sa demande alors que ses travailleurs sont encore dans le champ », illustre M. Hamel.

Le gouvernement fédéral se charge de l’essentiel du processus d’acceptation des travailleurs temporaires saisonniers, mais Ottawa et Québec ont tous les deux leur mot à dire lorsque vient le temps d’évaluer l’impact de ces travailleurs sur le marché du travail.

À travers le Canada, seul le Québec effectue cette double vérification. « Il n’y a aucun avantage. Ça complexifie les démarches et ça allonge les délais », juge le directeur général de FERME.

Voilà pourquoi son organisme demande au gouvernement québécois d’alléger le fardeau administratif des entreprises agricoles. « Nous estimons qu’à l’intérieur d’une refonte législative aussi importante, il y a des rendez-vous manqués, dont la simplification du processus administratif, souligne-t-on dans le mémoire présenté aux élus. Les producteurs agricoles du reste du Canada sont avantagés parce que leurs démarches sont moins complexes, moins longues et moins onéreuses. »

« Pourquoi le ministère québécois de l’Immigration ne se retirerait pas carrément de la sélection des travailleurs, pour laisser un programme pancanadien fonctionner de la même façon et éviter de porter un préjudice aux producteurs québécois par rapport à leurs compétiteurs de l’Ontario ou des autres provinces ? » ajoute M. Hamel.

L’organisation représentant près de 900 entreprises souhaite à tout le moins qu’Ottawa et Québec permettent aux producteurs d’accueillir des travailleurs chaque été pendant trois ou cinq ans, leur évitant ainsi de recommencer les démarches administratives chaque année.

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