Les PME québécoises sont hésitantes

Les dirigeants des PME du Québec interrogés ont indiqué que le manque de personnel qualifié et l’absence de soutien gouvernemental approprié ralentissent leur capacité d’investir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les dirigeants des PME du Québec interrogés ont indiqué que le manque de personnel qualifié et l’absence de soutien gouvernemental approprié ralentissent leur capacité d’investir.

Les intentions d’investissement des PME québécoises sont à « contre-courant » des prévisions de croissance économique, révèle un nouveau rapport de la Banque de développement du Canada (BDC) mettant en lumière la frilosité de plusieurs entrepreneurs, d’un océan à l’autre.

L’étude de la BDC, qui sera dévoilée ce jeudi, indique que les dirigeants de PME québécoises n’ont pas l’intention d’investir davantage en 2016 qu’ils ne l’ont fait en 2015 (12 milliards), et ce, même si les perspectives de croissance sont relativement bonnes et que la conjoncture économique est favorable pour le secteur manufacturier.

En comparaison, les investissements devraient augmenter de 14 % en Colombie-Britannique et dans les territoires (33 milliards) et de 2 % en Ontario (44 milliards), mais diminuer de 27 % en Alberta (11 milliards), la province de l’Ouest subissant visiblement les effets de la chute des cours du pétrole.

À l’échelle du Canada, les investissements des PME devraient demeurer stables cette année (111 milliards) par rapport à l’an dernier, mais la confiance des entrepreneurs québécois semble particulièrement ébranlée.

Le sondage réalisé par la BDC auprès de 4000 dirigeants de PME canadiennes entre le 19 août et le 4 novembre 2015 nous apprend que 39 % des entrepreneurs québécois s’attendent à voir leurs revenus augmenter au cours de la prochaine année, une proportion inférieure à la moyenne nationale (45 %).

Le Québec est par ailleurs l’endroit où la valeur médiane des investissements prévus en 2016 est la plus basse, à 25 000 $.

« La réalité de la croissance économique est meilleure que la perception qu’en ont les entrepreneurs québécois », estime l’économiste en chef de la BDC, Pierre Cléroux. Il reconnaît que le taux de croissance de l’économie du Québec sera vraisemblablement limité en 2016, mais pas au point de décourager les dirigeants. « Il devrait donc y avoir plus d’optimisme de la part des entrepreneurs », dit-il.

La majorité des dirigeants d’entreprises interrogés par la BDC a nommé le manque de confiance en l’économie comme principal frein à l’investissement. Les PME québécoises font bande à part à ce chapitre et montrent surtout du doigt la pénurie de personnel qualifié et le manque d’aide gouvernementale.

Ces deux enjeux rappellent les récentes revendications de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, qui a tiré la sonnette d’alarme lors d’un colloque présenté en novembre dernier. L’association réclame notamment une meilleure adéquation entre les formations offertes et les emplois disponibles. Le projet de loi 70, en partie consacré à cette question, chemine présentement à l’Assemblée nationale.

Impact inégal

 

Le rapport de la Banque du Canada est présenté comme le premier sondage du genre réalisé à partir d’un échantillon aussi important. Au-delà de la valeur totale des investissements envisagés, il montre que toutes les PME n’ont pas le même poids dans l’économie canadienne : 75 % des intentions d’investissement sont l’affaire d’à peine 10 % des entreprises qui envisagent d’investir. Plus frappant encore, 31 % des sommes qui seront investies en 2016 sont associées aux projets d’à peine 1 % des entreprises qui iront de l’avant avec des investissements.

Les entreprises qui arrivent en tête dans les intentions d’investissement ont des caractéristiques communes. Elles existent généralement depuis plus de 35 ans, comptent au moins 20 employés, investissent à l’extérieur du Canada et sont susceptibles d’exporter.

« Il y a vraiment une petite proportion des entreprises qui ont un gros impact sur l’économie, constate M. Cléroux. On aimerait qu’il y en ait plus. Ce que ça nous dit, c’est qu’il faut aider ces entreprises à continuer de bien performer, mais il faudrait augmenter ce 10 % à 12 % ou 15 %. Il faudrait augmenter la proportion d’entreprises qui ont cette volonté et cette capacité de croître plus que les autres. »

L’enquête met également en évidence les impacts du vieillissement de la population sur les activités des PME. Selon les données de Statistique Canada, la proportion d’entrepreneurs canadiens âgés de plus de 50 ans est passée de 47 % en 2004 à 59 % en 2014. Or, le rapport de la BDC montre que les entrepreneurs de 65 ans et plus sont ceux qui sont les moins susceptibles d’investir.

Pierre Cléroux croit donc qu’au cours des prochaines années, le transfert des entreprises dont les dirigeants sont vieillissants sera crucial. Il espère que de jeunes entrepreneurs canadiens — et non étrangers — seront là pour prendre la relève.

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