L’assurance vie, un pas à la fois

Le bracelet Fitbit, que l'assureur Manuvie songe à proposer à ses clients.
Photo: Getty Images Le bracelet Fitbit, que l'assureur Manuvie songe à proposer à ses clients.

L’assureur Manuvie ne veut toujours pas préciser le moment où il offrira à ses clients un bracelet d’activité physique — ce que sa filiale John Hancock fait déjà aux États-Unis —, mais sa direction assure que cette technologie portable a le potentiel de bouleverser les règles du jeu dans l’industrie.

Il y a environ un an, John Hancock a surpris tout le monde en devenant le premier assureur à vouloir séduire des clients en leur proposant de s’inscrire à un programme de monitorage en échange de rabais sur les primes d’assurance-vie et de points applicables à des achats, des hôtels, etc. Objectif : que l’assurance célèbre la vie active « au lieu de porter sur ce qui arrive à la fin ».

« Nous sommes en train d’étudier la façon de mettre en place au Canada un partenariat semblable à celui que nous avons aux États-Unis avec la firme Vitality », a dit mercredi le président de Manuvie Québec, Charles Guay, en marge d’un discours au Cercle finance et placement du Québec. « En temps et lieu, on fera des annonces. »

Le monitorage, qui n’est pas sans rappeler le programme Ajusto que le Mouvement Desjardins offre dans ses produits d’assurance automobile, s’inscrit dans la vague de l’automesure : combien de pas faits dans une journée, d’heures de sommeil, etc. Dans le cas de John Hancock, le client qui décide d’embarquer reçoit un bracelet Fitbit, l’assureur lui promettant des rabais pouvant atteindre 15 % sur les primes d’assurance vie de l’année suivante. L’assureur américain prévoit aussi des points pour des visites annuelles chez le médecin et l’absence de tabagisme.

Lorsque John Hancock a lancé son programme l’an dernier, toutefois, certains ont vu une façon d’aller chercher des clients dans un marché déjà saturé. Mais aussi, ils ont soulevé des enjeux de protection de la vie privée et des données confidentielles : comment s’assurer que les informations confidentielles transmises à l’assureur sont à l’abri des cyberattaques et du vol de données ? CNN avait mentionné à l’époque que deux grands assureurs américains, Anthem et Premera, venaient de subir des intrusions informatiques dans les mois précédents.

Récompenser avant et non après

L’idée de récompenser des comportements sains va changer les règles du jeu, croit M. Guay, qui était président de Standard Life Canada jusqu’à ce que Manuvie achète les activités canadiennes du géant écossais pour 4 milliards en 2014. On l’a alors nommé responsable des activités québécoises, un marché déjà très achalandé — Desjardins, Industrielle Alliance, etc. — au sein duquel Manuvie espère faire des gains.

« L’idée de ça, c’est de dire que pour la première fois, au lieu de consommer un produit d’assurance seulement après sa mort, on va pouvoir en profiter avant sa mort, a dit M. Guay. La direction qu’on prend, c’est de faire davantage de prévention que de guérison. Nous avons développé plusieurs programmes de santé et de mieux-être en compagnie des entreprises avec lesquelles nous travaillons en assurance collective. » Les gens seraient plus productifs lorsqu’ils sont en santé, et cette santé, a-t-il dit en citant des études de Manuvie, va de pair avec une bonne planification financière.

Le programme, s’il était mis en oeuvre un jour, exigerait un certain montant d’assurance vie et serait offert sur une base strictement volontaire, a insisté M. Guay.

Selon un sondage effectué par la firme-conseil Accenture en mai 2015, 63 % des cadres consultés dans neuf pays croyaient que les technologies portables se répandraient dans toute l’industrie au cours des deux prochaines années. L’enquête a été faite auprès de 200 cadres et dirigeants. Le tiers d’entre eux a dit qu’ils s’en servaient déjà dans le cadre de leurs services aux clients, aux employés et aux partenaires.