Un conseiller robot au service des clients de la BMO

Jusqu’ici occupé par une dizaine de sociétés financières plus ou moins connues, le créneau fertile du placement automatisé, qui vise la génération Y, compte un nouveau joueur venu de l’industrie bancaire. Après des mois de préparation, la Banque de Montréal débarque.

Caractérisé par une interface épurée et des portefeuilles personnalisés qui peuvent se rééquilibrer tout seuls, le conseil automatisé repose sur un aspect-clé de son principal instrument, soit les frais de gestion très faibles des fonds négociés en Bourse… un outil de placement dont la BMO est un des acteurs incontournables.

L’arrivée d’un tel joueur ne semble pas effrayer les sociétés déjà bien établies dans ce créneau, où l’on trouve des noms comme Wealthsimple, Nest Wealth, WealthBar et la société québécoise Idema. Entre autres, on fait valoir que l’implication d’une grande banque rehausse la crédibilité de cette nouvelle forme de conseil. « Ça démontre que le modèle d’affaires est vrai, qu’il va perdurer », dit Dave Nugent, chef des placements chez Wealthsimple.

Innovation ou geste défensif ? Selon la Banque de Montréal, l’objectif du « Portefeuille futé » est de « répondre aux besoins en constante évolution de nos clients » et d’« enrichir la gamme de services numériques de gestion de patrimoine que nous offrons déjà aux particuliers ».

Le client devra d’abord répondre à un certain nombre de questions, après quoi la Banque lui proposera divers portefeuilles de FNB. Encadré de la même manière que le conseil financier déjà existant, le conseil automatisé canadien est différent de celui que l’on peut voir aux États-Unis, où la présence humaine n’est pas requise par la loi.

La mise initiale devra être de 5000 $, cependant, contrairement à d’autres sociétés qui n’imposent aucun plancher. Selon les communications de la BMO, cela vise à assurer une certaine diversification des placements.

Ébullition

Le monde financier vit une certaine ébullition depuis quelques années, notamment avec les efforts des autorités visant à améliorer la transparence des frais de gestion et l’innovation technologique stimulée par la popularité des applications mobiles. Le conseil automatisé a été reconnu l’an dernier par la firme-conseil Deloitte comme étant une des dix tendances perturbatrices de la gestion de patrimoine.

L’an dernier, par exemple, plusieurs ont été étonnés de voir la Financière Power (de la famille Desmarais) investir 10 millions dans la jeune pousse torontoise Wealthsimple avec l’option d’en injecter 20 millions de plus.

« On est les premiers à s’être lancés là-dedans il y a cinq ans, et notre modèle d’affaires n’a pas changé : offrir des solutions de placement bien diversifiées au meilleur coût possible », a dit Ian Gascon, président de la société Idema. « Ça passe par une interface automatisée, une banque de données et une gestion semi-automatisée. » Contrairement au conseil robot qui se fait aux États-Unis, le conseil automatisé canadien exige que la société financière offre l’accès à un conseiller humain. « On parle à nos clients, on est disponibles pour discuter avec eux », a dit M. Gascon.

Ce dernier s’est interrogé sur le fait que la Banque de Montréal entend utiliser en bonne partie ses propres instruments financiers pour desservir les clients intéressés par ce nouveau service. Il s’agit des fonds négociés en Bourse, un outil en croissance dont les frais de gestion ont la caractéristique d’être faibles. La Banque est l’un des gros acteurs de ce secteur au Canada. « Jusqu’à quel point c’est dans le meilleur intérêt des clients ? », a demandé M. Gascon.

La BMO n’est pas le seul établissement bancaire à se pencher sur ce type de service. Au mois d’octobre, un porte-parole du Mouvement Desjardins avait indiqué au Devoir que celui-ci « est en réflexion ».

Le secteur du conseil automatisé est un jour appelé à « dominer » l’industrie de la gestion du placement, selon ce qu’a récemment écrit pour Forbes l’auteur Russ Alan Prince, spécialiste de la gestion du patrimoine. « Au fur et à mesure que les conseillers robots évoluent en incorporant des capacités informatiques cognitives avec des interfaces simplifiées, l’usage de ces plateformes connaîtra beaucoup d’expansion », a-t-il écrit lundi. Pour les conseillers financiers, selon lui, « un petit groupe sera de plus en plus rentable alors que d’autres verront leur rôle diminuer ».