Ça joue dur, dit Distributel

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Un an après sa décision d’entrer dans la télédistribution, la direction de Distributel ne veut pas révéler le nombre d’abonnés à son service, mais se dit quand même satisfaite du chemin parcouru compte tenu de la combativité des grands joueurs.

« Nous avions espéré que ça se passerait très bien, mais nous avons trouvé le marché très compétitif, surtout au Québec où Vidéotron et Bell sont extrêmement actifs l’un contre l’autre », a dit le président de Distributel, Matt Stein, lors d’un entretien avec Le Devoir. « Nous avons trouvé ça très dur. »

Connue pour ses services de téléphonie et d’Internet, Distributel a annoncé le 22 janvier 2015 que le temps était venu, malgré les coûts, de mettre le pied dans le marché de la télédistribution. Dirigée par M. Stein depuis 2014, elle chiffre son bassin de clients à plus de 200 000, tous services confondus.

Si l’entreprise est capable d’offrir ce service, c’est qu’elle paie les grands joueurs pour avoir accès à leurs services Internet de gros, qui permettent à Distributel d’acheminer un signal télé jusqu’à ses propres clients.

Cette relation entre les grandes sociétés qui développent l’infrastructure et les sociétés locataires, qui estiment payer beaucoup trop cher, est une source de conflit perpétuel. Alors que les premières font valoir que ce système permet à des sociétés de simplement louer de l’espace sans avoir à financer les investissements, les secondes soutiennent que cet accès stimule la concurrence et bénéficie aux consommateurs.

L’appel de Bell

Le plus récent chapitre de cette guerre s’est ouvert il y a un mois, lorsque Bell Canada a décidé de porter en appel une décision du CRTC forçant les grands joueurs à vendre l’accès Internet sur fibre — nouveau et ultra-rapide — aux fournisseurs de services indépendants. Pour contester la décision du CRTC, prise à l’été 2015, Bell s’est adressée directement au Conseil des ministres.

Pour les fournisseurs indépendants qui offrent la télédistribution, le prix de cet accès est d’une importance capitale. Dans certains cas, Distributel affirme que le prix est supérieur à ce qu’elle reçoit de ses clients. Dit autrement, c’est comme si la location d’un bout d’oléoduc coûtait plus cher que le pétrole qu’on y ferait couler, dit-il.

« Lorsque nous livrons un signal télé à un foyer, nous utilisons la connexion Internet de la maison. Pour des services Internet, la structure de coûts qui nous permet d’utiliser le réseau des entreprises titulaires est appropriée. Mais pour des services télé, elle n’est vraiment pas appropriée, a dit M. Stein. Nous espérions que notre collecte d’information au sujet des coûts ouvrirait les yeux des compagnies et du CRTC pour qu’ils veuillent bien aborder la question, mais à ce jour ils ne l’ont pas fait. Nous gardons espoir. »

Selon M. Stein, le coût d’acquisition du contenu télé est plus élevé que le coût pour livrer ce contenu aux clients. La structure même du CRTC n’est pas étrangère au problème, dit-il. « Une partie de la réglementation du CRTC touche aux télécommunications, donc Internet et la téléphonie. L’autre partie, c’est la diffusion, donc la télévision et le contenu. Nous nous trouvons quelque part entre les deux. »

Dans sa décision publiée le 22 juillet 2015, le CRTC avait affirmé que « les grandes entreprises titulaires continuent de posséder un pouvoir de marché » dans les réseaux de fibre optique à haute vitesse et qu’elles devaient « mettre ces services à la disposition des concurrents ».

« De plus, la demande des Canadiens pour des services à débits plus élevés s’accroîtra au cours des prochaines années afin de satisfaire à leurs besoins et à leur utilisation de services Internet », avait affirmé l’organisme de réglementation.